Maintien de l’ordre : « L’inquiétude » perdure après l’audition de Castaner au Sénat

Maintien de l’ordre : « L’inquiétude » perdure après l’audition de Castaner au Sénat

Après plusieurs heures d’audition devant les sénateurs, Christophe Castaner et Laurent Nunez ont détaillé les dysfonctionnements dans le maintien de l’ordre et ont confirmé un changement de doctrine pour les prochaines semaines. Pas de quoi rassurer les parlementaires.
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« C’était nécessaire après ce qui s’est passé samedi qu’il y ait ce temps d’écoute, de questions de dialogue… Pour que les ministres comprennent que ces parlementaires qui viennent de tous les départements de France sont porteurs de quelque chose d’important : une inquiétude, une angoisse, une attente urgente et pressante que l’ordre public soit assuré » a expliqué le président de la commission des lois, Philippe Bas, à l’issue des auditions de Bruno Le Maire, Christophe Castaner et Laurent Nunez (voir notre article)

Sous le feu des critiques depuis samedi dernier, Christophe Castaner a tenu à faire bonne figure dès son propos liminaire. « Nous n’avons pas baissé la garde. L’explosion (de violences) que nous avons connue samedi montre les limites d’un système mis en place » a reconnu le ministre de l’Intérieur avant de dénombrer pour la journée de samedi : « 8 500 casseurs prêts à tuer » dans Paris, pour un bilan de 27 magasins pillés, 130 dégradés, 79 feux, 30 gendarmes, policiers et pompiers blessés. « En 18 samedis, c’est le bilan le plus lourd pour les forces de sécurité intérieure » a-t-il souligné.

Pour autant, Christophe Castaner indique que « ce niveau de violence » était prévu. « Le renseignement était bon ». De même, les effectifs ont été fixés en prévision (5 000 membres des forces de l’ordre). « Il n’y a donc pas eu en amont un problème d’anticipation » a-t-il assuré.

LBD, mobilité, interpellation : dysfonctionnements à la préfecture

Le problème s’est situé, selon lui, au niveau de la préfecture de police de Paris. « Samedi, des instructions sur le changement de doctrine d’usage des LBD ont été prises au sein de la préfecture de Paris sans l’assentiment du gouvernement et des deux ministres qui sont devant vous aujourd’hui ». De même des décisions ont été prises au sein de la préfecture de police « sur la mobilité, sur les interpellations qui manifestement ne sont pas remontées au préfet de police et c’est un dysfonctionnement grave ». C’est en raison de ce défaut de « management au sein de la préfecture de police », que Michel Delpuech, qualifié tout de même de « grand préfet » a été limogé.

Christophe Castaner n’a pas répondu sur sa propre responsabilité

Audition de Castaner: réaction de Sophie Primas
01:08

« Il me semble qu’il (Christophe Castaner) est le premier policier de France. Il ne peut pas repousser comme ça, sa responsabilité, D’ailleurs, il ne l’a pas fait. Il ne m’a pas répondu mais il n’a pas repoussé sa responsabilité. Il a simplement dit qu’il y avait eu un défaut de management. Mais le premier manageur de l’équipe de sécurité en France, c’est le ministre de l’Intérieur » estime pour sa part Sophie Primas, présidente LR de la commission des affaires économiques, pour qui « il semble clair » que l’exécutif était en faute dans la gestion de la manifestation de samedi. (voir la vidéo)Le sénateur LR Michel Raison est plus explicite. « Je pense sincèrement qu’il n’a pas été bon. Quand on accepte d’être ministre de l’Intérieur, ça implique parfois de devoir présenter sa démission lorsqu’on est mis en cause ».

