Macron et l’immigration : « Nicolas Sarkozy, sors de ce corps ! »
En durcissant le ton sur l’immigration, Emmanuel Macron donne à l’opposition matière pour le contrer. La gauche l’accuse de braconner sur les terres de l’extrême droite. Les LR, plus gênés, demandent des actes. Chez LREM, quelques parlementaires sont moins à l’aise avec cette ligne ou ce ton.

Macron et l’immigration : « Nicolas Sarkozy, sors de ce corps ! »

En durcissant le ton sur l’immigration, Emmanuel Macron donne à l’opposition matière pour le contrer. La gauche l’accuse de braconner sur les terres de l’extrême droite. Les LR, plus gênés, demandent des actes. Chez LREM, quelques parlementaires sont moins à l’aise avec cette ligne ou ce ton.
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Malgré la contestation sur les retraites, Emmanuel Macron entend ne pas se laisser enfermer sur le front social. En cette rentrée, l’exécutif met l’accent sur les questions régaliennes. Mardi soir, devant les parlementaires LREM rassemblés au ministère des Relations avec le Parlement, il a clairement durci le ton sur l’immigration. Une petite musique qui monte depuis quelques semaines.

Voulant « regarder en face » ces questions, il s’est montré ferme sur le droit d’asile. Il fait de l’immigration une question répondant aux problèmes des classes populaires, avec ces mots : « La question est de savoir si nous voulons être un parti bourgeois ou pas. Les bourgeois n'ont pas de problème avec cela : ils ne la croisent pas. Les classes populaires vivent avec ».

Dès ce matin, sur Public Sénat, le ministre de l’Agriculture, Didier Guillaume, a fait le service après-vente. « En Marche doit être le parti du peuple » dit-il. Regardez :

« LREM ne peut pas être un parti bourgeois, LREM doit être le parti du peuple », insiste Didier Guillaume
03:18

Consolider son électorat de droite

Les termes du Président font penser à ses petites phrases polémiques passées. Mais cette fois, c’est sur l’immigration. D’aucun y verra une manière de consolider son électorat de droite, qui s’est tourné vers En Marche. Une attitude électoraliste avec, déjà, 2022 à l’esprit. Emmanuel Macron entend ainsi parler à l’électorat des classes populaires qui se tourne vers l’extrême droite. Le chef de l’Etat semble même déjà prêt à jouer le match retour avec Marine Le Pen. « Vous n’avez qu’un opposant sur le terrain : c’est le Front national. Il faut confirmer cette opposition, car ce sont les Français qui l’ont choisie », affirme et assume le chef de l’Etat.

Pour la gauche, ce discours de fermeté est du pain béni. Mais si Emmanuel Macron prend le risque de se faire attaquer de ce côté de l’échiquier politique, c’est aussi symptomatique de la faiblesse électorale de la gauche, qui n’est pas une menace pour lui. En attendant, elle s’en donne à cœur joie. « On aurait presque envie de dire "Nicolas Sarkozy, sors de ce corps !" C’est exactement ce qu’a expliqué Nicolas Sarkozy, qui a voulu faire de l’immigration un thème central et la traiter avec dureté. Or tout le monde a vu que cette stratégie est un échec absolu » souligne à publicsenat.fr le sénateur PS David Assouline.

Le sénateur de Paris s’étonne des « arguments sur le parti bourgeois. C’est fort de café. Quand on regarde les européennes à Paris, LREM a fait ses scores dans les arrondissements bourgeois. C’est le parti de la bourgeoisie ». « On ne peut pas prétendre être un rempart » à l’extrême droite, quand « on vient courir derrière les valeurs du RN » ajoute David Assouline.

La présidente du groupe CRCE (communiste), Elianne Assassi, craint, elle, que les électeurs « préfèrent l'original à la copie ». Accusant le chef de l’Etat de vouloir « faire peur », elle souligne que « l'immigration n'est pas responsable des maux de notre société ». Regardez :

Macron et l'immigration: les électeurs « préfèrent l'original à la copie », prévient Éliane Assassi
01:38

Pour la sénatrice EELV, Esther Benbassa, « ce n’est pas nouveau, la loi asile et immigration est déjà très dure ». Elle ajoute :

« J’ai voté pour Emmanuel Macron au second tour. Je le regrette si c’est pour défendre l’idéologie de l’extrême droite et du RN » (Esther Benbassa, sénatrice EELV)

Avec cette « posture populiste », il chercherait à allumer un contre-feu, au moment où les foyers de contestation se multiplient, analyse Esther Benbassa : « Il noie le poisson pour faire passer les retraites ». La sénatrice raille aussi le « en même temps » d’Emmanuel Macron. « Il est devenu écologiste pendant les européennes. Maintenant, c’est le frère des pauvres qui pense aux pauvres. Mais il ne pense pas à eux, mais à sa réélection prochaine ». Selon l’écologiste, qui avait manifesté aux côtés des gilets jaunes, « Emmanuel Macron n’a jamais compris les classes populaires » et « les poursuit avec une violence innommable », lors des manifestations.

