Macron et les maires : « J’aimerais qu’il soit moins hors sol », affirme Florence Portelli
Le président de la République a convié un millier de maires à l’Elysée, en marge du Congrès des maires de France organisé par l’AMF. Séance câlinothérapie, renouvellement de sa confiance envers les élus… Réactions des édiles à la sortie du palais.  

Macron et les maires : « J’aimerais qu’il soit moins hors sol », affirme Florence Portelli

Le président de la République a convié un millier de maires à l’Elysée, en marge du Congrès des maires de France organisé par l’AMF. Séance câlinothérapie, renouvellement de sa confiance envers les élus… Réactions des édiles à la sortie du palais.  
Public Sénat

Temps de lecture :

5 min

Publié le

Le peu qu’on puisse dire est que les maires étaient circonspects. L’absence de discours du président au Congrès des maires, remplacé par une déambulation dans le salon, a été critiquée par les élus, estimant de « mauvais », le signal envoyé par le président. Ce dernier a préféré tenir un discours à l’Elysée, face à un parterre de maires invités.

Au menu : une reconnaissance du travail des élus « à l’avant-garde » des tensions qui traversent le pays, un point sur l’objectif « zéro artificialisation nette » (ZAN) inscrit dans la loi Climat et résilience qui font craindre aux élus des difficultés de développement économique. Il a aussi été question de la rénovation des écoles ou encore de la dotation globale de financement (DGF), qui n’est plus indexée sur l’inflation depuis une décennie.

A lire aussi » Budget 2023 : le Sénat revalorise la dotation des communes à hauteur de l’inflation

« J’attends une vision du président »

Qu’en ont pensé les maires à la sortie du Palais ? Les critiques sont vives du côté de Florence Portelli, maire LR de Taverny (Val-d’Oise) et vice-présidente de l’AMF. « Le compte n’y est pas. Je ne demande pas à Emmanuel Macron de faire de la câlinothérapie, assume-t-elle. Quand le président nous dit de construire sur des friches pour éviter l’artificialisation des sols… Chez moi, il n’y a pas de friches. Il faut aller voir à quoi ressemble un territoire français… Parfois j’aimerais qu’il soit moins hors sol. »

Sur l’école, l’élue francilienne demande « un choix de société pour extraire de l’école tous les problèmes sociétaux qui sont dedans » et fustige un « catalogue de poncifs » utilisé par le président durant son intervention. « J’attends une vision d’un président de la République ».

L’artificialisation des sols : des politiques différenciées selon les territoires

Sur le ZAN, certains maires ont tout de même été rassurés. A l’instar de Christian Peutot, maire EELV de Fay-lès-Nemours (Seine-et-Marne) : « [Le président] a évoqué la différenciation selon les territoires. Pour que les lois ne soient pas descendantes et uniformes, mais qu’elles soient adaptées aux territoires pour lesquelles elles sont faites. » Un propos qui est entré en écho avec le discours de « reconnaissance des maires » que l’élu estime « encourageant, surtout pour les maires de petites communes. »

Macron face aux maires : "L'arficialisation des sols selon les territoires est une bonne nouvelle"
02:11

Mais sans surprise, la question de l’augmentation des coûts de l’énergie a été sur toutes les lèvres. « Aujourd’hui, on n’a pas les réponses adaptées, commente Christophe Dietrich, maire LR de Laigneville (Oise). Le mécanisme qui doit aider les communes à répondre aux coûts supplémentaires de l’électricité ne couvre que 10 % de la hausse. Les 380 millions d’euros mis sur la table de la dotation globale de fonctionnement DGF [doivent être mis] en perspective avec les 27 milliards que représentent la DGF. Seuls quelques milliers d’euros vont arriver aux communes. Cela ne solutionnera pas le mur financier sur lequel on va se fracasser dans les mois à venir. »

Emmanuel Macron face aux maires : "Les services essentiels de la commune sont en péril"
04:09

A lire aussi » Hausse des prix de l’énergie : le Sénat élargit et simplifie le filet de sécurité des collectivités locales

