Manifeste de Cazeneuve contre le PS et Mélenchon : « Un débat qui prépare le congrès »

Manifeste de Cazeneuve contre le PS et Mélenchon : « Un débat qui prépare le congrès »

L’ancien premier ministre défend « une autre gauche » sur une ligne sociale-démocrate qui ne serait pas « sous la domination de Jean-Luc Mélenchon ». A la direction du PS, on y voit « un combat d’arrière-garde » et de la « rancœur ». Le sénateur Patrick Kanner souligne cependant que le PS a « besoin » de parler au centre gauche, pour espérer revenir au pouvoir.
François Vignal

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Il n’a plus sa carte mais garde un avis sur le PS. Bernard Cazeneuve appelle à « une gauche sociale-démocrate, républicaine, humaniste et écologique » dans un manifeste, signé par près de 400 personnes, et publié dans le Journal du dimanche, samedi dernier. Pour l’ancien premier ministre, c’est clairement la stratégie d’alliance avec La France insoumise (LFI) qui est dans le viseur. Parmi les signataires, on trouve deux fervents opposants à l’accord de la Nupes, le maire du Mans, Stéphane Le Foll, et la ­présidente de la région Occitanie,­ Carole Delga, ainsi que la maire de Vaulx-en-Velin, Hélène Geoffroy, qui était candidate face à Olivier Faure lors du dernier congrès, ou encore l’ex-premier secrétaire du PS Jean-Christophe Cambadélis.

« Une autre gauche est possible » selon Bernard Cazeneuve

Pour Bernard Cazeneuve, « on aurait tort de se satisfaire des postures grandiloquentes de l’insoumission, en acceptant le mariage de l’inconséquence et de la violence, dans un nihilisme où la colère empêcherait l’avènement de l’espérance ». C’est pourquoi « il nous revient donc à nous, républicains de gauche et d’où que nous venions, de nous organiser pour rassembler nos forces […] afin de redonner aux Français l’espérance à laquelle ils ont droit ». L’ancien premier ministre lance ainsi « un appel à la refondation et donc à la constitution d’une dynamique collective ». Il entend « démontrer jour après jour qu’une autre gauche est possible, qui rompe avec l’outrance et le sectarisme ».

S’il affirme que « la gauche à laquelle nous croyons est pétrie de l’esprit de nuance », cela n’empêche pas Bernard Cazeneuve, dans un entretien au JDD, dimanche, d’appeler à « rassembler le plus largement possible tous ceux qui se désespèrent du rétrécissement de la gauche à ses franges les plus sectaires, désormais symbolisées par la grande Internationale de la lutte contre le barbecue ». Surtout, il résume ainsi l’un des plus gros problèmes, selon lui :

La gauche est sous la domination de Jean-Luc Mélenchon, et la direction du PS s’est laissée "toutouiser".

Patrick Kanner se « retrouve beaucoup dans ce que dit Bernard Cazeneuve »

S’il n’a pas signé la tribune, Patrick Kanner, président du groupe PS du Sénat, avoue se « retrouver beaucoup dans ce que dit Bernard Cazeneuve », qu’il a « soutenu à de nombreuses reprises ». Mais il ne cache pas un regret : « Ce qu’il dit aurait pu être une très belle contribution générale dans le cadre du congrès. Mais il a quitté le PS. Je respecte sa démarche mais elle aurait été plus utile à l’intérieur du parti », soutient le sénateur PS du Nord.

Son texte n’en reste pas moins « une pierre à l’édifice », selon le sénateur. Mais pour Patrick Kanner, « le débat d’idées doit se faire d’abord dans la formation politique. C’est comme ça que je me positionnerai le moment venu ». C’est bien le congrès, cet hiver, qui est en ligne de mire ici. Son arrivée n’est pas sans lien avec le manifeste de Bernard Cazeneuve. « Hélène Geoffroy et ses amis porteront une autre contribution générale, et sûrement d’autres. J’ai vu que les amis d’Anne Hidalgo y réfléchissaient aussi », note le patron des sénateurs PS.

L’attaque directe de Bernard Cazeneuve contre la direction du PS n’est pas restée sans réponse. Le premier secrétaire du Parti socialiste, Olivier Faure, a récusé sur France Inter une « polémique inutile ». « Il y a des gens qui ­cherchent à créer de la tension, c’est le jeu et je le comprends », dit-il, regrettant de voir des « socialistes qui sont contre tout le monde, qui n’aiment pas la gauche, qui n’aiment pas les écologistes, qui n’aiment pas les communistes… Moi, j’aime la gauche ».

