Marseille: le thème du logement au coeur des municipales
Habitat indigne, manque de logements sociaux: avec les huit morts du drame de la rue d'Aubagne, où deux immeubles insalubres s'étaient effondrés...

Marseille: le thème du logement au coeur des municipales

Habitat indigne, manque de logements sociaux: avec les huit morts du drame de la rue d'Aubagne, où deux immeubles insalubres s'étaient effondrés...
Public Sénat

Par Olivier LUCAZEAU

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

Habitat indigne, manque de logements sociaux: avec les huit morts du drame de la rue d'Aubagne, où deux immeubles insalubres s'étaient effondrés, la question du logement s'est imposée dans la campagne des municipales à Marseille.

Permis de louer, réquisitions, application plus stricte de la loi SRU: face à des candidats de gauche volontaristes, la majorité LR sortante met en garde contre "toute posture idéologique".

+ Habitat insalubre

Depuis le 5 novembre 2018 et la catastrophe qui a frappé le quartier de Noailles, en centre-ville, le sort des 100.000 Marseillais vivant dans les 40.000 logements insalubres recensés dès 2015 a éclaté au grand jour. Et les candidats rivalisent de promesses.

Derrière les barricades le 25 octobre 2019 le chantier où deux immeubles s'étaient effondrés un an auparavant rue d'Aubagne à Marseille
Derrière les barricades le 25 octobre 2019 le chantier où deux immeubles s'étaient effondrés un an auparavant rue d'Aubagne à Marseille
AFP

"Zéro immeuble insalubre à Marseille dans 10 ans et 20.000 logements rénovés d'ici la fin du mandat", s'engage Yvon Berland, soutenu par LREM. La présidente LR du conseil départemental et de la métropole Aix-Marseille-Provence, Martine Vassal vise, elle, "une résorption massive de l'habitat indigne dans les 10-15 prochaines années".

Michèle Rubirola, cheffe de file écologiste d'une large union de la gauche, promet de son côté "une intervention massive sur les grandes copropriétés privées en déshérence" et le lancement "immédiat" de travaux dans 400 immeubles de la ville "frappés par des arrêtés de péril".

Sans donner d'objectifs chiffrés, Sébastien Barles (EELV) prévoit une "police de l'habitat contre les marchands de sommeil", alors que Stéphane Ravier, tête de liste du RN, veut un "adjoint au maire dédié à l'habitat indigne et insalubre".

+ Permis de louer

Après les huit morts de Noailles, un permis de louer a été instauré dans ce quartier en octobre 2019, un dispositif que plusieurs candidats veulent étendre.

Sébastien Barles veut l'appliquer "aux sept quartiers les plus insalubres de Marseille, de Saint-Mauront à Noailles", Michèle Rubirola à "tout le centre ville". La sénatrice ex-PS Samia Ghali, qui se présente sans étiquette, promet même un permis de louer "sur l'ensemble de la ville pour les logements de plus de 10 ans d'ancienneté".

A droite, Mme Vassal est certes "prête à étendre ce permis de louer", mais uniquement "si les résultats de l'expérimentation à Noailles sont concluants". Quant à son concurrent à droite, le sénateur Bruno Gilles, candidat sans étiquette après avoir échoué à être investi par LR, il entend "favoriser la mise en place de ce permis".

+ Logements sociaux

Immeubles en mauvaise conditions dans la rue d'Aubagne à Marseille le 18 novembre 2018
Immeubles en mauvaises conditions dans la rue d'Aubagne à Marseille le 18 novembre 2018
AFP/Archives

Au 1er janvier 2018, Marseille comptait un parc social de 83.500 logements, soit 21% du parc total de la ville, avec des écarts énormes entre les 16 arrondissements --de 4,3% dans le 6e bourgeois à plus de 43% dans le 14e populaire selon Michèle Rubirola. Et près de 78.000 demandes de logements HLM restent sans réponse sur la métropole.

Avec 380 logement sociaux seulement construits en 2019, le problème est loin d'être réglé: pour y parvenir, Sébastien Barles veut construire 6.000 nouveaux logements sociaux par an, Michèle Rubirola 5.000.

Désireuse de "sortir d'une posture idéologique" sur ce thème, Martine Vassal met, elle, en avant la décision de la métropole d'abaisser de 100 à 80 logements le seuil de déclenchement de l'obligation de créer 30% de logements sociaux pour tout programme neuf -- un seuil que Michèle Rubirola veut même mettre à 20 logements.

