Operation Wuambushu a Mayotte : Demolition en cours d’un vaste bidonville – Operation Wuambushu in Mayotte: Ongoing demolition of a vast slum

« Mayotte place nette » : « La première opération était de la communication et la deuxième sera de la communication », dénonce le sénateur Saïd Omar Oili

Le gouvernement a annoncé ce mardi 16 avril le lancement du dispositif « Mayotte place nette », un an après le maigre bilan de l’opération baptisée « Wuambushu ». Saïd Omar Oili, sénateur de Mayotte, regrette le manque de communication du gouvernement avec les élus du département et met en doute l’efficacité de ce « Wuambushu 2 ».
Stephane Duguet

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L’opération change de nom mais poursuit le même objectif que « Wuambushu » lancée au printemps 2023. Lors d’une conférence de presse ce mardi 16 avril, Marie Guévenoux, ministre déléguée aux Outre-mer, a annoncé le début du dispositif « Mayotte place nette » pour lutter contre l’insécurité, l’habitat indigne et l’immigration irrégulière. Le sénateur de Mayotte Saïd Omar Oili, qui siège dans le groupe RDPI (majorité présidentielle) et est membre de la délégation sénatoriale aux Outre-mer, regrette le manque de coopération et de concertation avec les élus locaux et les parlementaires. Il demande aussi une évaluation de l’opération « Wuambushu » menée l’an dernier.

Public Sénat : L’opération « Mayotte place nette » doit durer 11 semaines selon la ministre déléguée aux Outre-mer. Quel regard portez-vous sur cette nouvelle action du gouvernement, un an après « Wuambushu » ?

Saïd Omar Oili : L’opération qui commence, je l’appelle plutôt « Wuambushu 2 ». Nous savions qu’elle était en préparation mais j’ai appris qu’elle commençait ce matin en recevant un SMS du préfet de Mayotte. Puis j’ai également reçu le discours de Mme la ministre m’indiquant les motifs de cette deuxième opération et le bilan de la première qu’elle seule a tiré et que je n’ai aucun moyen de vérifier. Cela fait plusieurs mois que je demande une évaluation de « Wuambushu 1 ». En tant que représentant, je suis en droit de demander des comptes sur les politiques publiques. A l’époque de « Wuambushu 1 », l’ensemble des élus de Mayotte se sont plaints de ne pas avoir été informés. J’étais moi-même maire de Dzaoudzi et je l’ai appris dans la presse.

Avez-vous sollicité le gouvernement pour évaluer les résultats de l’opération « Wuambushu 1 » ?

J’ai écrit au Premier ministre pour que nous organisions une réunion interministérielle et que nous tirions les leçons de cette première opération. C’était le 7 mars 2024 et il m’a répondu le 22 mars que je devais écrire au ministère de l’Intérieur. Ce que j’ai fait le 28 mars et je n’ai pas eu de réponse à ce jour. Le problème, c’est qu’après la fin de « Wuambushu 1 », nous n’avons jamais connu autant de violence à Mayotte. Avant de mettre cette deuxième opération en place, il fallait tirer les leçons de ce qui avait fonctionné et ce qui n’avait pas marché. Je suis pour que ces opérations se fassent, mais je suis dans l’incapacité de répondre aux personnes qui m’interrogent sur ce sujet.

Vous auriez aimé être associé par le gouvernement à la préparation de cette deuxième opération à Mayotte ?

Il faut qu’il y ait une considération des élus et qu’on fasse ensemble, pas seulement l’État de son côté. Toute politique doit être co-construite avec l’ensemble des partenaires qui vivent sur le territoire parce que nous connaissons mieux la population que ceux qui viennent ici pour deux ou trois jours. Ça nous permettrait aussi de suivre l’opération, de la corriger et donner des informations. Je regrette qu’on ne fasse pas confiance aux élus. Je pense qu’on aurait informé les élus si ça avait été dans un autre département de la République. Quand on fait « place nette » à Marseille, le maire de Marseille et les parlementaires sont au courant, ici ce n’est pas le cas.

Pensez-vous néanmoins que cette nouvelle opération aboutira à des résultats ? Le gouvernement espère arrêter 60 personnes recherchées et veut détruire 1 300 cases en mobilisant 1 700 gendarmes, policiers et militaires.

