Malgré la grâce présidentielle, Jacqueline Sauvage reste en prison

Malgré la grâce présidentielle, Jacqueline Sauvage reste en prison

Janine Bonaggiunta (g) et Nathalie Tomasini (d), avocates de Jacqueline Sauvage, condamnée à dix ans de réclusion pour le meurtre de son mari violent, lors d’une conférence de presse, le 12 août 2016 à Paris AFP Jacqueline Sauvage, condamnée à dix ans de réclusion pour le meurtre de son mari violent, mais partiellement graciée par […]
Public Sénat

Par Tiphaine LE LIBOUX et Joris FIORITI

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

Janine Bonaggiunta (g) et Nathalie Tomasini (d), avocates de Jacqueline Sauvage, condamnée à dix ans de réclusion pour le meurtre de son mari violent, lors d'une conférence de presse, le 12 août 2016 à Paris
Janine Bonaggiunta (g) et Nathalie Tomasini (d), avocates de Jacqueline Sauvage, condamnée à dix ans de réclusion pour le meurtre de son mari violent, lors d'une conférence de presse, le 12 août 2016 à Paris
AFP

Jacqueline Sauvage, condamnée à dix ans de réclusion pour le meurtre de son mari violent, mais partiellement graciée par François Hollande, reste en prison: le tribunal d'application des peines lui a refusé vendredi sa demande de libération conditionnelle.

"Nous sommes sous le choc", ont déclaré ses avocates, Me Nathalie Tomasini et Janine Bonaggiunta, après la décision rendue par le tribunal d'application des peines (TAP) de Melun (Seine-et-Marne). Elles ont dénoncé en conférence de presse "un véritable acharnement judiciaire" de la part de magistrats "qui probablement règlent leurs comptes car la grâce présidentielle a été extrêmement mal perçue par l'ensemble de la profession".

Le parquet, qui avait pris des réquisitions favorables à la remise en liberté de cette femme devenue un symbole des violences conjugales, "va faire appel" de la décision du TAP, a annoncé à l'AFP la procureure de Melun, Béatrice Angelelli.

Jacqueline Sauvage, 68 ans, avait été condamnée en appel en décembre à dix ans de prison par la cour d'assises du Loir-et-Cher pour le meurtre de son mari, qui la battait depuis des années et avait violé ses filles.

Sa condamnation avait suscité une vague de mobilisation, et la demande de grâce présidentielle formulée par ses filles avait été appuyée par de nombreux parlementaires et personnalités. Une pétition "Libérez Jacqueline !" avait recueilli 400.000 signataires dans toute la France.

Le chef de l'État lui avait accordé le 31 janvier une grâce "partielle", notamment de la période de sûreté, ce qui lui permettait de présenter immédiatement une demande de libération conditionnelle.

Dans sa décision, le TAP reproche à Jacqueline Sauvage "de ne pas assez s'interroger sur son acte", ont indiqué ses avocates à l'AFP.

"Il est précisé qu'elle ne peut prétendre vivre à proximité des lieux des faits, dans un environnement qui, compte tenu des soutiens dont elle bénéficie, et de la médiatisation des faits, risquerait de la maintenir dans une position victimaire", ont-elles ajouté.

Capture d'écran d'une vidéo tournée par l'AFPTV montrant les filles de Jacqueline Sauvage arrivant à l'Élysée à Paris, le 29 janvier 2016, pour rencontrer le Président François Hollande
Capture d'écran d'une vidéo tournée par l'AFPTV montrant les filles de Jacqueline Sauvage arrivant à l'Élysée à Paris, le 29 janvier 2016, pour rencontrer le Président François Hollande
AFP/Archives

"Le fait d'habiter proche de ses voisins qui l'avaient soutenue l'empêcherait de réfléchir au passage à l'acte. Le passage à l'acte, elle y pense toutes les nuits. Elle a des cauchemars toutes les nuits", a argumenté Me Bonaggiunta.

