Macron/Le Pen : « Un sale débat à l’image d’une sale campagne » selon Philippe Moreau-Chevrolet

Macron/Le Pen : « Un sale débat à l’image d’une sale campagne » selon Philippe Moreau-Chevrolet

Philippe Moreau-Chevrolet, président de l’agence de communication MCBG Conseil, juge sévèrement le débat de l’entre-deux tours qui a opposé Emmanuel Macron à Marine Le Pen. « C’est moins une victoire d’Emmanuel Macron qu’une défaite de Marine Le Pen », estime-t-il. « Le paradoxe absolu, c’est que Marine Le Pen, qui a cherché pendant des mois à écarter Jean-Marie […]
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Philippe Moreau-Chevrolet, président de l'agence de communication MCBG Conseil, juge sévèrement le débat de l’entre-deux tours qui a opposé Emmanuel Macron à Marine Le Pen. « C’est moins une victoire d’Emmanuel Macron qu’une défaite de Marine Le Pen », estime-t-il. « Le paradoxe absolu, c’est que Marine Le Pen, qui a cherché pendant des mois à écarter Jean-Marie Le Pen, s’est en fait comportée comme lui » selon le communicant, « elle démolit tout un travail d’image fait depuis des mois ». Pour Philippe Moreau-Chevrolet, il est « peu probable » que le débat bouge les lignes. Au final, il estime que c’est « l’un des pires débats de la Ve République ». Entretien.

Marine Le Pen a été très offensive. Un débat d’entre-deux tours n’a jamais été aussi violent. Est-ce que ça paie ?
La stratégie de Marine Le Pen jusqu’à présent c’était de changer d‘image, l’apaisement, une stratégie de présidentialisation. C’était même son slogan, la France apaisée. Elle était sortie des cadres traditionnels de l’extrême droite pour ratisser assez large sur l’euro, en ayant un discours plus social. Et là on a vraiment un retour au FN de Jean-Marie Le Pen. Des phrases hyper agressives, une ironie cassante, des sarcasmes.

Ce n’est pas payant car elle démolit tout un travail d’image fait depuis des mois. C’est extrêmement surprenant comme stratégie. Elle paraît agressive. Face à un Macron calme elle était en train de faire l’avion avec ses bras. Elle a parlé à ses supporteurs, mais elle a empêché qu’il y ait un débat sur le fond et a donné l’impression qu’elle fuyait ce débat.

C’est paradoxal de sa part après avoir cherché à lisser son image…
En fait hier on a plus vu Jean-Marie Le Pen qu’on a vu Marine Le Pen. Au fond, il aurait débattu comme elle. Le paradoxe absolu, c’est que Marine Le Pen, qui a cherché pendant des mois à écarter Jean-Marie Le Pen, s’est en fait comportée comme lui. C’est lui qui a gagné d’une certaine façon. Elle a tout mis par terre. Pour le FN, ça va poser des questions en interne. Le FN a démontré qu’il n’était pas en situation de gouverner. Hier soir, elle donné l’impression qu’elle n’était pas au niveau. Elle essaie de faire du Trump mais elle ne s’en sort pas très bien. Il faut cependant voir les sondages dans les prochains jours.

Emmanuel Macron a semblé encaisser les attaques le premier quart d’heure, avant de répondre et d’argumenter plus calmement. De quoi convaincre les électeurs de Fillon ou Mélenchon qui hésitent à voter pour lui ?
Hier, c’était moins une victoire d’Emmanuel Macron qu’une défaite de Marine Le Pen dans le débat. Marine Le Pen a fait une ouverture, comme on dit aux échecs. Elle a été dans les attaques personnelles, elle a pilonné pendant les vingt premières minutes. Il a été visiblement stupéfait et pris de court. Elle a pris un ascendant sur le débat. Mais au lieu d’arrêter et de passer à quelque chose de plus profond, elle est restée sur ça. Emmanuel Macron a encaissé d’abord puis a répondu. Sur la durée il l’emporte. Il est capable d’être très calme. L’attitude de Marine Le Pen le présidentialise sans qu’il ait grand chose à faire. Lui, en tant que favori, avait à prendre le moins de risques possibles.

