Mayotte: les barrages maintenus, la grève continue
Les barrages routiers qui paralysent Mayotte depuis quatre semaines sont maintenus et la grève générale se poursuit, ont annoncé mercredi les...

Mayotte: les barrages maintenus, la grève continue

Les barrages routiers qui paralysent Mayotte depuis quatre semaines sont maintenus et la grève générale se poursuit, ont annoncé mercredi les...
Public Sénat

Par Cécile AZZARO, Ornella LAMBERTI

Temps de lecture :

5 min

Publié le

Mis à jour le

Les barrages routiers qui paralysent Mayotte depuis quatre semaines sont maintenus et la grève générale se poursuit, ont annoncé mercredi les organisateurs du mouvement social qui secoue l'archipel de l'océan Indien depuis plus de trois semaines, en dépit d'un accord conclu avec le gouvernement mardi soir.

Alors qu'une délégation des organisateurs du mouvement avait annoncé mardi soir qu'ils demanderaient mercredi à la population la levée des barrages, l'ensemble des membres du collectif et de l'intersyndicale, réunis mercredi avec des représentants de chaque barrage, ont finalement décidé de poursuivre le mouvement, estimant que "des points manquaient" dans l'accord de principe trouvé avec la ministre des Outre-mer Annick Girardin, notamment en matière de sécurité.

Rentrée à Paris dans la foulée de cet accord, Mme Girardin s'est pour sa part engagée à tenir les engagements pris, même si les barrages routiers "ne sont pas levés tout de suite", concédant que ça allait "prendre du temps de décider la base" à lever ces barrages.

Manifestation sur la place de la République de Mamoudzou, le 13 mars 2018
Manifestation sur la place de la République de Mamoudzou, le 13 mars 2018
AFP

"Même si l'intersyndicale ne lève pas les barrages tout de suite, moi je ferai ma part de l'engagement, moi je ferai en sorte, sauf si les barrages l'empêchent, que la sécurité soit retrouvée à Mayotte", a-t-elle ajouté, avant d'évoquer le contexte électoral, avec une législative partielle prévue dimanche: "ce n'est pas pour rien toutes ces manifestations (...) ce chaos que certains veulent, il a aussi un certain nombre d'objectifs", a-t-elle dit.

Au bout de cinq heures de négociations mardi soir avec la ministre, l'un des porte-parole du mouvement social, Fatihou Ibrahime, avait salué "des avancées réelles". "Le plan de lutte contre l'insécurité est acté", s'était-il réjoui.

Parmi 15 mesures réclamées par le collectif et selon lui acceptées par le gouvernement: la lutte contre les attestations d'hébergement et de paternité de complaisance, la mise en place de navires supplémentaires contre l'immigration clandestine, la reconnaissance des associations luttant contre l'insécurité, la lutte contre l'habitat clandestin et le démantèlement des bandes, sources d'insécurité.

Mayotte
Fiche sur le 101e département français
AFP

Mais les organisateurs réclament désormais davantage, comme par exemple que les victimes des actes de violence soient considérées comme des victimes de terrorisme, et accompagnées comme telles par les pouvoirs publics, a expliqué un des porte-parole, Salim Naoulida.

Ils ont également dénoncé la communication du ministère des Outre-mer mardi soir, qui juste à l'issue de cinq heures de négociations, a annoncé "la construction d'un accord mettant un terme à la crise de Mayotte", alors que les syndicalistes annonçaient qu'ils allaient consulter la population.

"Cela a été perçu comme une trahison, j'ai été accusé de tous les maux", a expliqué un autre porte-parole, Saïd Hachim. Il a expliqué que dans les mesures annoncées la veille par la ministre, le sentiment qui prédominait était qu'"il n'y avait pas de sincérité".

Mayotte, un département sous pression migratoire
Données clés sur l'immigration à Mayotte : nombre de naufrages de migrants, lieu de naissance des habitants de l'île et comparaison du nombre d'expulsions avec la France métropolitaine
AFP

Les organisateurs avaient annoncé qu'ils présenteraient l'accord mercredi matin sur la place de la République du chef-lieu Mamoudzou, mais ce rendez-vous n'a pas eu lieu.

Sur le barrage de Koungou, les manifestants avaient assuré avant même la décision qu'ils continueraient à bloquer. "On va rester là jusqu'à ce que l'État comprenne", a dit Said Saindu, 36 ans, fonctionnaire. "Rien n'a été signé, ce ne sont que des paroles en l'air".

- Première maternité de France -

Une infirmière de la maternité de Mayotte le 14 mars 2018
Une infirmière de la maternité de Mayotte le 14 mars 2018
AFP

Avant ces négociations, plusieurs milliers de personnes avaient manifesté à Mamoudzou mardi contre l'insécurité et l'immigration clandestine en provenance des Comores, à 70 km de là, mais aussi pour réclamer davantage d'actions de l’État. Entre 200 à 300 manifestants avaient dans le même temps investi le conseil départemental pour dénoncer la "trahison" de certains élus qui avaient accepté la veille de discuter avec la ministre.

Lundi, la ministre avait annoncé une série de mesures en matière de sécurité et de lutte contre l'immigration irrégulière, dont des effectifs de gendarmes supplémentaires.

Elle a aussi évoqué le chantier, qui fait débat, d'un possible statut d'extraterritorialité pour l'hôpital, dont la maternité est la première de France avec chaque année quelque 10.000 naissances d'enfants, pour beaucoup de mères venues des Comores voisines en situation irrégulière.

"En 2015, plus d'un adulte sur deux vivant à Mayotte n'y est pas né", et les natifs des Comores "représentent 42% de la population du département", selon l'Insee.

Partager cet article

Dans la même thématique

Paris : Debate on no-confidence motions against the 2026 finance bill at National Assembly
5min

Politique

Prix du Trombinoscope : Sébastien Lecornu, Amélie De Montchalin, Olivier Faure parmi les lauréats

Le jury du Prix du Trombinoscope, dont Public Sénat est partenaire, a dévoilé son palmarès annuel. Plusieurs figures de premier plan ont été distinguées, parmi lesquelles Sébastien Lecornu, Amélie de Montchalin, le duo des sénateurs de la commissions d’enquêtes sur les aides publiques aux entreprises ou Olivier Faure. Des récompenses qui mettent en lumière une année politique marquée par la tension budgétaire, la recherche de compromis et le retour au premier plan du Parlement.

Le

Mayotte: les barrages maintenus, la grève continue
3min

Politique

La nomination d'Amélie de Montchalin à la tête de la Cour des comptes, une décision « aux antipodes de l'éthique », brocarde le sénateur Jean-Raymond Hugonet

Le sénateur LR Jean-Raymond Hugonet a interpellé le gouvernement sur la nomination d'Amélie de Montchalin, actuelle ministre du Budget, comme présidente de la Cour des comptes. L’élu dénonce un risque de conflit d’intérêts. Maud Bregeon, la porte-parole du gouvernement, accuse les oppositions de cibler la couleur politique d’Amélie de Montchalin.

Le

Paris : Proces Joel Guerriau et Sandrine Josso
2min

Politique

Condamnation de Joel Guerriau : Sandrine Josso reçue par Gérard Larcher, ce mercredi à 18h30

15 jours après la condamnation de l’ex-sénateur Joël Guerriau à quatre ans de prison, dont 18 mois ferme, pour avoir drogué en 2023 la députée Sandrine Josso en vue de la violer, Gérard Larcher va recevoir l’élue, ce mercredi. La députée avait fait part de son regret de ne pas avoir reçu de marque de soutien de la part du président du Sénat.

Le