« Ils ont du mal à avaler qu’ils ne dirigent plus le PS et ne dirigent plus la gauche »

La direction l’assure : pas de soumission aux Insoumis. « On est dans un rapport de discussion permanente entre forces de gauche, personne n’est vassalisé », assure à publicsenat.fr Pierre Jouvet, porte-parole du PS. « Ce matin, j’avais la réunion hebdomadaire de coordination politique de la Nupes. On y est à égalité », assure l’élu, qui regrette la « facilité sémantique » de Bernard Cazeneuve, avec le terme « toutouisé ». « Et pour le manifeste d’une gauche qui se dit non sectaire, je regrette qu’elle soit très sectaire sur le rejet des discussions avec les uns et les autres », ajoute celui qui fut l’un des principaux négociateurs de l’accord avec LFI. Pour Pierre Jouvet, « c’est un débat sans doute qui prépare le congrès du PS. Chacun est libre de ses choix, mais c’est une vision très étriquée de la gauche ».

« On a construit une coalition où chaque parti conserve son autonomie de pensée et de décision. Il nous est arrivé d’être d’accord, ou pas, depuis le début. On n’a pas été d’accord pour faire un groupe commun à l’Assemblée. Si on était toutouisé, on n’aurait pas eu le choix », rétorque de son côté Laurent Baumel, secrétaire national du PS aux relations extérieures. « Les médias passent leur temps à remarquer les différences au sein de la Nupes. Il suffirait que Bernard Cazeneuve dise qu’on est subordonnés à Jean-Luc Mélenchon pour que l’inverse de ce qui est écrit devienne vrai ? » demande le membre de la direction du PS. Laurent Baumel, qui a participé aussi aux négociations en vue de l’accord, ajoute :

C’est un combat d’arrière-garde. En fait, ce sont des gens qui ont d’une certaine manière perdu le manche, le pouvoir.

Le responsable socialiste constate qu’« une nouvelle génération s’est imposée avec une stratégie d’union de la gauche, et ils ont du mal à avaler qu’ils ne dirigent plus le PS et ne dirigent plus la gauche ». Bref, ce serait selon lui « de la rancœur ».

« Pour beaucoup de citoyens, quand on parle de la Nupes, c’est LFI » constate Patrick Kanner

Reste que LFI, de par son nombre de députés, est prépondérant sur les autres formations de la Nupes. « Ce que je constate, c’est que pour beaucoup de citoyens, quand on parle de la Nupes, c’est LFI. C’est normal, c’est LFI qui a imaginé la Nupes. Objectivement, c’est le parti dominant aujourd’hui. Sommes-nous dominés ? J’espère que les prochains mois montreront que le PS reste une force de proposition incontournable », avance Patrick Kanner, qui reconnaît cependant que ce sont « les socialistes qui ont proposé le référendum d’initiative partagée sur les superprofits. Et on n’a pas demandé l’autorisation à LFI ».

Patrick Kanner « croit à l’union, mais dans le respect. Car l’union est prolifique. Mais en tant que socialiste, elle sera plus prolifique si nous gagnons des parts de marché ». Car « l’enjeu, c’est de porter la gauche au pouvoir, pas de faire 10 députés de plus ». L’ancien ministre de François Hollande souligne que la gauche « a besoin de cet électorat de gauche, de centre gauche, qui n’est pas sur l’extrême gauche » pour y parvenir. Et quand il voit « que LFI soutient la proposition de résolution des communistes sur « l’apartheid » israélien, ou la position sur la Chine, ça ne (le) rassure pas… »

« Rééquilibrer le discours de la Nupes »

Pierre Jouvet entend justement « assumer ce qui fait notre spécificité. C’est-à-dire d’être la gauche de gouvernement. Et je ne supporte pas les leçons données, que certains seraient la gauche de gouvernement et les autres des irresponsables ». « Nous voulons un PS fort et central, qui permet d’élargir la base électorale de la Nupes pour devenir demain majoritaire », ajoute le porte-parole. L’objectif est partagé, mais ce sont les stratégies qui divergent.

L’enjeu de parler également aux électeurs de centre gauche, « bien sûr, c’est un débat au sein de la Nupes », assure Laurent Baumel, « mais il faut déjà être en coalition. L’idée d’un PS tout seul, qui récupère les électeurs déçus de Macron, je veux bien, mais ce n’est pas comme ça qu’il gagne les élections. Le PS ne peut pas s’enfermer dans une histoire où il fait 4 % au lieu de 2 %… » Mais « qu’il faille rééquilibrer le discours de la Nupes, et qu’il y ait une expérience socialiste intéressante à apporter, une culture de gouvernement, un certain réalisme économique, je n’en disconviens pas », reconnaît le responsable des relations extérieures, « on a des débats à avoir au sein de la Nupes, pour savoir comment on devient majoritaire dans ce pays ».

« Le rapport de force joue pour nous »

Le congrès sera l’occasion, une nouvelle fois, de mettre les choses au clair. Olivier Faure sera à nouveau candidat. Si du côté des soutiens du premier secrétaire, on reste « vigilant », on « pense que le rapport de force joue pour nous ». On ne voit « pas les militants revenir en arrière », à peine quelques mois après avoir validé l’accord portant la Nupes.

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