Mai 68 fut un fertile créateur de slogans mais aussi un grand générateur d'images: affiches - certaines sont des icônes -, mais aussi peintures,...
Mai 68 aux Beaux-Arts ou la politique par l’image
Mai 68 fut un fertile créateur de slogans mais aussi un grand générateur d'images: affiches - certaines sont des icônes -, mais aussi peintures,...
Par Antoine FROIDEFOND
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Mai 68 fut un fertile créateur de slogans mais aussi un grand générateur d'images: affiches - certaines sont des icônes -, mais aussi peintures, photographies, tracts. Une exposition aux Beaux Arts de Paris tente une histoire politique du visuel pendant les années 1968-1974.
"Il s'agit de voir comment cette période de très fort engagement politique, dont la partie émergée est le mouvement de 68, a donné naissance à des images d'une inventivité particulièrement intéressante" mais qui "veulent aussi transformer la société", explique Eric de Chassey, commissaire de l'exposition avec l'historien Philippe Artières.
"Images en lutte", ouverte jusqu'au 20 mai, est organisée en plusieurs sections comme une sorte d'atlas des luttes politiques et sociales : "l'Ailleurs fantasmé" (Chine, Cuba, Vietnam...), l'usine, l'université, la prison, la manifestation. Si les thèmes purement politiques semblent très datés, les sujets sociétaux résonnent avec l'actualité, qu'il s'agisse des prisons, des droits des femmes, des immigrés ou de l'environnement.
"Nous avons respecté le statut des images: les affiches sont aux murs, les tracts dans les vitrines", souligne Eric de Chassey, président de l'Institut national d'histoire de l'art.
Affrontements entre les étudiants et la police le 6 mai 1968 boulevard Saint Germain à Paris
AFP/Archives
Une silhouette d'usine dont la cheminée se termine par un poing fermé: cette affiche, une des plus célèbres de 68, est bien là, avec beaucoup d'autres, sur les murs du hall d'entrée du Palais des Beaux-Arts.
Créées collectivement à l'Atelier populaire des Beaux-Arts pour la plupart, et issues des collections de l'école, elles sont dans un parfait état de conservation, notamment les couleurs. Sont également présentés dans des vitrines quelque 250 projets d'affiches non réalisés.
"C'était notre volonté, à Philippe et moi, que cette exposition ait lieu aux Beaux-Arts qui ont été pendant toute cette période un centre névralgique des rapports entre art et politique", dit Eric de Chassey.
- Coup de grisou -
"Images en lutte est une lecture documentée de ce moment de l'histoire contemporaine où l'art et le politique, la création et les luttes sociales et politiques furent intimement mêlées", écrivent les deux commissaires, qui n'ont "pas voulu faire la différence entre ce qui serait de l'art et ce qui ne le serait pas".
Beaucoup de documents épousent -- sans surprise -- les luttes tiers-mondistes, celle des Noirs américains ou des Basques anti-franquistes, mais affichent aussi leur soutien à la cause palestinienne et leur solidarité avec le peuple vietnamien en guerre contre les Etats-Unis.
Che Guevara est déjà "icônisé" par Erro et Roman Cieslewicz. Plus dérangeante est la fascination de certains créateurs pour la figure de Mao Zedong, représenté sans recul avec les autres dirigeants chinois regardant un défilé dans une superbe toile de Bernard Rancillac.
Avec aussi une absente de taille: l’intervention des chars du Pacte de Varsovie en août 1968 pour mettre fin au Printemps de Prague. "Un mystère", reconnaît Eric de Chassey, qui n'a pas trouvé, malgré d'intenses recherches, le moindre document ou la moindre oeuvre sur la liquidation de cette éphémère tentative de communisme à visage humain.
Des événements, un peu oubliés, ont en revanche suscité une mobilisation des créateurs, comme ce coup de grisou dans une mine à Fouquières-lès-Lens qui tuera 16 mineurs. Le peintre Merri Jolivet réunit un groupe d'artistes lors du procès à l'été 1970 et Gilles Aillaud signe une oeuvre remarquable "Réalité quotidienne des travailleurs de la mine".
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