Des suppressions de services publics

Et l’élu de donner des exemples dans sa commune de l’Oise, au budget 1,2 million d’euros de trésorerie : « Dans 12 mois, je serai à moins 84 000 euros. C’est-à-dire que tous les services non obligatoires mais essentiels de la commune sont en péril aujourd’hui. » Et l’élu de lister la cantine, le périscolaire, les associations, la culture… « Tout cela est en danger aujourd’hui, véritablement. On n’a pas le sentiment que la mesure des risques est prise [par le gouvernement]. »

Emmanuel Macron face au maire : "Les devis qui arrivent sont supérieurs de 50% à nos estimations"
02:54

Richard Delepierre, maire du Chesnay-Rocquencourt (Yvelines) abonde : « On voit actuellement tous les devis arriver qui sont supérieurs de 30 à 50 % par rapport aux estimations. La grosse inquiétude que nous avons, c’est notre capacité à préserver nos investissements pour les années à venir alors qu’on ne pourra pas répercuter l’intégralité des hausses sur les impôts. » Et de poursuivre : « Avec mes collègues, nous sommes en train d’étudier la suppression de services qu’on assurait depuis parfois 30 à 40 ans. »

Il se félicite en revanche des mesures fortes annoncées sur l’école, mais persiste à dire que d’autres thématiques sont restées sans réponse immédiate. Et de conclure : « On arrive à un moment où on doit faire des choix forts et le partager avec nos administrés parce que l’argent magique n’existe pas. »

Ce jeudi, la Première ministre Élisabeth Borne est particulièrement attendue. Elle doit clôturer par un discours le Congrès des maires.

 

Partager cet article

Pour aller plus loin

Dans la même thématique

Paris: Deputes dans la salle des quatre colonnes
7min

Politique

Sénatoriales dans les Bouches-du-Rhône : dénonçant sa place sur la liste de Renaud Muselier, Valérie Boyer se lance de son côté

La sénatrice LR sortante, qui avait obtenu l’investiture à la troisième place d’une liste d’union UDI-Renaissance-LR, demandait la première place. Après avoir dénoncé un accord déséquilibré et se sentant « en décalage politique », Valérie Boyer décide de lancer sa liste dissidente. Renaud Muselier « regrette qu’elle ait cassé l’accord ». De quoi amener une dose d’incertitude de plus dans le scrutin.

Le

Tribute to Edgar Morin
7min

Politique

Présidentielle 2027 : « La candidature de Bernard Cazeneuve traduit la difficulté de notre personnel politique à se renouveler », selon Bruno Cautrès

Bernard Cazeneuve s'avance un peu plus sur le chemin déjà bien embouteillé de la présidentielle. Sans se déclarer officiellement candidat, l'ancien Premier ministre vient de publier une « Lettre aux Français » aux allures de programme, couplée à une interview dans Le Parisien dans laquelle il réaffirme son positionnement social-démocrate. Un espace déjà convoité par François Hollande et Raphaël Glucksmann.

Le

Montrouge: Entretiens politiques sur l energie avec Terra Nova
9min

Politique

Présidentielle : devant ses amis réunis à la questure du Sénat, François Hollande se prépare et met en garde contre les « candidatures de témoignage »

L’ancien chef de l’Etat, qui aspire à la redevenir, a réuni ses fidèles mercredi soir à la questure du Sénat. François Hollande, qui sortira un livre début septembre, planche sur « quelques grandes idées ». S’il n’est pas encore déclaré, il espère être en situation pour pouvoir se lancer. Mais pour lui, l’éventuel retour à l’Elysée ne passera pas par la case primaire.

Le

Paris: Questions au Gouvernement Assemblee nationale
8min

Politique

Interdiction du voile : en envisageant la piste d'un référendum, Marine Le Pen met la pression sur le Conseil constitutionnel

Mesure phare du programme de Marine Le Pen depuis de nombreuses années, l'interdiction du voile dans l'espace public nourrit quelques divisions au sein du RN. Selon les informations du Monde, la candidate à la présidentielle privilégierait désormais la piste du référendum pour faire passer cette réforme qui, sur le principe, serait contraire à la Constitution. Une voie qui permettrait d'éviter une censure a posteriori du Conseil constitutionnel. Le rôle des Sages serait toutefois déterminant en amont de la consultation des citoyens. Explications

Le