Mardi, la délégation aux droits des femmes du Sénat qui, depuis plusieurs mois, travaille sur les réseaux masculinistes, organisait une table ronde sur la lutte contre la radicalisation masculiniste. Tristan Renard, sociologue, coordonnateur du CRESAM (Centre ressource en santé mentale dans la prévention des radicalités violentes) au Centre Hospitalier Gérard Marchant à Toulouse, a insisté « sur la transversalité des radicalités ». Il relève que des individus radicaux peuvent passer d’une idéologie à une autre, par des points de convergence entre le djihadisme, l’ultradroite, ou encore la focalisation sur une vision racialiste de l’histoire. « Dans les différentes radicalités sur lesquelles nous travaillons, ce que l’on peut relever, c’est une obsession pour le genre, dans le survivalisme, dans l’ultradroite, dans le djihadisme, dans le masculinisme avec la réaffirmation d’un ordre perçu comme naturel ou traditionnel ».
Dans le cadre du rapport d’information que va produire la délégation, la sénatrice socialiste, Laurence Rossignol a souhaité avoir des précisions sur la spécification du mouvement masculiniste. « Ce mouvement n’a pas commencé ces dernières années. Par exemple, le mouvement des pères sur les grues, on les identifie comme étant des mouvements masculinistes. Est-ce qu’on pourra écrire que le mouvement djihadiste était déjà un mouvement masculiniste ? », a-t-elle demandé, précisant que c’était sa pensée.
Antoine Mégie, coordinateur scientifique du COSPRAD (Conseil scientifique sur les processus de radicalisation) a donné des éléments d’information à la sénatrice. « Le projet politique de l’état islamique s’inscrivait plus globalement dans des logiques idéologico politiques dans lesquelles on peut introduire cette question du genre. Mais eux, ne plaçaient pas cette question de la relégation de la femme comme ennemie, au centre de leur idéologie », soutient-il précisant qu’il peut exister aujourd’hui « une hybridation de ces mouvements djihadistes avec cette question de la place de la femme ».
« Le mouvement djihadiste est éminemment masculiniste »
Tristan Renard invite, lui, à distinguer « l’antiféminisme du masculinisme ». « Chez les femmes djihadistes, l’antiféminisme est très présent, pareil chez les hommes. Et le masculinisme va reposer sur l’expérience d’être homme, la victimation d’être homme en pointant la responsabilité de l’égalité des droits ».
Pour Alexandre Ledrait, professeur de psychopathologie clinique et de psycho criminologie clinique à l’université de Caen Normandie, « le mouvement djihadiste est éminemment masculiniste notamment chez les Français qui sont partis sur zone parce que l’acception au djihad offrait une place, un statut, une fonction à des hommes qui pensaient qu’ils n’en avaient pas. Ils se sentaient victimes d’un sentiment de déclassement sociétal plutôt en lien avec leurs origines. Les masculinistes, ils évoquent quoi ? Un sentiment de déclassement de genre », compare-t-il.