Macron s’efforce d’afficher son virage écolo devant la Mer de Glace
Emmanuel Macron est venu jeudi dans le massif du mont Blanc "toucher du doigt" les effets dévastateurs du changement climatique. Une visite...

Macron s’efforce d’afficher son virage écolo devant la Mer de Glace

Emmanuel Macron est venu jeudi dans le massif du mont Blanc "toucher du doigt" les effets dévastateurs du changement climatique. Une visite...
Public Sénat

Par Sophie LAUTIER, Laurence BENHAMOU

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

Emmanuel Macron est venu jeudi dans le massif du mont Blanc "toucher du doigt" les effets dévastateurs du changement climatique. Une visite symbolique censée amorcer le virage écologique de son quinquennat mais dépourvue d'annonce nouvelle.

"Je n'imaginais pas une fonte aussi rapide, c'est impressionnant. On se rend compte comment les non-décisions ont fait en arriver là", s'est exclamé le président au petit matin devant la Mer de Glace, étendue de roches grises et de glace vive bleutée en recul de 8 à 10 mètres par an.

Redescendu à Chamonix, il a ensuite prononcé un discours ardent sur "l'urgence" climatique, "le combat du siècle" selon lui, assurant notamment avoir ressenti "notre propre vulnérabilité, la fragilité de ce paysage qu'on pensait inamovible".

Sans annonce d'ampleur, M. Macron a dressé le tableau d'actions qu'il a liées aux objectifs écologiques, citant la revitalisation des centres-villes pour lutter contre l'étalement urbain, la loi sur le recyclage ou encore la création, annoncée la veille, de nouveaux parcs naturels, y compris pour protéger le mont Blanc.

L'arrêté définissant l'aire protégée du mont Blanc devrait être prêt "d'ici la fin de l'année", a-t-il précisé plus tard, ajoutant que les amendes seraient portées de 38 à 750, voire 1.500 euros pour ceux qui contreviendraient "au respect de la nature".

L'ensemble de ces actions doivent être "compatibles avec les progrès économiques", a-t-il pris soin de souligner, avant de saluer la "très bonne nouvelle" de la baisse du chômage à 8,1% à la fin 2019, qui selon lui témoigne d'"une efficacité des politiques conduites".

- La priorité écologique -

Visite présidentielle du tunnel de glace près de Chamonix, le 13 février 2020
Visite présidentielle du tunnel de glace près de Chamonix, le 13 février 2020
POOL/AFP

Dans son discours en Haute-Savoie, censé marquer un virage écologique à un mois des municipales, Emmanuel Macron a aussi estimé que le "combat pour la biodiversité est indissociable de la lutte contre le réchauffement".

Quelque "60 % des animaux sauvages ont disparu ces 50 dernières années, les espèces disparaissent à un rythme 1000 fois supérieur au taux d'extinction naturelle", a rappelé le chef de l'Etat qui lançait aussi pour l'occasion l’Office français de la biodiversité (OFB) au lendemain d'un Conseil de défense écologique.

L'OFB, né du regroupement inédit de l'Agence pour la biodiversité et l'Office national de la chasse et la faune sauvage, "va porter les politiques totales de la nature", de façon "ferme et pédagogique", a-t-il assuré.

Après Chamonix, le chef de l'Etat a déjeuné à Saint-Gervais-les-Bains avec des élus locaux qui souhaitaient l'interpeller sur la pollution dans la vallée de l'Arve, entraînée par le passage de trop nombreux poids lourds et le chauffage au bois.

Visite présidentielle au glacier de la Mer de glace, près de Chamonix, le 13 février 2020
Visite présidentielle au glacier de la Mer de glace, près de Chamonix, le 13 février 2020
POOL/AFP

Laurent Wauquiez, président de région, avec le maire de Chamonix Eric Fournier, soutenu par LREM, ont demandé au président de réglementer les camions les plus polluants dans le tunnel du Mont-Blanc et de développer le ferroviaire dans la vallée. Le président a annoncé que le gouvernement co-financerait le prolongement du Léman-Express jusqu'à Saint-Gervais avec le département et la région.

