Macron et les médias: la méthode change, le feuilleton continue
Interpellé tous azimuts par les citoyens, Emmanuel Macron multiplie également les déclarations à la presse dans le cadre de son ...

Macron et les médias: la méthode change, le feuilleton continue

Interpellé tous azimuts par les citoyens, Emmanuel Macron multiplie également les déclarations à la presse dans le cadre de son ...
Public Sénat

Par Baptiste PACE

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Interpellé tous azimuts par les citoyens, Emmanuel Macron multiplie également les déclarations à la presse dans le cadre de son "itinérance mémorielle" sur la Grande Guerre,mais en continuant ses reproches aux médias, largement tenus à distance depuis le début du quinquennat.

Le président et la presse, nouveau chapitre. "Le pays a besoin d'autre chose que de la boîte à folie dans laquelle vous êtes collectivement installés", a lancé le président aux médias qui le suivaient jeudi dans les Hauts-de-France, en pleine polémique sur le maréchal Pétain.

Cet épisode est l'ultime en date d'une "itinérance" colorée par les nombreuses interpellations de Français sur le prix du carburant et le pouvoir d'achat, auxquelles le président s'est appliqué à répondre systématiquement.

Ironie de l'histoire : avant de critiquer les médias, M. Macron les avait largement investis cette semaine en accordant pas moins de cinq entretiens en une semaine, à des journaux régionaux, à Europe 1 et à France 3 Hauts-de-France et France 3 Grand Est jeudi soir.

Un déluge de communication impressionnant de la part du chef de l'État qui, au début de son mandat, a voulu prendre ses distances avec la "présidence bavarde" de son prédécesseur, François Hollande.

"On est passé d'une parole rare à une présidence qui parle énormément". "Ils sont encore en train de tâtonner sur le style, la fréquence de la parole présidentielle. Ils n'ont pas encore trouvé leur rythme de croisière", juge Gaspard Gantzer, responsable de la communication à l'Élysée sous François Hollande et condisciple d'Emmanuel Macron à l'Ena.

"Ce n'est pas une inflexion. Mais comme les médias accompagnent son itinérance, il s'y exprime davantage. C'était prévu et il ne peut en être autrement", fait valoir de son côté l'Élysée.

En la matière, la doctrine présidentielle connaît des évolutions. Le quotidien La Voix du Nord, qui a publié une interview présidentielle dimanche, avait essuyé plusieurs refus lors de précédentes visites dans la région fin 2017.

- "Démilitariser" la relation aux médias -

Autre exemple : M. Macron, qui répond à toutes les sollicitations cette semaine, avait pas plus tard que le 23 octobre repoussé sans ménagement une question d'un journaliste sur les ventes d'armes à l'Arabie Saoudite. "Mon agenda n'est pas dicté par les médias, que ça vous plaise ou non", avait-il rétorqué.

Fluctuations également au sujet des prises de parole depuis l'étranger: M. Macron a régulièrement refusé de répondre à des questions de politique intérieure... avant de jeter le doute, depuis Helsinki, sur la mise en place du prélèvement à la source.

Cette semaine vient s'ajouter à dix-huit mois de relations compliquées avec les médias. Relations que l'Élysée entend "démilitariser", selon l'expression du conseiller Sylvain Fort, réorganisateur en chef, depuis la rentrée, de la communication élyséenne.

Parfois décrit pendant la présidentielle comme le "candidat des médias", M. Macron les a largement tenus à distance depuis son investiture : salle de presse déplacée hors des murs de l'Élysée, entretien du 14 juillet supprimé, pas de grandes conférences de presse comme en donnaient Nicolas Sarkozy et François Hollande.

L'Élysée a plutôt privilégié une communication directe au moyen de vidéos polémiques, filmées par ses équipes ("le pognon de dingue" sur la pauvreté) ou non maîtrisées (avec un jeune braqueur aux Antilles).

C'est également en tenant la presse à distance que M. Macron avait consenti à s'exprimer, cet été, sur l'affaire Benalla, avec un discours devant ses seuls soutiens, et dont la vidéo a ensuite été transmise aux médias.

Cette semaine, avant la polémique Pétain, les interpellations sur le pouvoir d'achat avaient déjà largement dominé le périple présidentiel.

"Le président est à la recherche du contact avec les Français, élément sur lequel il n'a pas réussi à convaincre". Mais "le danger dans ce type de communication, c'est qu'en fin de compte l'actualité prenne le pas sur la commémoration. C'est ce qui s'est passé", estime Franck Louvrier, qui dirigeait la communication du président Sarkozy.

Partager cet article

Dans la même thématique

Green party leaders attend Stephane Baly campaign rally in Lille
7min

Politique

Municipales 2026 : l’heure est à « l’introspection » chez les écologistes au lendemain de la perte de plusieurs grandes villes  

Bordeaux, Strasbourg, Poitiers, Annecy… les écologistes ont subi de nombreuses pertes aux élections municipales après leur percée de 2020. Le signe d’un parti qui peine, à l’inverse d’il y a six ans, à apparaitre comme une force motrice à gauche, à l’heure où les propositions écologiques locales sont reprises par ses adversaires, y compris à droite.

Le

Gregory Doucet,Municipal and metropolitan elections in Lyon Vote
6min

Politique

Municipales à Lyon : victoire à la Pyrrhus pour les écologistes, qui perdent la Métropole

La victoire de Grégory Doucet à Lyon a médiatiquement éclipsé la défaite des écologistes à la Métropole, alors que celle-ci dispose d’un budget et de compétences bien plus importantes. La droite conduite par Véronique Sarselli dispose d’une majorité confortable, si la coalition formée autour de Jean-Michel Aulas se maintient telle quelle.

Le

« Un parti déjà solide et bien implanté » : malgré la perte de Nice, Horizons consolide son assise dans les villes et met le cap vers 2027
7min

Politique

« Un parti déjà solide et bien implanté » : malgré la perte de Nice, Horizons consolide son assise dans les villes et met le cap vers 2027

Le parti fondé par l’ancien Premier ministre Édouard Philippe à l’automne 2021 a remporté 17 villes de plus de 30 000 habitants aux élections municipales. Sa présence dans la France très urbaine est globalement stable, bien que marquée par la perte brutale de Nice, cinquième ville de France. Grâce à son maillage de petites villes, Horizons revendique une progression territoriale.

Le

Paris : Rachida Dati after the results of the first round of France s  2026 municipal elections of Paris
11min

Politique

« On a fait tout ce qu’il fallait faire pour perdre » : Rachida Dati, anatomie d’une cuisante défaite à Paris

ANALYSE – Rachida Dati a perdu son pari électoral dans la capitale, même si elle reste maire du 7e arrondissement. Entre les effets de bord de la loi PLM, qu'elle a elle-même soutenue, et les tensions locales avec Horizons et Renaissance malgré un passage au gouvernement, retour sur une campagne où la cheffe de file de la droite parisienne, réputée pour son franc-parler et sa détermination, semble avoir fini par se couper d’une partie de son électorat.

Le