Macron passe son grand oral européen à Strasbourg
Le président français Emmanuel Macron s'adresse mardi pour la première fois aux députés européens réunis à Strasbourg pour tenter de les...

Macron passe son grand oral européen à Strasbourg

Le président français Emmanuel Macron s'adresse mardi pour la première fois aux députés européens réunis à Strasbourg pour tenter de les...
Public Sénat

Par Jérôme RIVET, Cédric SIMON

Temps de lecture :

5 min

Publié le

Mis à jour le

Le président français Emmanuel Macron s'adresse mardi pour la première fois aux députés européens réunis à Strasbourg pour tenter de les mobiliser autour de son ambition de "refonder l'Europe", qui est loin de susciter l'enthousiasme de Berlin à Budapest.

Cette journée est consacrée à l'Union européenne puisque le président se rendra en fin d'après-midi à Epinal (est de la France) pour lancer les "consultations citoyennes européennes" avec un premier débat qui devrait rassembler 200 à 300 personnes.

Lancée un an avant les élections européennes de 2019, cette offensive se poursuivra jeudi par une visite à Berlin où le président français s'entretiendra avec la chancelière Angela Merkel de l'avenir de la zone euro. Le parti conservateur de Mme Merkel a toutefois critiqué lundi les projets de réforme de M. Macron dans ce domaine, notamment l'idée de création d'un budget propre à la zone euro pour aider les investissements.

M. Macron est attendu à 10h00 (08h00 GMT) dans l'hémicycle du Parlement européen, où les députés sont rassemblés pour leur session mensuelle.

En s'adressant à eux, "il exprimera l'urgence qu'il y a à agir dans un contexte difficile au sein de l'Union européenne mais aussi à l'extérieur", explique l'Elysée.

Ces difficultés sont notamment liées aux récentes élections en Italie et en Hongrie, qui ont vu la victoire de partis eurosceptiques. A l'extérieur, les Européens doivent composer avec la guerre en Syrie, des Etats-Unis imprévisibles depuis l'arrivée de Donald Trump et à un président russe, Vladimir Poutine, peu accommodant avec l'UE.

- "Une Europe qui protège" -

Le président Macron a jugé dimanche, lors de son entretien télévisé, que le continent européen assistait à "une montée de l'illibéralisme, c'est-à-dire des extrêmes, des populismes, de gens qui remettent en cause l'Etat de droit".

L'Allemand Manfred Weber, le patron des députés du Parti populaire européen (PPE) à Londres, le 15 novembre 2017
L'Allemand Manfred Weber, le patron des députés du Parti populaire européen (PPE) à Londres, le 15 novembre 2017
AFP/Archives

Face à cela, il est nécessaire de promouvoir une "Europe souveraine" qui protège "des grands risques, des grandes transformations, du risque numérique comme fiscal", selon lui.

"Nous avancerons avec les pays qui voudront bien avancer" et il faudra que "ceux qui ne suivront pas (...) acceptent d'être aux marges de cette Europe", a-t-il averti.

Emmanuel Macron devrait ainsi rappeler les grandes lignes de son discours pour "refonder l'Europe" qu'il avait prononcé en septembre à l'université de la Sorbonne. Ses 80 initiatives portaient sur tous les sujets, d'un renforcement de la zone euro à la généralisation du programme Erasmus, en passant par l'Europe de la défense et la taxation des géants du numérique.

A Strasbourg, de nombreux députés ont apprécié l'élan pro-européen impulsé par le jeune président depuis son élection il y a un an, mais ils l'appellent désormais à passer de la parole aux actes.

Manfred Weber, le patron des députés du Parti populaire européen (PPE), la principale force politique au Parlement, salue ainsi le fait qu'il ait "beaucoup de projets pour l'Europe". Mais "tout ce qu'il propose n'est pas bien accueilli" par l'incontournable PPE qui rassemble des partis de droite, rappelle-t-il dans un entretien à l'AFP.