- "Caricature" -

A Saint-Gervais, une manifestation contre cette pollution et la réforme des retraites a réuni 250 personnes, mais elle a été dispersée avant l'arrivée d'Emmanuel Macron.

"Venir pleurer devant la Mer de Glace alors que les accords des conférences climat ne sont pas respectés et que les émissions de gaz à effet de serre augmentent, c'est de la parade, c'est de la com'", tançait parmi les manifestants Pierre Delpy, conseiller en énergie dans une association.

Emmanuel Macron devant la Mer de Glace, le 13 février 2020
Emmanuel Macron devant la Mer de Glace, le 13 février 2020
POOL/AFP

Son déplacement auprès "des symboles du réchauffement" a été salué par Arnaud Gauffier, directeur des programmes au WWF, mais ce dernier a "regretté (que) les annonces ne soient pas à la hauteur des enjeux".

"Ce qui fait disparaître les glaciers c'est le réchauffement climatique, si ça ne s'assortit pas d'une politique ambitieuse de réduction des émissions ça ne sert à rien, et dans ce domaine on n'est pas du tout dans les clous", a-t-il déploré.

La veille, Greenpeace avait déjà déploré que le "gouvernement se contente de mesures insuffisantes et anecdotiques, mélange de réchauffé et de fausses solutions comme le nucléaire", accusant même le président de "tomber dans la caricature avec une vaste opération de communication pour verdir son image avant les municipales".

sla-leb-san-ag/mb/sp

Partager cet article

Dans la même thématique

4min

Politique

Esclavage : « L’identité française est faite de grands récits et de grands crimes », reconnaît Emmanuel Macron

A l’occasion des 25 ans de la loi Taubira, reconnaissant la traite et l’esclavage comme crime contre l’humanité, l’Elysée organisait une cérémonie de commémoration ce jeudi 21 mai. Le Président de la République est revenu sur le devoir de reconnaissance de ces crimes. Il a, pour la première fois, abordé le sujet de la réparation, quelques mois après l’abstention de la France sur le vote de la reconnaissance de l’esclavage et de la traite comme « pire crime contre l’humanité » à l’ONU.

Le

Gabriel Attal walks in Bordeaux
4min

Politique

Présidentielle 2027 : en Aveyron, Gabriel Attal officialise sa candidature

C’est fait, Gabriel Attal a mis fin au faux suspense sur sa candidature à la présidentielle. Le patron de Renaissance a officialisé sa candidature, ce vendredi et devrait être sur la ligne de départ en 2027. Dans l’Aveyron, l’ancien Premier ministre a fait part de son ambition de succéder à Emmanuel Macron. Il faudra d’abord tuer le match avec Edouard Philippe pour être le candidat légitime du bloc central.

Le

French ruling Renaissance party holds political meeting in Arras
6min

Politique

Gabriel Attal, à l’heure du grand saut présidentiel ?

Dans l’Aveyron, loin des ors parisiens, l’ancien premier ministre doit officialiser vendredi sa candidature à l’Élysée. Une entrée en campagne pensée comme un antidote au procès en déconnexion qui colle au macronisme et comme un adversaire à Édouard Philippe pour le leadership du bloc central.

Le

ZFE la fin des Zones a Faibles Emissions votee par l Assemblee Nationale
3min

Politique

Loi de « simplification » : le Conseil constitutionnel censure la suppression des ZFE et l’assouplissement du ZAN

Le Conseil constitutionnel a censuré ce jeudi 21 mai plusieurs articles emblématiques de la loi de « simplification économique », parmi lesquels la suppression des zones à faibles émissions (ZFE) et un assouplissement des règles du « zéro artificialisation nette » (ZAN). Jugées sans rapport direct avec le projet de loi initial, ces dispositions ont été qualifiées de « cavaliers législatifs ». Au total, 25 articles sur 84 ont été censurés totalement ou partiellement, au terme d’un feuilleton parlementaire de deux ans.

Le