Ce qui est certain, c’est que l’ensemble des maires, qui font un travail difficile, montent des dossiers depuis des années grâce à la loi Elan (Loi portant évolution du logement de l’aménagement et du numérique promulguée en 2018, ndlr) pour détruire les constructions sauvages et récupérer les terrains. Nous avons toujours démoli à Mayotte avec les gendarmes qui sont ici et qui ont toujours su sécuriser les zones et faire le travail. Comme le disent beaucoup de Mahorais, la première opération était de la communication et la deuxième sera de la communication. Que se passera-t-il après le mois de juin ? Notre crainte aussi, c’est que, s’il se passe un événement grave en métropole, nos renforts de sécurité repartent.

 Il y a besoin d'un véritable plan Marshall pour développer le territoire. 

Saïd Omar Oili, sénateur Renaissance de Mayotte

L’autre interrogation que nous avons, c’est celle du « rideau de fer maritime » annoncé par le ministre de l’Intérieur. Nous ne savons pas si ce rideau de fer est en place, par contre des bateaux de clandestins rentrent tous les jours avec les risques que nous connaissons : le choléra sévit à 60 km de chez nous. A quand la mise en place de ce rideau de fer pour empêcher les migrants de rentrer ?

On comprend que vous êtes sceptique sur l’efficacité de cette opération « Mayotte place nette ». De quoi le département a besoin selon vous ?

Aujourd’hui, il y a besoin d’un véritable plan Marshall pour développer ce territoire qui est à la fois le plus pauvre de la République et le plus riche de la région. Nous avons choisi la France pour être libre mais la liberté de circuler à Mayotte n’est valable que dans la journée. A partir de 18 heures, tout le monde se barricade chez soi de peur d’être agressé. Il faudrait plus de sécurité et en même temps, regardez l’âge des délinquants. La plupart sont nés à Mayotte et ont entre 13 et 15 ans. Ils sont très jeunes. Je pense qu’il faut mettre en place une politique en direction de la jeunesse en mettant plus d’éducateurs de rue, de maisons d’associations, plus de lieux où on peut leur donner de l’espoir.

Il faut aussi mettre fin aux cartes de séjours territorialisés. Lorsque j’étais professeur, j’ai eu des élèves qui ont obtenu une mention très bien au bac mais, parce qu’ils n’ont pas la nationalité française ou parce qu’ils ont la carte de séjour territorialisée, leur scolarité s’arrête là. Ils sont sans perspectives et ils disent que la République les a trahis. Vous croyez qu’avec la force, on va régler tous ces problèmes ?

Concernant le logement, le gouvernement annonce avoir débloqué 5 millions d’euros pour l’hébergement d’urgence des personnes interpellées dans le cadre de l’opération. Jugez-vous cela suffisant ?

5 millions d’euros, c’est une goutte d’eau. On a commencé à démonter le camp de Cavani (à Mamoudzou, ndlr) et maintenant, les immigrés dorment sur les trottoirs. On a déplacé le problème. Avant une opération comme celle-là, il faut de la préparation, faire des enquêtes sociales, estimer le besoin d’hébergement. Si on déplace des gens et qu’on les laisse dans la rue, qu’est-ce que vous voulez qu’ils fassent ? Ils ont des besoins primaires : se nourrir, se vêtir, on n’est pas capable de prévoir ? J’ai l’impression que même si on attrape quelques délinquants, on réarme tout de suite d’autres délinquants. Je le dis depuis des années, mais l’immigration à Mayotte est une bombe à retardement et la bombe a explosé.

A ce sujet, Gérald Darmanin parlait en février d’une révision constitutionnelle pour mettre fin au droit du sol à Mayotte afin d’empêcher les enfants nés de parents étrangers de devenir Français. Comment vous positionnez-vous sur cette mesure ?

Ça n’aura, selon moi, aucun effet, les Mahorais n’ont jamais demandé ça, c’est le ministre de l’Intérieur qui l’a annoncé en arrivant sur le tarmac de l’aéroport. Les Mahorais demandent la sécurité et la fin des cartes territorialisées. Je dis souvent que mettre fin au droit du sol à Mayotte nous éloigne de la République parce que c’est une exception au droit commun alors que supprimer les cartes territorialisées nous renforcerait dans la République en nous permettant de revenir dans le droit commun. Et les Mahorais demandent à être dans le droit commun tous les jours.

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