Le fait que M. Macron n'est affilié à aucune famille politique européenne "est un handicap dans le processus de décision", souligne M. Weber, issu de la CSU alliée à la chancelière Angela Merkel. "La meilleure chose que M. Macron puisse faire pour le moment est de mener les réformes nécessaires en France", a-t-il tranché.

- "Vision positive" -

Même son de cloche chez son compatriote et rival Udo Bullmann, chef de file des eurodéputés socialistes.

"Le fait qu'Emmanuel Macron a présenté une vision positive pour l'avenir de l'Europe doit être salué", dit-il, en citant des idées partagées avec la famille socialiste comme "la création d'une capacité fiscale pour la zone euro, l'achèvement de l'union bancaire ou la création d'un ministre des finances de la zone euro". Mais "M. Macron doit maintenant oser faire des changements substantiels dans ces domaines, tant en Europe qu'en France", selon M. Bullmann.

Les eurodéputés écologistes lui demandent de leur côté de mettre tout son poids pour faire fléchir les pays européens qui "continuent de bloquer les réformes essentielles" contre l'évasion fiscale et l'établissement d'"une assiette commune consolidée pour l'impôt des sociétés".

En fin de journée, l'ambiance devrait être moins formelle au centre des congrès d'Epinal, où M. Macron débattra de l'avenir de l'UE avec 200 à 300 personnes s'étant inscrites en ligne.

Le président avait expliqué en février que l'objectif de ces "consultations citoyennes", menées dans les 27 pays de l'UE (hors Royaume-Uni), était de "libérer la parole sur l'Europe, redonner confiance et éclairer le débat" dans la perspective des élections européennes.

Partager cet article

Dans la même thématique

Macron passe son grand oral européen à Strasbourg
3min

Politique

« On est en droit de se poser des questions sur l’état mental de Donald Trump », pour Michel Cymes

Doit-on connaitre l’état de santé de ceux qui nous dirigent ? Doit-on évaluer leur santé mentale ? À l’affiche d’une pièce de théâtre, Michel Cymes interroge sur scène la question du secret médical des présidents élus et des candidats à la fonction suprême. Comment s’assurer de leurs capacités mentales et physiques sans trahir le secret médical ? À quelques mois de la prochaine élection présidentielle, il répond aux questions de Rebecca Fitoussi dans Un monde, un regard.

Le

Macron passe son grand oral européen à Strasbourg
4min

Politique

Au Sénat, l’acteur Bruno Solo appelle à la mobilisation face à la montée des masculinismes

Face à la menace grandissante des discours masculinistes, l’acteur Bruno Solo appelle les hommes à s'engager « concrètement » pour inverser la tendance. Lors d’une table ronde organisée au Sénat, plusieurs intervenants ont lancé l’alerte sur une jeunesse livrée à la misogynie en ligne, et rappellent l'urgence d'appliquer enfin l’arsenal législatif contre les violences sexistes et sexuelles.

Le

Paris: Weekly session of questions to the government at the Senate
8min

Politique

Municipales 2026 : comment les résultats dessinent déjà la carte des sénatoriales de septembre

Le Sénat sera renouvelé de moitié en septembre prochain, un scrutin intimement lié à celui des municipales en raison de son corps électoral. Les nouveaux équilibres communaux permettent ainsi d’anticiper sur la future composition de la Chambre haute, entre la résistance de la droite, le recul redouté des socialistes et des écologistes, et les ambitions inédites du RN et de LFI. Décryptage.

Le

EDF Reseau de Transport Electricite de Nice
6min

Politique

Marché européen de l’électricité : sortie ou réforme ? Les paradoxes de la normalisation du RN

Alors que les marchés de l’énergie s’affolent, Jordan Bardella a été attaqué par Bruno Retailleau sur sa proposition de sortie du marché européen de l’électricité. Le président du Rassemblement national estime défendre une simple « remise en cause des règles de fixation du prix » sans sortir du marché, illustrant ainsi la stratégie « attrape-tout » du RN, cherchant à la fois à contenter le grand patronat et son électorat populaire.

Le