Décidée à porter l'extrême droite au pouvoir en France, Marine Le Pen tente à la fois de convaincre les conservateurs et les électeurs de la gauche radicale, dans une stratégie compliquée de "dédiabolisation" du Front national.
Mais ce n'est pas gagné: le tribun de la gauche radicale Jean-Luc Mélenchon a affirmé vendredi sur sa chaîne Youtube que son mouvement, "La France insoumise", n'avait "rien à voir avec l'extrême droite".
Même rejet pour certains électeurs de droite. "Le Front national n'est pas un parti normal", estime Jacques Villain, retraité à Nice (sud-est). Il a voté pour le conservateur François Fillon au premier tour et se dit prêt à voter pour le pro-européen social-libéral Emmanuel Macron au second tour. Pas par conviction, par devoir.
"Ca me rappelle des mauvais souvenirs", ajoute le retraité, en référence à la France collaborationniste sous l'Occupation allemande (1940-44), que Jean-Marie Le Pen, fondateur du parti et père de Marine, n'a jamais dénoncée.
Car les ombres du passé sont tenaces: le profil du nouveau président du parti, Jean-François Jalkh, accusé de propos négationnistes, a suscité de tels remous que le parti a dû l'éjecter cinq jours après sa nomination.
Le défi de l'extrême droite, pour remporter l'élection présidentielle au second tour le 7 mai, est de parvenir à briser le traditionnel front du refus droite-gauche qui se forme à chaque élection pour lui barrer la route.
Commémoration du 15e anniversaire de la rafle du Vélodrôme d'Hiver (Vel d'Hiv), le 16 juillet 1957 à Paris
AFP/Archives
Pour lisser l'image de son parti, Marine Le Pen, qui dirige le Front national depuis 2011, a ostensiblement pris ses distances avec son père et avec la culture historique du parti, volontiers antisémite et négationniste.
Avant le premier tour, elle avait toutefois jeté le trouble en refusant de reconnaître la responsabilité de la France dans la rafle de plus de 13.000 juifs le 16 juillet 1942 à Paris.
- 'Dégagisme' -
Principales différences entre Macron et Le Pen
AFP
Pour l'heure, seul un quart des électeurs du candidat de droite battu François Fillon et 16% seulement des "insoumis" de Jean-Luc Mélenchon sont prêts à voter pour elle le 7 mai, selon un sondage Ifop-Fiducial publié jeudi.
A ce stade, elle n'a donc aucune chance de battre le jeune centriste pro-européen Emmanuel Macron (59% pour lui, 41% pour elle, selon les derniers sondages). Le 23 avril, elle avait échoué à faire du FN le premier parti de France, en arrivant en deuxième position avec 21,03 % des voix (24,1% pour son rival).
Pour gagner du terrain, Marine Le Pen joue sur les mêmes cordes antimondialiste et anticapitaliste que Jean-Luc Mélenchon, dans l'espoir de récupérer quelques uns des 7 millions d'électeurs qui ont voté pour lui au premier tour (19,6% des voix).
Elle a lancé un appel vendredi à "faire barrage à Emmanuel Macron". "C'est l'essentiel qui est aujourd'hui en jeu. Mettons les querelles et les divergences de côté", a-t-elle dit dans une video postée sur son compte twitter.
La veille, lors de son premier grand meeting de l'entre-deux-tours à Nice, elle avait déjà tendu la main à l'extrême gauche. "Je dis aux Français: +Dégagez-les+!", a-t-elle lancé. Le concept du "dégagisme", cher au tribun de la "France insoumise", a imprégné la présidentielle, marquée par l'élimination des ténors politiques pendant les primaires et des grands partis traditionnels au premier tour.
- Euro sous silence -
Marine Le Pen devant l'usine Whirlpool d'Amiens, le 26 avril 2017
AFP
Dans le nord, Mme Le Pen s'est présentée jeudi comme la candidate des "ouvriers" et des "travailleurs" lors d'une visite surprise à l'usine Whirlpool, menacée de délocalisation en Pologne.
Depuis le premier tour, elle présente aussi le second tour comme "un réferendum pour ou contre la France". Sa profession de foi pour le second tour ne fait plus mention de "la souveraineté monétaire", et donc de la sortie de l'euro - un projet qui inquiète trois Français sur quatre.
A gauche cependant, son discours anti-immigrés exaspère. "Avec Le Pen, il y a des propos sur l'immigration, la sécurité, je ne suis pas d'accord !", résume Marina Campana, étudiante de 19 ans et soutien de la gauche radicale, rencontrée à Nice avant le meeting de Marine Le Pen.
S'il s'est refusé à donner une consigne de vote, Jean-Luc Mélenchon a souligné vendredi que "personne ne peut douter que je ne voterai pas Front national".
Le samedi 31 octobre s’annonce comme une journée sous haute tension en France. Après la mobilisation du 24 octobre qui s’est déroulée relativement dans le calme, la coordination des gilets jaunes et les organisations syndicales des lycéens et des étudiants ont appelé à « un acte III », une nouvelle journée de mobilisation sociale contre la vie chère. Face au risque « très élevé » de débordements, le ministre de l’intérieur Laurent Nuñez prévoit de mobiliser 70 000 forces de l’ordre.
Ancienne figure du mouvement étudiant contre la loi Devaquet, en 1986, David Assouline fait aujourd’hui partie de ceux qui œuvrent au succès de la campagne de Raphaël Glucksmann. Formé à l’école trotskiste, cet ancien de la LCR a rejoint le PS dans les années 90, avant de passer 19 ans comme sénateur. « Tacticien et stratège », ce natif d’une famille juive marocaine, naturalisé à l’âge de 13 ans, sait ferrailler dans l’appareil socialiste. Il met aujourd’hui son expérience au profit de Raphaël Glucksmann, prédisant une « recomposition » et « un moment de dépassement » pour le PS.
Interviewé ce mercredi sur la chaîne YouTube Hugo Décrypte, Emmanuel Macron s’est dit « dans le soutien et la compassion » des élèves blessés lors des manifestations et blocus. De son côté, ce jeudi, Edouard Geffray, ministre de l’Education, reconnaît que le gouvernement aurait « dû être plus rapide » dans sa gestion de la crise. A l’approche de la rentrée scolaire, la communication du gouvernement semble vouloir donner des signes d’apaisement.
En proposant une « grande primaire des démocrates », Gabriel Attal ne fait qu’un « exercice de communication » pour avoir un « prétexte » pour se maintenir, dénonce-t-on dans l’équipe de campagne d’Edouard Philippe. « Ce ne sont pas les ego qui doivent parler mais bien le sens de la responsabilité », soutient la députée Prisca Thévenot, proche du candidat Renaissance.