En terme de gestuelle et d’attitude, que nous a montré ce débat ?
On avait quelqu’un de plus agité, Marine Le Pen, qui avait des papiers. Elle était vraiment dans une forme de violence continuelle, de mise en scène, elle surjouait en permanence. En face, Emmanuel Macron n’était pas forcément très bon et inspiré. Il était en sous régime et ne bougeait pas beaucoup. C’était un contraste saisissant. En tant que favori, il a choisi de ne pas sortir du cadre.

Marine Le Pen avait un tas de dossiers avec elle. Un gage de sérieux ou cela s’est-il retourné contre elle à force de s’y plonger presque à chaque reprise ?
Comme Emmanuel Macron a travaillé sans note, et elle avec des dossiers, elle avait l’air de chercher des éléments. On avait l’impression de quelqu’un de fouillis avec ses papiers, face à quelqu’un qui avait l’air efficace et qui maîtrisait ses dossiers. Ce n’est pas une bonne idée d’arriver avec des dossiers comme ça.

Ce débat sera-t-il en mesure de faire bouger les lignes ?
C’est peu probable. On peut être démenti par les faits, mais on ne voit pas les indécis être convaincus par le débat. Ça va conforter les gens qui choisissent Marine Le Pen de voter Le Pen, même chose avec les électeurs d’Emmanuel Macron. Pour les indécis, le vote Macron est beaucoup plus rassurant. Elle a fait le pire débat qu’on pouvait faire. Mais on est dans une opinion très volatile et très en colère. Chez l’électorat populaire, ça peut avoir aussi un impact positif.

Marine Le Pen a multiplié les contre-vérités et mensonges. Etait-ce le premier débat à l’heure des fake news ?
Oui. Quelqu’un a dit aussi que c’est le premier débat Twitter. On se balançait des petites phrases qui tiennent en 140 caractères, des phrases par vérifiées, des rumeurs. Elle évoque et relaie des rumeurs en disant « j’espère qu’on n’apprendra pas que… », « que vous n’avez pas un compte aux Bahamas », etc. C’est une insinuation, c’est assez fou dans un débat de cette nature. C’est du militantisme façon Twitter. On dit n’importe quoi très vite et on balance des injures, des critiques, des rumeurs sans arrêt. C’est une stratégie de tension pour essayer de noyer son adversaire et de le déstabiliser. Mais cette stratégie ne fonctionne pas en débat présidentiel. Mais au fond, aucun des deux n’était vraiment convaincant, mais par contraste Macron a dominé.

Au final, c’est l’un des pires débats de la Ve République. On se demande comment on est tombé si bas. C’est un sale débat à l’image d’une sale campagne. Cette démolition systémique du politique dans la campagne va laisser des traces. Ça peut provoquer un divorce entre la classe politique et les Français. Est-ce qu’on ne les éloigne pas durablement de la politique ?

Ce débat montre-t-il aussi qu’il est compliqué de débattre avec le FN ?
Oui, mais ce n’est pas que ça. C’est un débat à l’image d’une campagne tellement bas de gamme. On était loin du fond. Il y a un contexte beaucoup plus large. Il n’y a plus de droite, plus de gauche. Et plus de débat. C’est un peu l’année 0 pour la vie politique française. On va redémarrer un cycle. Et ça, c’est peut-être bien aussi. Il y a une recomposition qui se fait, des nouvelles têtes qui vont émerger, des nouveaux clivages. On va voir ce que ça donne. Mais Emmanuel Macron pourrait gagner dans les pires conditions possibles. Il n’a pas vraiment d’élan populaire, les gens vont voter pour lui par défaut. Ce sera le second après Hollande. 10 ans de présidence par défaut, avec dans le cas de Macron une présidence plus centriste, politiquement, cela va avoir du mal à tenir.

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