Macron-Le Pen: de l’appel clair à la prudence, les cultes divisés
Que dire avant le second tour de la présentielle? Les cultes et mouvements laïques s'expriment en ordre dispersé et avec de...

Macron-Le Pen: de l’appel clair à la prudence, les cultes divisés

Que dire avant le second tour de la présentielle? Les cultes et mouvements laïques s'expriment en ordre dispersé et avec de...
Public Sénat

Par Benoît FAUCHET

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Que dire avant le second tour de la présentielle? Les cultes et mouvements laïques s'expriment en ordre dispersé et avec de fortes nuances, de l'appel direct à voter Emmanuel Macron contre Marine Le Pen jusqu'à la prudence gênée des évêques.

- Un vote "simple": Macron -

Dans une France marquée par la séparation des Eglises et de l'Etat et une sécularisation avancée, les responsables des cultes répugnent souvent à donner des consignes de vote, difficilement audibles. Le grand rabbin de France, Haïm Korsia, insiste sur l'obligation de "neutralité institutionnelle" liée à sa fonction. Mais, comme en 2002 lors du duel Jacques Chirac/Jean-Marie Le Pen, "le choix est simple", et il "n'a rien à voir avec une proximité idéologique", selon lui.

"Il faut appeler tous ceux qui croient et qui espèrent en la France à voter pour Emmanuel Macron, parce que c'est lui qui porte maintenant cette espérance de fraternité", a estimé le chef religieux, soulignant que "s'abstenir c'est être complice ou trompeur".

La grande mosquée de Paris, institution phare de l'islam dans la capitale, appelle aussi à "voter massivement pour le candidat Emmanuel Macron", face à "des idées xénophobes dangereuses pour notre cohésion nationale". L'Union des organisations islamiques de France (UOIF) souhaite pour le leader centriste "le score le plus large".

Hors champ religieux mais dans le camp laïque militant, le Comité Laïcité République invite également à se prononcer pour le candidat du mouvement En Marche!, contre la "manifestation du danger qui menace la démocratie". Les francs-maçons du Grand Orient de France, qui "connaissent particulièrement bien les références historiques et idéologiques" de l'extrême droite, sont "en faveur du candidat Emmanuel Macron", mais sans "blanc-seing".

- Faire barrage au FN sans citer de candidat -

Large ombrelle rassemblant des sensibilités diverses, des luthéros-réformés jusqu'aux évangéliques, la Fédération protestante de France (FPF) constate que le choix offert laisse un grand nombre de citoyens "dans l'insatisfaction". Mais elle rappelle "combien ses engagements pourront être entravés en cas de victoire du Front national: la parole en faveur de la liberté religieuse, les actions pour l'accueil des exilés, les œuvres auprès des plus vulnérables"...

Instance élue composée d'un large éventail de fédérations, le Conseil français du culte musulman (CFCM) veut "faire échec aux démarches d'exclusion et de haine", sans nommer la candidate du FN. Il cite en revanche le nom d'Emmanuel Macron pour vanter "son attachement à une laïcité qui garantit la liberté de croire ou de ne pas croire"... mais sans appeler directement à voter pour lui.

- La discrétion de l'Eglise catholique -

La Conférence des évêques de France (CEF) a été la première à réagir, dès le soir du premier tour, avec un long communiqué rappelant ses "fondamentaux pour aider au discernement", mais sans appeler "à voter pour l'un ou l'autre candidat". Avec une insistance sur "une société plus fraternelle", "l'espérance", les migrants ou l'Europe, défavorable à Marine Le Pen. Mais aussi un appel à soutenir "la famille" en "respectant les liens de filiation", vu comme une pierre dans le jardin d'Emmanuel Macron, favorable à une ouverture de la procréation médicalement assistée (PMA) à toutes les femmes.

Depuis, l'épiscopat affiche un silence qui peut paraître embarrassé face aux appels d'une droite catholique conservatrice adepte du "ni-ni" (Sens commun, Parti chrétien démocrate), voire du "tout sauf Macron" (Christine Boutin, La Manif pour tous).

"L'institution épiscopale n'est plus en mesure de dire comme il y a trente ans +il ne faut pas voter FN+. Elle essaye de le dire maintenant sans le dire, tout en ajoutant qu'il y a des points sur lesquels le candidat pour lequel elle invite implicitement à voter ne correspond pas au message catholique", analyse Jean-Pierre Denis, directeur de la rédaction de l'hebdomadaire chrétien La Vie.

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