Jacqueline Sauvage avait été transférée début février à la prison de Réau pour subir une expertise psychologique et médicale afin d'"évaluer" sa "dangerosité". A l'issue de son évaluation, une commission pluridisciplinaire des mesures de sûreté, où siègent notamment le préfet du département et un bâtonnier, avait émis un "avis défavorable" à sa libération.

- "Incompréhensible" -

Dans la classe politique, les réactions indignées n'ont pas tardé.

"Incompréhensible" pour la maire PS de Paris Anne Hidalgo comme pour François Bayrou (MoDem), qui a souhaité que le chef de l'Etat "prenne jusqu'au bout ses responsabilités". Décision "injuste" et "cruelle", selon Jean-Luc Mélenchon, candidat de "la France insoumise" à la présidentielle. "Un signal catastrophique envoyé aux femmes battues", pour la députée Valérie Boyer (Les Républicains). "Restons mobilisés", a lancé Nathalie Kosciusko-Morizet (LR).

"Jacqueline Sauvage DOIT SORTIR", a de son côté tweeté Eva Darlan, la présidente du comité de soutien de la sexagénaire, demandant "un rendez-vous avec François Hollande".

Plusieurs associations féministes ont dénoncé une décision "patriarcale" faisant fi de la réalité des violences faites aux femmes.

Jacqueline Sauvage avait été reconnue coupable, en première instance comme en appel, d'avoir tué son mari de trois coups de fusil dans le dos en 2012, après 47 ans d'enfer conjugal.

L'avocat général avait demandé la confirmation de la condamnation, jugeant que "la légitime défense n'est absolument pas soutenable".

Lors de l'audience, ses trois filles avaient témoigné violemment à charge contre leur père, entrepreneur d'une société de transport, tué à l'âge de 65 ans. Toutes trois ont été violées, battues comme l'était leur mère. Leur frère, également victime des violences de son père, s'était suicidé la veille du jour où Jacqueline Sauvage a tiré sur son mari.

Aujourd'hui, "ses filles sont tout simplement dévastées", ont dit ses avocates. "Elles ne savent pas comment annoncer la décision à leurs enfants".

Partager cet article

Dans la même thématique

Malgré la grâce présidentielle, Jacqueline Sauvage reste en prison
4min

Politique

LFI : « Jean-Luc Mélenchon donne l’impression que la gauche est plus dangereuse que le RN », déplore Pierre Jouvet (PS)

Invité de notre matinale, Pierre Jouvet a critiqué les prises de position récentes de Jean-Luc Mélenchon et a appelé les militants et élus Insoumis à se désolidariser des propos de leur leader politique. A l’approche des municipales, le PS exclut des alliances avec des Insoumis « qui ne condamnent pas les propos de Jean-Luc Mélenchon. »

Le

Elections Legislatives bureau de vote a Nice
9min

Politique

68 % des communes n’ont qu’une liste pour les municipales : « Démocratie confisquée » ou « illusion d’optique » liée au nouveau mode de scrutin ?

Pour les élections municipales, les deux tiers des communes connaissent déjà le nom de leur maire, car une seule liste a été déposée en préfecture. « C’est à cause de la transformation du mode de scrutin », qui généralise les listes paritaires pour les communes de moins de 1000 habitants, explique le sénateur PS Eric Kerrouche. Ne pas avoir le choix « n’est pas bon pour la démocratie », pointe le sénateur Horizons Franck Dhersin. Mais pour le socialiste, « ça systématise quelque chose qui était là auparavant ».

Le

President Donald Trump Delivers Joint Address To Congress in Washington
6min

Politique

Guerre en Iran : Donald Trump peut-il se passer de l’accord du Congrès américain ?

Après un week-end de tâtonnements, l’administration américaine et Donald Trump a finalement employé le terme de « guerre » pour qualifier l’intervention américaine en Iran. Une loi de 1973, permet certes au Président américain de déclencher une intervention militaire limitée, mais selon la Constitution, seul le Congrès a le pouvoir de déclarer la guerre. Deux résolutions vont être examinées au Congrès cette semaine pour tenter de limiter les pouvoirs de l’exécutif. Sans chances de succès, pour le moment. Explications.

Le