Matignon : « Dans toute l’histoire du macronisme, le poids de François Bayrou a été déterminant », estime Jérôme Fourquet 

Invité de la matinale de Public Sénat, le politologue et directeur du département « Opinion et stratégies d’entreprise » de l’IFOP, Jérôme Fourquet a proposé une analyse des enjeux de la nomination de François Bayrou à Matignon. Pilier du macronisme, le maire de Pau entend néanmoins se distinguer de ses prédécesseurs.
Henri Clavier

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« Il y a de l’inquiétude sur cette situation de blocage, de l’inquiétude face à cette impasse politique », avance le sondeur Jérôme Fourquet qui analyse la dissolution comme un « tournant politique majeur ». Alors que quatre Premiers ministres se sont succédé à Matignon en 2024, François Bayrou doit composer avec une situation politique budgétaire et économique extrêmement délicate.  « Je n’ignore rien de l’Himalaya qui se dresse devant nous », assurait d’ailleurs le maire de Pau lors de la passation de pouvoir avec Michel Barnier.  

« Il est catégorisé comme un des principaux soutiens du président »  

La tâche s’annonce d’autant plus difficile que le fondateur du MoDem est l’un des cadres de la coalition qui soutient Emmanuel Macron depuis 2017. « Si on remonte le fil de l’histoire, on se rappelle du rôle majeur et décisif qu’a eu François Bayrou, début 2017 en retirant sa candidature pour la présidentielle et en appelant à voter pour Emmanuel Macron », note Jérôme Fourquet. « Dans toute l’histoire du macronisme, le poids de François Bayrou a été déterminant et c’est là-dessus qu’il a appuyé », ajoute le sondeur. Malgré cela, le nouveau Premier ministre espère pouvoir, à l’issue des consultations qu’il mène à Matignon à partir de ce lundi, obtenir un accord de non-censure avec certains groupes de l’Assemblée nationale. Le Rassemblement national et le Parti socialiste ont écarté l’idée d’une censure automatique du nouveau gouvernement. Le PS pose toutefois le non-recours à l’article 49-3 comme préalable. Comme suggéré par le président du groupe centriste au Sénat, Hervé Marseille, celui qui est « il est catégorisé comme un des principaux soutiens du président », devra composer avec la gauche.  

« C’est sans doute moins difficile pour lui de discuter avec Gérard Larcher que pour de jeunes macronistes »  

« Il a sans doute aussi des canaux de discussion plus faciles avec une partie de la gauche », juge Jérôme Fourquet qui rappelle que le centriste avait appelé à voter pour François Hollande en 2012, au deuxième tour de l’élection présidentielle. Les discussions sur la taxation des hauts revenus pourraient permettre au nouveau gouvernement de se rapprocher de la gauche, alors que le MoDem avait soutenu certains amendements de la gauche sur le sujet.  

Par ailleurs, l’expérience de François Bayrou devrait lui être utile pour parler avec la droite, assure Jérôme Fourquet. « C’est sans doute moins difficile pour lui de discuter avec Gérard Larcher que pour de jeunes macronistes », note le sondeur. Historiquement, les relations ont pu être difficiles entre les gouvernements d’Emmanuel Macron et la chambre haute, représentante des collectivités territoriales. Une force pour le maire de Pau dont le parcours politique s’est forgé autour du clivage entre Paris et la province.  « Il a notamment insisté sur une fracture, c’est la déconnexion. François Bayrou est de ce point de vue là une bonne incarnation du clivage entre Paris et la province », assure Jérôme Fourquet. 

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