Macron tient en Corse son dernier débat, le plus compliqué
Quelques écoles partiellement bloquées et des drapeaux corses tapissés dans des avenues d'Ajaccio: Emmanuel Macron arrive jeudi sous tension en...

Macron tient en Corse son dernier débat, le plus compliqué

Quelques écoles partiellement bloquées et des drapeaux corses tapissés dans des avenues d'Ajaccio: Emmanuel Macron arrive jeudi sous tension en...
Public Sénat

Par Maureen COFFLARD, Laurence BENHAMOU

Temps de lecture :

5 min

Publié le

Mis à jour le

Quelques écoles partiellement bloquées et des drapeaux corses tapissés dans des avenues d'Ajaccio: Emmanuel Macron arrive jeudi sous tension en Corse, pour sa 15e et dernière étape du grand débat boycottée par les nationalistes.

Le chef de l'Etat doit atterrir vers 11H00 sur l'île, pour une rencontre avec les maires et élus locaux, alors que les nationalistes au pouvoir ont appelé à une opération "île morte" pour la première fois depuis plusieurs années.

Précédé d'un gros dispositif de sécurité, le chef de l'Etat se rendra dans le village de Cozzano, à une heure et demie de route, où est organisé le débat qui débute à 14H30. Sur le parcours d'environ 60 kilomètres, les arbres étaient tapissés de drapeaux corses imprimés et d'autres bannières flottaient aux fenêtres de maisons.

Le président Emmanuel Macron s'est rendu dans une usine de saucisses lors de sa visiste en Corse, le 4 avril 2019
Le président Emmanuel Macron s'est rendu dans une usine de saucisses lors de sa visiste en Corse, le 4 avril 2019
POOL/AFP

Après la Bretagne mercredi, il aura ainsi passé une centaine d'heures à débattre avec les élus locaux et les Français.

Mais cette dernière rencontre s'annonce la plus tendue de toute, à l'image de la première visite présidentielle l'an dernier, jugée "humiliante" par les nationalistes au pouvoir dans l'île.

Malgré une interview conciliante du chef de l'Etat mardi, les deux hommes forts de l'île, le président du conseil exécutif Gilles Simeoni comme celui de l'Assemblée de Corse Jean-Guy Talamoni ont décidé de boycotter la réunion de Cozzano.

Le président du conseil exécutif Gilles Simeoni (G) et celui de l'Assemblée de Corse Jean-Guy Talamoni (D), après un discours d'Emmanuel Macron, à Bastia, le 7 février 2018
Le président du conseil exécutif Gilles Simeoni (G) et celui de l'Assemblée de Corse Jean-Guy Talamoni (D), après un discours d'Emmanuel Macron, à Bastia, le 7 février 2018
POOL/AFP/Archives

La coalition nationaliste Pè a Corsica a appelé à une demi-journée "isula morta" ("île morte") pendant le débat. Le puissant syndicat des travailleurs corses STC a demandé à ses membres de venir à midi avec des drapeaux corses devant la préfecture d'Ajaccio et la gare de Bastia, pour s'opposer au "mépris de l'Etat français vis-à-vis de la Corse".

- Rebuffade -

Le tout dans un contexte de recrudescence de la violence depuis début mars, sans revendication politique à ce stade : lundi, des charges non explosées ont été découvertes devant deux bâtiments des finances publiques à Bastia, entraînant la saisine de la section antiterroriste du parquet de Paris. Plusieurs villas ont également été visées par des explosions depuis le début du mois.

Mercredi, le dialogue de sourd s'est poursuivi entre les dirigeants nationalistes et le chef de l'Etat. Les deux hommes l'ont invité à s'exprimer devant les élus de l’Assemblée de Corse, ce qu'il a aussitôt refusé, tout en leur proposant de les rencontrer à Cozzano ou ultérieurement à Paris. Une "rebuffade" pour les nationalistes qui assurent eux aussi chercher le dialogue.

La droite saluait jeudi matin la fermeté du chef de l'Etat alors que la France Insoumise dénonce une attitude "provocante" du président.

Bruno Retailleau (LR) sur Radio classique a jugé que "M.M. Talamoni et Simeoni ont un agenda caché, faire que petit à petit la Corse prenne le large. Il est évident qu'aucun président de la République française ne peut le tolérer" même si "on peut aménager, différencier", a-t-il commenté.

Manuel Bompard (LFI) a lui déclaré sur RFI qu'il "comprend" les nationalistes qui "se heurtent à une forme de provocation d'Emmanuel Macron". "J'ai des désaccords politiques avec les autonomistes, mais à partir du moment où il y a une adhésion populaire à ces revendications, il faut dialoguer, négocier, et le PR a eu une position très provocante", a-t-il tranché.