« Vider les LR »

A droite, on est plus gêné. La triangulation, c’est-à-dire reprendre les arguments ou thèmes de l’adversaire pour l’affaiblir, a déjà fait son effet. « L’objectif d’Emmanuel Macron, c’est clairement « j’ai vidé le PS, je vais voir comment je peux faire pour vider LR » » pointe du doigt le sénateur LR Roger Karoutchi. Emmanuel Macron « est un grand illusionniste » et fait « des clins d'oeil à la droite de la droite » a dénoncé sur France Inter Bruno Retailleau, président du groupe LR du Sénat. « Lui, son assurance tout risque, c’est un deuxième tour face à Marine Le Pen, en espérant qu’elle soit sous les 50%. Mais il faut faire attention, c’est toujours dangereux » met en garde Alain Joyandet, sénateur LR de Haute-Saône.

Roger Karoutchi, ancien sarkozyste, aujourd’hui proche de Valérie Pécresse, a-t-il reconnu du Sarkozy dans le texte, sur le « parti bourgeois » ? « Ça pourrait. Mais à l’époque de Nicolas Sarkozy, il y avait des actes » dit le sénateur des Hauts-de-Seine. Il rappelle qu’au « mois de mai, le Président avait déjà insisté sur la nécessité d’être réaliste sur l’immigration. Puis il ne s’est rien passé. Chat échaudé craint l’eau froide. Il est dans le discours mais où sont les mesures pratiques ? Mes amendements sur le sujet ont toujours été rejetés par le gouvernement… » Roger Karoutchi est prêt cependant à prendre Emmanuel Macron aux mots :

« Maintenant, je ne suis pas fermé, si le ministre de l’Intérieur vient avec des propositions vraiment novatrices, banco, je suis ! Je serai Macron compatible sur des propositions plus dures en matière d’immigration et droit d’asile » (Roger Karoutchi, sénateur LR)

« Il a rappelé ce qu’était le "en même temps" : humanité et fermeté »

Dans la majorité présidentielle, les propos du chef de l’Etat ont dû irriter les quelques députés de « l’aile gauche ». Quinze d’entre eux ont diffusé ce matin une tribune où ils défendent leur vision d’une immigration via « une intégration réussie dans les territoires ». « Il n’y a pas de débat, à notre sens, sur les réfugiés politiques » écrivent-ils, « le débat ne doit pas servir de marchepied à ceux qui font leur fonds de commerce » des « haines sur tous les citoyens de confession musulmane »…

Du côté du groupe LREM du Sénat, son porte-parole, Julien Bargeton, défend en tout point la ligne définie par Emmanuel Macron. « Il a rappelé ce qu’était le "en même temps" : humanité et fermeté, conformément à l’ADN d’En Marche » soutient le sénateur LREM de Paris. Pour lui, « ce n’est pas une virée à droite. Il ne faut pas lire cela en termes électoralistes, mais avec la démarche du Président qui est de se confronter au réel. Il y a un problème de communautarisme dans certains quartiers, un sujet de l’intégration qui n’est pas réussie. Ne soyons pas dans une attitude de déni ».

« Les formules simplistes, ça peut faire des beaux slogans, mais ça ne résout rien » (Françoise Cartron, sénatrice LREM)

La sénatrice LREM Françoise Cartron souligne de son côté que « que quand vous allez dans les quartiers chics, il y n’y a pas de problème de mixité sociale, il y a un bon entre-soi. Dans les quartiers difficiles, il y a plus d’un type de catégories sociales. (…) C’est comme ça qu’on installe des établissements ghetto, dans les deux sens ».

Mais sur la forme, la sénatrice de Gironde a peut-être moins goûté la formule autour du « parti bourgeois ». « Il faut en parler, s’y attaquer et faire acte de pédagogie. Le tout, ce n’est pas d’enfourcher des slogans qui seraient simplistes pour faire de l’électoralisme » lance l’ancienne socialiste. Françoise Cartron ajoute : « Les formules simplistes, ça peut faire des beaux slogans, mais ça ne résout rien. A droite, comme à gauche. Et c’est valable pour tout le monde ». De quoi nourrir le débat sur l’immigration prévu à la fin du mois au Parlement.

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