Pour éviter le maintien de ghettos, Sébastien Barles, Samia Ghali et Michèle Rubirola revendiquent aussi une stricte application de la loi Solidarité et renouvellement urbain (SRU), qui prévoit 25% de logements sociaux dans chaque ville d'ici 2025, et ce arrondissement par arrondissement et pas seulement à l'échelle de la commune.

Seul sur cette ligne, Stéphane Ravier prône de son côté l'arrêt de la construction de nouveaux logements sociaux.

+ Logements vacants

Pour plusieurs candidats, l'autre solution au problème à Marseille réside dans les quelque 33.000 logements vacants de la ville, selon l'Insee: "Le 17e arrondissement de la ville", assure Mme Rubirola, la seule à envisager éventuellement des réquisitions et un encadrement des loyers sur certains secteurs.

Yvon Berland veut réhabiliter ce parc immobilier vide "sur 15 ans, avec l'aide de l'Etat". Pour Martine Vassal, l'outil à mobiliser est la taxe sur les logements vacants. Mais pas question pour elle de "jeter l'opprobre" sur quiconque avec des réquisitions ou des "coups de poing qui ne font que dissuader les propriétaires".

Partager cet article

Dans la même thématique

Marseille: le thème du logement au coeur des municipales
2min

Politique

Mazarine Pingeot sur François Mitterrand : « J'étais insolente avec mon père »

Grandir dans l’ombre du pouvoir oblige à se construire autrement, a fortiori lorsque votre existence relève du secret d’Etat. Mazarine Pingeot, « fille cachée » de François Mitterrand y est parvenue. Auteur d’une vingtaine d’ouvrages, la philosophe publie ces jours-ci Inappropriable (ed. Climats Flammarion), un essai ambitieux sur la relation entre l’homme et l'intelligence artificielle. Invitée de Rebecca Fitoussi dans l’émission Un monde, un regard, elle revient sur une enfance hors du commun.

Le

Marseille: le thème du logement au coeur des municipales
6min

Politique

Crise du Groenland : "Quand l'Europe montre ses muscles, Trump recule" se félicite l'eurodéputé Bernard Guetta

La tension est redescendue après l'inquiétante escalade de Donald Trump sur le Groenland. Mais l’épisode n’est peut-être pas clos, tant le contenu du fameux accord conclu à Davos reste opaque. Il a laissé des traces et beaucoup de questions. Emmanuel Macron parle d'un appel à un réveil stratégique pour les 27. À l'inverse, le secrétaire général de l’OTAN, Mark Rutte, a mis en garde les Européens contre toute tentation de divorce. Alors jusqu’où devons-nous et pouvons-nous nous émanciper des États-Unis ? Faut-il en particulier s’empresser de ratifier l'accord commercial conclu au mois de juillet ? Ici l'Europe ouvre le débat avec les eurodéputés Bernard Guetta (France, Renew), Zeljana Zovko (Croatie, PPE) et Rasmus Nordqvist (Danemark, Verts/ALE).

Le

Paris: Auditions candidats elections Mairie de Paris sur l exclusion
8min

Politique

Vent de fronde chez Les Ecologistes pour les municipales : une « manœuvre » de « déstabilisation » de LFI, dénonce le sénateur Thomas Dossus

A Paris, Montpellier ou Avignon, quelques élus des Ecologistes prennent leur distance avec le parti pour rejoindre LFI. Ils dénoncent la stratégie d’alliance locale avec le PS. « C’est marginal », minimise le sénateur Thomas Dossus, qui y voit un mouvement d’humeur « opportuniste » de certains. Malgré les tensions, il espère encore des rapprochements avec les Insoumis au second tour.

Le

Deplacement de Anne Rubinstein a Epide de Lyon Meyzieu
6min

Politique

Violence dans le périscolaire : « l’omerta » au cœur de la bataille municipale parisienne

Depuis plusieurs mois, les signalements d’agressions sexuelles et de comportements suspects se multiplient dans le périscolaire. L’enquête de Cash Investigation en a révélé les failles, derrière ce service public du quotidien, fréquenté chaque jour par des millions d’enfants, se dessine un système fragilisé, miné par la précarité des personnels, des contrôles défaillants et une responsabilité politique désormais au cœur de la bataille municipale parisienne.

Le