A l'hostilité des nationalistes se greffe une grève nationale dans l'éducation et une contestation sociale classique. Une intersyndicale a appelé à des manifestations à Bastia et Ajaccio. Par précaution, la préfecture a interdit toute manifestation autour de l'aéroport d'Ajaccio et l'Elysée a renoncé à une halte dans un café de Sampolo, sur la route de Cozzano.

Quelque 200 maires sur les 360 invités étaient attendus pour le débat. Emmanuel Macron compte aborder d'abord les problèmes quotidiens, de préférence aux revendications jugées "totémiques" des nationalistes - autonomie, obligation de la langue corse jusqu'en terminale ou retour des prisonniers détenus sur le continent.

"Ces prisonniers ne sont que trois : les assassins du préfet Erignac", s'agace l'entourage du président. Pour la langue corse, Emmanuel Macron a annoncé mardi qu'elle deviendrait l'une des spécialités à part entière du nouveau baccalauréat. Quant aux institutions, il estime avoir déjà fait une concession majeure en promettant l'inscription de la spécificité corse dans la Constitution.

La veille, son étape en Bretagne s'est déroulée sans accroc, devant 900 maires réunis à Saint-Brieuc. Tirant un premier bilan de son périple, il leur a promis de répondre sans "reniement" ni "entêtement" aux souhaits des Français, alors que l'opinion s'impatiente devant un exercice qui s'étire en longueur. Le chef de l'Etat, de nouveau en baisse dans les sondages, devrait annoncer de premières mesures mi-avril.

Partager cet article

Dans la même thématique

Le Pen ok
7min

Politique

« Il n’était pas fiable » : le départ du conseiller de Jordan Bardella, François Durvye, de la campagne de Marine Le Pen, rappelle les divergences qui traversent le RN

Le divorce entre François Durvye, conseiller éco de tendance libérale, et Marine Le Pen, en plein débat au Medef, montre que le RN connaît encore des différences de lignes internes sur l’économie. Dans l’entourage de Marine Le Pen, on assure que « Jordan Bardella n’a rien à voir là-dedans. C’est l’ego contrarié d’un haut fonctionnaire. Point ».

Le

Capture d’écran du documentaire « 39-45, les cheminots dans la résistance » de Emmanuel Roblin
3min

Politique

Les « docus de l’été » : Les cheminots français sous le nazisme, de résistants individuels à la paralysie du réseau

Instrument essentiel de la logistique en temps de guerre, les cheminots français ont très tôt mesuré l’utilité du réseau de chemins de fer pour l’ennemi. Dès 1942, et avant toute autre forme de résistance, ils ont agi pour faire dérailler la machine nazie. "39-45, les cheminots dans la résistance", un documentaire de Emmanuel Roblin à voir cet été sur Public Sénat.

Le

« Ce qui m’a surpris, c’est… » : le premier débat de la présidentielle vu par les chefs d’entreprise présents à l’université d’été du Medef
7min

Politique

« Ce qui m’a surpris, c’est… » : le premier débat de la présidentielle vu par les chefs d’entreprise présents à l’université d’été du Medef

Le premier débat de la présidentielle s’est joué ce 27 août à Paris face aux tribunes de Roland-Garros, entre sept candidats déclarés, sur des thématiques économiques chères à l’organisation patronale. Les dirigeants ou cadres que nous avons rencontrés ressortent mitigés de cet échange. Les deux anciens premiers ministres d’Emmanuel Macron, Gabriel Attal et Édouard Philippe, ont sans surprise pris l’ascendant face à ce parterre.

Le

PARIS: REF 2026, Rencontre des Entrepreneurs de France 2025 du Medef – Présidentielle 2027 : Premier débat de la campagne entre sept candidats réunis par le Medef
9min

Politique

Dette, retraites, fiscalité… que retenir du premier débat des candidats à l’élection présidentielle ?

Ce jeudi, sept candidats à la présidentielle ont tenu le premier débat de la campagne, aux journées d’été du Medef. Pendant plus de deux heures, Bruno Retailleau (les Républicains), Edouard Philippe (Horizons), Raphaël Glucksmann (Place publique), Jean-Luc Mélenchon (la France Insoumise), Marine Le Pen (Rassemblement national), Gabriel Attal (Renaissance) et Marine Tondelier (les Ecologistes) ont échangé sur le sujet de la dette publique, des retraites ou encore du coût du travail.

Le