Macron en mode séduction devant des maires inquiets
Emmanuel Macron a lancé mercredi soir une offensive de séduction en direction de quelque 2.000 maires méfiants invités à l'Élysée...

Macron en mode séduction devant des maires inquiets

Emmanuel Macron a lancé mercredi soir une offensive de séduction en direction de quelque 2.000 maires méfiants invités à l'Élysée...
Public Sénat

Par Laurence BENHAMOU, Dominique CHABROL

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

Emmanuel Macron a lancé mercredi soir une offensive de séduction en direction de quelque 2.000 maires méfiants invités à l'Élysée, avec qui il s'est livré à un jeu de questions-réponses parfois très franc.

Très critiqué pour avoir décidé de ne pas se rendre au congrès de l'Association des maires de France (AMF) comme il s'y était engagé, le chef de l'État, très à l'aise, a défendu son bilan depuis le début du quinquennat.

"Je sais que votre quotidien n'est pas facile, celui du gouvernement ne l'est pas davantage", a-t-il assuré, multipliant plaisanteries et clins d'œil en direction des élus. "L'année prochaine, je serai au congrès dans votre salle", a-t-il assuré, renouvelant son engagement de l'an dernier.

Face aux défis auxquels la France est confrontée, "on a une responsabilité commune, c'est d'être ensemble", a-t-il affirmé dans une salle des fêtes bondée.

Emmanuel Macron a tenté de rassurer des maires souvent très inquiets. "Je sens une inquiétude face à tous les changements, parfois des incompréhensions, mais je sens beaucoup d'attente, il ne faut rien céder face à un vent mauvais qui voudrait que tout soit la faute de l'élu", a-t-il affirmé.

Réforme fiscale, modification "à la marge" de la loi NOTRe sur la réforme territoriale, différenciation entre les territoires... Le président a souligné sa volonté de dialoguer avec les élus et leurs associations.

Dans une allusion aux "gilets jaunes", M. Macron a évoqué "une forme d'injustice". "Car beaucoup de nos concitoyens pensent que c'est le gouvernement quand il y a une hausse des prix à la pompe et voient presque mon image quand ils font le plein. Mais quand ils voient les primes à la conversion, ils pensent que c'est le concessionnaire."

Critiquant la presse, il a reproché aux journalistes de "regarder la colère avec une fascination morbide", soulevant des applaudissements.

Des maires courtois mais revendicatifs l'ont interrogé sur des problèmes très concrets: l'appauvrissement des commerces, l'afflux de migrants mineurs, la qualité de l'air ou encore le montant de la péréquation fiscale qui fixe les dotations de l'État aux communes.

- "C'est pas bibi" -

"On en a un peu marre", a résumé un élu qui dénoncé "une souffrance sociale en France, dans les territoires ruraux".

Décontracté, distribuant la parole, Emmanuel Macron a répondu en rafale à toutes les questions, en citant les projets du gouvernement sur la revitalisation des centre-ville, le plan pauvreté, les discussions sur la prise en charge des migrants mineurs.

Plus globalement, il a plaidé contre les "injonctions paradoxales" en s'emportant contre ceux qui demandent à la fois moins de taxes et plus d'action publique. De lui même, il a plusieurs fois défendu la "trajectoire environnementale" de la hausse des taxes sur les carburants. "C'est pas bibi", a-t-il encore lancé à propos des modifications de dotations pour certaines communes en fonction de règles actuelles de péréquation.

"Je sais que c'est dur! Mais si ça peut vous consoler, vous n'avez pas le monopole des engueulades ni le monopole des doutes", a-t-il affirmé, jouant la proximité avec la salle.

"On aurait presque pu mettre un gilet jaune. Mais quand on reçoit une invitation, il faut y répondre, c'est aussi un moment pour s'exprimer", expliquait Véronique Del Fabro, maire d'Hudiviller (Meurthe-et-Moselle).

Cette rencontre avait été précédée d'une réunion de travail avec le bureau de l'AMF, conduit par son président François Baroin (LR). Selon l'Élysée, M. Macron a appelé à "arrêter les fausses polémiques et la scénarisation de nos désaccords". "Vous êtes des élus. Nous avons la République en partage. Avançons", a insisté M. Macron.

Mais à l'issue de la réunion, des membres du bureau ont préféré ne pas assister à son intervention, considérant qu'Emmanuel Macron aurait dû s'exprimer devant l'ensemble des maires réunis en congrès.

"Nous avons eu le sentiment que si nous étions écoutés, nous étions peu entendus. Le président de la République a pour l'essentiel confirmé ses positions, sans véritable inflexion et avec une volonté modérée d'aller vers une véritable négociation", a déploré à l'AFP le vice-président de l'AMF, André Laignel (PS), à l'issue de la rencontre.

Partager cet article

Dans la même thématique

Illustration of the posters for the first round of the municipal elections in Paris
8min

Politique

Municipales 2026 : les enjeux du second tour parti par parti

De nombreux enseignements seront à tirer du second tour des municipales dimanche 22 mars. La France Insoumise et le RN vont tenter de confirmer leur implantation locale par des victoires dans quelques grandes villes. Au PS et chez les LR, une victoire à Paris sera déterminante. L’union des partis de gauche sera-t-elle payante à Lyon, Toulouse ou encore Nantes ? Le parti Renaissance pourra-t-il s’appuyer sur des victoires symboliques à Annecy et Bordeaux ?

Le

Macron en mode séduction devant des maires inquiets
5min

Politique

« Certains souhaitaient la fusion, d’autres non » : à Paris, le camp de Pierre-Yves Bournazel divisé sur le choix de rejoindre Rachida Dati au second tour

La décision du candidat Horizons Pierre-Yves Bournazel de fusionner avec la liste de Rachida Dati, tout en se retirant à titre personnel, pourrait relancer la droite dans un scrutin parisien très mal embarqué. Mais le choix de rejoindre Rachida Dati ne fait pas consensus dans son camp, ni chez ses électeurs, reconnait à Public Sénat l’ex-député macroniste Clément Beaune, qui a refusé de figurer sur la liste d'union et reste vague sur ses intentions de vote au second tour.

Le

Scenes from the Paris Municipal Elections: Polling in Action
4min

Politique

Paris, Le Havre, Toulouse : que disent les derniers sondages à deux jours du second tour ?

À l’approche du second tour, les équilibres restent fragiles dans plusieurs grandes villes. Entre triangulaires, alliances contestées et reports de voix incertains, les dernières enquêtes d’opinion confirment une chose : rien n’est encore joué. Paris, Le Havre et Toulouse sont les trois premières villes à avoir été sondées avant le deuxième tour.

Le

Illustration of the posters for the 2026 municipal elections
10min

Politique

Municipales 2026, une élection de contorsionnistes

Les élections municipales sont marquées par un décalage entre les principes énoncés par les partis et la réalité. Les accords PS/LFI renvoient les deux formations à leurs propres contradictions. Chez LR, Bruno Retailleau veut faire « battre » le RN, mais joue l’ambiguïté à Nice, face à Eric Ciotti, allié du RN. Renaissance est plus au clair sur les alliances, mais ferme les yeux quand les LR, à qui ils sont alliés, peuvent profiter des voix d’extrême droite, comme celles de Sarah Knafo à Paris.

Le