Marie-Hélène Bourlard, la voix ouvrière qui veut entrer au Parlement européen
Elle pourrait être la première ouvrière française à entrer au Parlement européen, en position éligible pour le PCF. Marie-Hélène Bourlard,...

Marie-Hélène Bourlard, la voix ouvrière qui veut entrer au Parlement européen

Elle pourrait être la première ouvrière française à entrer au Parlement européen, en position éligible pour le PCF. Marie-Hélène Bourlard,...
Public Sénat

Par Julia PAVESI

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

Elle pourrait être la première ouvrière française à entrer au Parlement européen, en position éligible pour le PCF. Marie-Hélène Bourlard, historique militante CGT du textile dans le Nord et figure du documentaire césarisé "Merci Patron!", consacre son combat à "ceux qui n'y arrivent plus".

Sa vie pourrait se résumer en une succession de "bagarres": pour améliorer les conditions de travail dans son ancienne usine de costumes haut de gamme, lutter contre les délocalisations, défendre les territoires "abandonnés".

Née au Quesnoy, petite ville de l'Avesnois, elle perd son père à 16 ans, quitte l'école et entre comme presseuse à l'usine Bidermann, à Poix-du-Nord, tout près. Très vite elle adhère à la CGT, puis au PCF. Qu'elle ne quittera plus.

"J'ai appris qu'il fallait toujours se battre pour obtenir quelque chose", ne serait-ce qu'installer la climatisation dans les ateliers, poursuit l'ancienne déléguée syndicale, 61 ans, élue en 1980 pour son "punch" - et mise à pied de nombreuses semaines pendant ces années "d'entraide", de "fierté de leur savoir-faire" en dépit des "conditions très dures".

Mais l'industrie du textile périclite rapidement, les délocalisations s'enchaînent. L'usine devenue Ecce, sous-traitant de LVMH, perd dès les années 1990 les griffes Pierre Cardin, Yves-Saint-Laurent, Kenzo.

"Elle a participé aux négociations, pour que les salariés aient une compensation de la perte de leur travail, et renégocier les mutations", raconte Guy Facq, ancien adjoint PCF de Poix-du Nord. "Elle savait entraîner ses troupes", même si "son franc parler ne plaît pas à tout le monde".

Celle que beaucoup décrivent comme "joviale", "sincère", "spontanée", négocie directement avec le directeur général, qui se rappelle une déléguée "très dévouée aux autres et ne se battait pas pour son cas personnel". "Elle n'était pas dans la haine ni dans l'outrance", assure Jean-Damien Waquet.

Mais à la CFDT concurrente, on n'a pas le même souvenir: "Elle était contre les formations, contre tout, elle n'était que pour les primes. C'était tout notre contraire", affirme une ancienne salariée.

- "Entraînante" -

Francois Ruffin, accompagné de Marie-Hélène Bourlard, lorsque son documentaire
Francois Ruffin, accompagné de Marie-Hélène Bourlard, lorsque son documentaire "Merci patron!" est couronné du César en 2017
AFP/Archives

Un certain François Ruffin s'intéresse alors à ces ouvrières et sympathise avec cette femme "hyper ouverte" et "entraînante". "Elle constitue une sorte de passerelle entre l'univers médiatique, culturel, intellectuel, et anciennement son usine", estime le député France insoumise, dont elle est restée proche. Sur ses conseils, elle achète une action et prend la parole face à Bernard Arnault en 2007 en assemblée générale des actionnaires de LVMH à Paris, pour son documentaire "Merci patron!", César en 2017.

L'usine fermera définitivement peu après. Celle qui n'a "peur" de personne, ni des "grands patrons", ni des "députés européens" ni des "lobbys", se reconvertit, devenant ambulancière pour une entreprise familiale locale, jusqu'à sa retraite en 2017.

"Beaucoup m'avaient dit de me méfier, mais je n'ai jamais eu de problème avec elle, au contraire", affirme son ex-patron François Evrard.

Depuis, elle fait du bénévolat aux Restos du Coeur et manifeste chaque samedi avec les "gilets jaunes", dont elle connaît tous les prénoms. "On a les mêmes revendications, la hausse du pouvoir d'achat, ils n'y arrivent plus, c'est pas normal", s'emporte cette petite femme au léger accent du nord qui "représente toute la dignité de la classe ouvrière" selon Fabien Roussel, secrétaire national du PCF.

"Quand on n'est pas sectaire, on ne peut que l'apprécier", juge la maire LR du Quesnoy, Marie-Sophie Lesne. Et la maire centriste d'Orsinval (Nord), Elisabeth Debruille, où elle réside, d'ajouter: "C'est une femme de convictions, qui défend toujours les gens et tout notre territoire".

Marie-Helene Bourlard le 15 janvier 2019 à Poix-du-Nord
Marie-Helene Bourlard le 15 janvier 2019 à Poix-du-Nord
AFP

Si elle est élue, cette fan de Martha Desrumaux, figure historique du mouvement ouvrier, se battra pour un "Smic européen", face aux "multinationales qui commandent, décident de l'austérité en France, mais s'en mettent plein les poches".

"Ici il n'y a pas d'infrastructures, les gens doivent faire des km pour les services publics, les postes ferment, il n'y a plus de commerces dans les petits villages, on manque de médecins", déplore celle qui préfère "parler aux gens" plutôt que les réseaux sociaux. Quant à Emmanuel Macron, "il devrait sortir de temps en temps et voir la réalité".

"Une réalité" qu'elle veut faire entendre à Bruxelles, à condition que la liste de Ian Brossat - sur laquelle elle devrait être 2e ou 4e, officialisée le 26 janvier - fasse au moins 5%.

Partager cet article

Dans la même thématique

Marie-Hélène Bourlard, la voix ouvrière qui veut entrer au Parlement européen
5min

Politique

Saint-Etienne : le stade Geoffroy-Guichard et l’AS Saint-Etienne s’invitent dans le débat des municipales

Lors du débat organisé par Public Sénat et TL7, la proposition de vendre le stade Geoffroy Guichard, propriété de la mairie, à l’ASSE a été mise sur la table par le candidat Horizons, Eric Le Jaouen. Les huit candidats sont aussi revenus sur l’affaire Perdriau, qui a vu l’ancien maire condamné à cinq ans de prison dans une affaire de chantage à la sextape.

Le

Blanc Mesnil: B. Retailleau denonce les accords PS LFI aux Municipales
9min

Politique

Municipales : Bruno Retailleau dénonce « les accords de la honte » entre PS et LFI, Patrick Kanner l’accuse d’être « le Canada Dry du RN »

Alors que le président des LR, Bruno Retailleau, dénonce « les accords de la honte » entre le PS et LFI dans « 62 » communes, il accuse les responsables de gauche d’être « une bande de tartuffes ». En réponse, Pierre Jouvet, numéro 2 du PS, prépare aussi sa carte des accords entre droite et extrême droite et pointe « les listes communes entre LR et RN ». « Bruno Retailleau sert la soupe au RN », ajoute Patrick Kanner, président du groupe PS du Sénat.

Le

The Epstein Files Illustrations
3min

Politique

Affaire Epstein : vers une commission d’enquête au Sénat ?

Dans un courrier adressé au président du Sénat, Gérard Larcher, Le sénateur LR, Henri Leroy et 15 de ses collègues de la droite et du centre appellent solennellement la chambre haute à mettre en place une commission d’enquête « relative aux implications institutionnelles et aux éventuels dysfonctionnements publics liés à l’affaire Epstein ».

Le