Malaise à l’hôpital : « C’est une tragédie » estime le chef du service de radiologie de l’hôpital Georges Pompidou
Invité de l’émission « On va plus loin », Philippe Halimi, chef du service de radiologie de l’hôpital européen Georges Pompidou, est venu parler de son combat contre les cas de harcèlement, subi par le personnel hospitalier.

Malaise à l’hôpital : « C’est une tragédie » estime le chef du service de radiologie de l’hôpital Georges Pompidou

Invité de l’émission « On va plus loin », Philippe Halimi, chef du service de radiologie de l’hôpital européen Georges Pompidou, est venu parler de son combat contre les cas de harcèlement, subi par le personnel hospitalier.
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L’hôpital public va mal. Pris dans une logique financière, il broie au passage un personnel hospitalier, souvent à bout et parfois harcelé par les directeurs des hôpitaux eux-mêmes. Et ce sont les patients qui en font les frais, au passage.

C’est la thèse du livre de Philippe Halimi, chef du service de radiologie de l’hôpital européen Georges Pompidou et président fondateur  de l’association nationale Jean-Louis Mégnien, qu’il a coécrit avec Christian Marescaux, « Hôpitaux en détresse, patients en danger » (chez Flammarion).

« Hier (…), je reçois le dossier d’un collègue qui est professeur des universités dans un centre hospitalier régional (…) [à] Saint-Étienne » explique le praticien, évoquant un cas concret.

« Il est en conflit avec son chef de service. Nous avons des éléments (…)  qui montrent de façon tangible, qu’il est harcelé par son chef de service. Résultat des courses (…) la direction du centre hospitalier [décide] (…) de supprimer le service de soin continu de ce collègue, qui est harcelé. Donc c’est un exemple direct de conflits qui peuvent surgir, qui sont vieux comme le monde entre médecins et qui (…) qui sont gérés d’une certaine façon par l’administration, (…) [donnant] en permanence des gages à ceux qui sont en situation de supériorité hiérarchique. Ce collègue alerte les autorités, alerte le maire, alerte l’agence régionale de santé, envoie un dossier complet au ministère. Et dans le même centre hospitalier, on apprend que, dans une autre spécialité qui est la psychiatrie, il y a eu une alerte vis-à-vis du suivi des patients psychiatriques qui sont suivis au CHU dans des conditions lamentables et qui sont attachés sur leur lit » raconte-t-il.

« Il n’y a plus de contre-pouvoir au sein de l’hôpital »

Comment en est-on arrivé là ?  Pour Philippe Halimi, « cela a été une lente dégradation », dont le point de départ se situe en 2003, au moment de la tarification à l’activité (la T2A), qui a poussé les hôpitaux à multiplier les actes, en privilégiant les plus rentables. « On voit bien que l’on est dans une logique où il faut faire des actes. On n’est pas forcément très enclin à regarder si ces actes sont justifiés, s’ils ne peuvent pas être dangereux. On est là pour faire du chiffre. C’est la priorité des directions hospitalières actuellement et c’est d’ailleurs comme ça que l’avancement des directeurs d’hôpitaux se fait » dénonce-t-il.

Il ajoute : «L’élément déterminant qui explique en grande partie selon nous la situation à l’hôpital public actuellement, c’est la loi de Roselyne Bachelot, loi dite « hôpital, patients, santé et territoires » qui a été promulguée en 2009 et qui donne des pouvoirs exorbitants aux directeurs d’établissements. Et qui consacre en fait que le PDG de l’entreprise qui s’appelle hôpital public, est le directeur d’hôpital. À l’époque beaucoup de mes collègues ont dénoncé cette loi, qui est très déséquilibrée puisqu’il n’y a plus de contre-pouvoir au sein de l’hôpital. »

Philippe Halimi estime que son livre est un « signal d’alarme » lancé, avant qu’il ne soit trop tard : « C’est une tragédie parce que si on continue comme ça (…) l’hôpital va continuer à se dégrader et cet outil (…) ne sera plus que moribond. »

 

Le chef du service de radiologie de l’hôpital européen Georges Pompidou, assure que la ministre de la santé, Agnès Buzyn, « est très sensible aux phénomènes de harcèlement » d’autant plus qu’elle en aurait été victime elle-même : «  La ministre de la santé Agnès Buzyn à elle –même dénoncé à propos du CHU de Grenoble, la maltraitance institutionnelle, qui y régnait. Elle-même, a déclaré à plusieurs reprises, qu’elle avait été victime de harcèlement et de maltraitance lorsqu’elle était professeure des universités dans un grand hôpital parisien. Elle (…) nous a dit à plusieurs reprises (…) qu’elle avait été obligée de se refaire une nouvelle carrière en dehors de l’hôpital et qu’elle [avait] été (…) à deux doigts de mettre fin à ses jours. »   

Le mois prochain Emmanuel Macron détaillera sa réforme sur l’hôpital. Mais Philippe Halimi jugera sur les résultats, car, à ses yeux,  la situation doit absolument changer : « Il faut qu’il y ait, bien sûr, un minimum de moyens à l’hôpital. À force d’avoir des coups de rabot budgétaires successifs (…) on est à l’os. Mais ce n’est pas uniquement cela. C’est le type de management qui est violent, autoritaire, agressif, qui ne respecte pas les personnels de soins, qui ne respecte pas les patients (…) L’outil se détériore, l’atmosphère générale à l’hôpital public est une atmosphère extrêmement difficile, et ça se ressent au niveau de la prise en charge des patients. »   

 

Vous pouvez voir et revoir l’entretien avec Philippe Halimi, en intégralité :

OVPL : entretien en intégralité avec le Pr Philippe Halimi, venu parler de harcèlement à l'hôpital
08:15

 

 

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