« Il y a un flou dans l’intention politique »

« Nous n’avons pas été convaincus. Il y a eu un début d’explication sur les dysfonctionnements et un peu de minimisation. Ce qui est clair, c’est que les Flash-ball n’ont pas été utilisés correctement. Il y a eu une forme d’autocensure et de retenue chez les forces de l’ordre. Cela veut dire que les ordres n’étaient pas assez clairs. Le gouvernement n’arrête pas de louvoyer pour faire plaisir aux uns et aux autres. Emmanuel Macron saisit lui-même le Conseil Constitutionnel sur la loi anticasseurs… Il y a un flou dans l’intention politique » analyse François Grosdidier sénateur LR de la commission des lois.

« S’il n’y a pas de réponse politique et sociale dans un mois, c’est reparti »

Pour autant l’élu de Moselle n’appelle pas à la démission du ministre de l’Intérieur. De l’autre côté de l’hémicycle, on ne demande pas non plus la tête du locataire de la place Beauvau. « Vous pouvez faire ce que vous voulez, changer de ministre, de préfet… S’il n’y a pas de réponse politique et sociale dans un mois, c’est reparti » soupire Fabien Gay, sénateur communiste de Seine-Saint-Denis qui reste sceptique sur les explications données par les ministres hier. « Les Blacks Blocs ne sont pas apparus avec les gilets jaunes. Ça ne date pas d’hier. Ils sont repérables » considère-t-il.

« Le black bloc, c’est un mode opératoire »

Audition: "Le black bloc, c’est un mode opératoire " explique Laurent Nunez
05:58

De la « naïveté » pour Laurent Nunez, secrétaire d’État auprès du ministre de l’Intérieur qui est revenu longuement hier sur le « concept » de Black Bloc. « Ce ne sont pas des individus que l’on connaît forcément (…) Le black bloc, c’est une constitution des groupes violents pendant une manifestation (…) des individus qui peut-être avant ne se connaissaient pas. Pour être clair, ce sont des individus qui viennent à la manifestation, habillés normalement et qui, à un moment donné, quand il y a suffisamment de personnes pour les protéger, se revêtissent de noir dans cette foule. Le black bloc, c’est un mode opératoire » a-t-il insisté avant de préciser : « ce qu’on commence à voir dans les manifestations, ce sont des gilets jaunes radicalisés venir s’agréger aux Black Bloc ».

Aller au contact : « L’exécutif prend un risque »

Afin de contrer ces actions violentes, Laurent Nunez indique la nouvelle stratégie que le gouvernement compte désormais mettre en place. « Chaque fois qu’on sait qu’il va y avoir un rassemblement violent, on empêchera que le rassemblement lui-même ne se constitue. C’est ça l’idée. Les Black Bloc quand ils n’ont pas de foule pour se planquer, généralement ne se constituent pas ». Pour Patrick Kanner, ce nouveau mode opératoire n’est pas sans risque. « C’est une doctrine qui va aboutir à aller au contact (…) ce qui m’inquiète ce sont les risques que le pays va prendre. Il n’y a pas eu de blessés très lourds jusqu’à présent à part avec les LBD. Mais là, on est sur un autre échelon. Nos forces de police sont fatiguées… N’y aura-t-il pas des provocations samedi prochain ? Des réponses excessives à ses provocations ? L’exécutif prend un risque ».

Sur Twitter, la sénatrice écologiste, Esther Benbassa fait également part de ses inquiétudes. « Samedi on ira au contact, donc du corps à corps. De mieux en mieux… » La sénatrice de Paris s’est notamment opposée à Christophe Castaner sur le qualificatif « d’assassin » attribué par le ministre à certains manifestants. « Je ne vois pas d’autres qualificatifs que voyous, si, pire, assassins, pour ceux qui mettent le feu à un immeuble d’habitation dans Paris » a-t-il justifié.

Ce mercredi, à la sortie du conseil des ministres, le porte-parole du gouvernement, Benjamin Griveaux a indiqué que la mission antiterroriste militaire Sentinelle sera mobilisée de manière « renforcée » samedi dans le cadre des manifestations des « gilets jaunes » afin de protéger des bâtiments officiels et autres « points fixes ».

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