Manuel Bompard « souhaite que l’on aille au bout de l’examen budgétaire et que les parlementaires puissent voter » 

Invité de la matinale de Public Sénat, le coordinateur de La France insoumise, Manuel Bompard redoute une entrée en vigueur du budget sans vote. En effet, si les débats excèdent 70 jours, une disposition de la Constitution permet au gouvernement de faire appliquer son projet de loi de finances par ordonnance.
Henri Clavier

Temps de lecture :

3 min

Publié le

Le coordinateur persiste et signe : en cas de recours au 49-3 sur le budget, le gouvernement fera face à une motion de censure. « Il n’y a pas de chemin qui empêche les parlementaires de s’exprimer sur le budget », prévient Manuel Bompard alors que les rumeurs autour de l’utilisation d’un 49-3 sur la partie recettes du projet de loi de finances vont bon train. Une motion de censure que pourraient voter les députés du Rassemblement national. « Rien ne va dans le budget proposer par Michel Barnier », affirmait Jean-Philippe Tanguy (RN) ce dimanche 3 novembre, alors que la première partie du texte n’est pas encore arrivée au Sénat.  

L’article 47 de la Constitution, une possibilité de faire entrer en vigueur le budget par ordonnance  

« Je souhaite que l’on aille au bout de l’examen budgétaire, que les parlementaires puissent voter. » Pour Manuel Bompard, le gouvernement pourrait privilégier une autre option que celle menant à l’utilisation du 49-3. En effet, l’article 47 de la Constitution encadre strictement la durée des débats sur le projet de loi de finances. Conformément au texte constitutionnel, les débats ne peuvent excéder une durée de soixante-dix jours. Si le parlement ne se prononce pas sur le budget, le projet de loi de finances peut alors entrer en vigueur par ordonnance. « Je soupçonne certains de vouloir dépasser les délais constitutionnels », avance Manuel Bompard qui s’étonne de la lenteur des débats, qui reprennent aujourd’hui, à l’Assemblée nationale. Les débats sont particulièrement lents depuis le début de l’examen du projet de loi de finances le 21 octobre, notamment à cause des milliers d’amendements déposés. Alors qu’un peu plus de 1 500 amendements restent à examiner, le président de la commission des finances de l’Assemblée nationale, Éric Coquerel (LFI), a appelé au retrait d’un certain nombre d’amendements pour accélérer les débats.  

Des débats contraints qui durent 

« La moitié [des amendements] ont été déposés par le socle commun », rapporte Manuel Bompard qui pointe le refus des soutiens du gouvernement de retirer leurs amendements pour accélérer les débats. « J’ai entendu des bruits de couloir, de certains membres de ladite majorité, envisageant la possibilité de laisser passer suffisamment de temps », pour faire entrer en vigueur le budget par ordonnance, avance Manuel Bompard. Même si l’article 47 de la Constitution ne s’appliquera pas forcément, les députés pourraient avoir du mal à aller jusqu’au vote sur la partie recettes du budget avant demain minuit, délai d’examen en première lecture à l’Assemblée. Surtout, le transfert du texte au Sénat devrait permettre de se rapprocher des attentes du gouvernement qui défend un effort budgétaire de 60 milliards d’euros réparti entre un tiers de nouvelles recettes et deux tiers d’économies.  « Ce serait un déni de démocratie insupportable », prévient Manuel Bompard qui assure que LFI déposera une motion de censure en cas d’application de l’article 47. 

Partager cet article

Dans la même thématique

NANTES:Franco-German summit in Nantes
8min

Politique

« Une épouvantable tragédie » : le tandem Chirac-Jospin face au 11 septembre 2001

Vingt-cinq ans après, les images sont restées intactes. Le 11 septembre 2001, alors que les Etats-Unis étaient frappés par les attentats d’Al-Qaida, Jacques Chirac se trouvait à Rennes et Lionel Jospin à Matignon. A sept mois de l’élection présidentielle, et dans un contexte de cohabitation, les deux têtes de l’exécutif français ont dû organiser, dans l’urgence, la réponse d’un pays qui n’était pas directement attaqué mais qui avait déjà été confronté à plusieurs vagues d’attentats sur son propre territoire.

Le

FRA – AN – ASSEMBLEE – COMMISSION AUDITION AURORE BERGE
6min

Politique

« Grand remplacement » : une théorie « raciste », rappellent les historiens à Aurore Bergé

La ministre chargée de la Lutte contre les discriminations, Aurore Bergé, a suscité la polémique au sein même de son propre camp, en refusant de qualifier de « raciste » la théorie du grand remplacement conceptualisée par l'essayiste d'extrême droite Renaud Camus. La ministre a néanmoins qualifié la théorie de « mensongère », a affirmé qu'elle entendait la combattre, et estimé que le débat sur ce sujet « faisait partie de la liberté d'expression ». Une position intenable pour l'historien de la colonisation Nicolas Bancel, qui rappelle que « la composante raciale » est au cœur de cette théorie.

Le

Paris : Présidentielle 2027 Bruno Retailleau
2min

Politique

Sénatoriales dans les Bouches-du-Rhône : « Coup de poignard », rien ne va plus entre Bruno Retailleau et ses alliés centristes

En choisissant de soutenir Valérie Boyer (LR), candidate à sa réélection dans les Bouches-du-Rhône, le président des Républicains, Bruno Retailleau, s'est attiré les foudres de ses alliés centristes au Sénat qui lui rappellent que la sénatrice Brigitte Devésa conduit une liste d'union de la droite et du centre dans le département. Le choix de Bruno Retailleau est qualifié de « coup de poignard » par le compte X des sénateurs centristes.

Le

Le Sénat
16min

Politique

Recul des LR, arrivée d’un groupe RN et la gauche qui veut limiter la casse : les enjeux des sénatoriales

Le Sénat ne devrait pas connaître de grand bouleversement après les élections sénatoriales du 27 septembre, avec le maintien d’une majorité de droite et du centre pour Gérard Larcher, où le groupe Union centriste pourrait cependant voir son poids renforcé. Mais les sénateurs se préparent à une petite révolution : l’arrivée possible du premier groupe RN. A gauche, PS et Écologistes espèrent limiter la casse par des accords « gagnant-gagnant ».

Le