Mayotte: situation toujours délicate, des expulsions menées par des villageois
Demande refusée de report de l'élection législative partielle de dimanche, expulsions de présumés clandestins menées par des villageois, appel à...

Mayotte: situation toujours délicate, des expulsions menées par des villageois

Demande refusée de report de l'élection législative partielle de dimanche, expulsions de présumés clandestins menées par des villageois, appel à...
Public Sénat

Par Cécile AZZARO et Ornella LAMBERTI

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

Demande refusée de report de l'élection législative partielle de dimanche, expulsions de présumés clandestins menées par des villageois, appel à un nouvel "émissaire" gouvernemental... La situation reste tendue à Mayotte, secouée depuis près d'un mois par un mouvement de contestation populaire.

Les organisateurs du mouvement social ainsi que les élus ont réclamé samedi le report du scrutin mais le préfet a assuré qu'il aurait bien lieu car "Mayotte c'est la République, la République c'est la démocratie, la démocratie ce sont les citoyens qui s'expriment dans les urnes".

"L'Etat prendra toutes les dispositions pour assurer le bon déroulement du scrutin", a-t-il assuré.

Les élus avaient demandé ce report "pour des raisons de sécurité", estimant que "même si les mairies sont ouvertes, il n'y a pas de garantie que les conditions de sécurité soient réunies", selon leur porte-parole, Mohamed Bacar, maire de Tsingoni, qui a évoqué des "risques de barrages et de soulèvements" et des écoles, servant de bureau de vote, "cadenassées". Il a également fait part d'un problème de campagne pour les huit candidats qui "n'ont pas pu voir leurs électeurs".

Seul le maire de Mamoudzou s'est désolidarisé de cette demande.

Le collectif, par l'intermédiaire d'un de leur porte-parole Saïd Kambi, a expliqué qu'on ne pouvait "imaginer une expression démocratique sous la pression".

Un autre porte-parole, Salim Nahouda, a lui appelé au boycott de l'élection.

Cette demande de report du scrutin s'est accompagnée d'un autre appel, formulé par tous les acteurs du mouvement social, à un nouvel émissaire gouvernemental "avec un mandat qui pourrait engager le gouvernement".

Trois hauts fonctionnaires ont déjà été envoyés sur place pour engager des discutions avec le collectif: le général Lambert Lucas, directeur de la gendarmerie de l'Outre-mer, Jean Courtial, conseiller d'État, et Jean-Jacques Brot, ancien préfet de Mayotte. Ce dernier ne fait toutefois pas l'unanimité, accusé par certains d'avoir une part de responsabilité dans la situation actuelle de l'ile.

Contrôle de la gendarmerie à Mayotte, dans le cadre de la lutte contre l'immigration clandestine, le 15 mars 2018
Contrôle de la gendarmerie à Mayotte, dans le cadre de la lutte contre l'immigration clandestine, le 15 mars 2018
AFP

Dans le même temps, alors que des opérations de sécurisation et de contrôle des personnes en situation irrégulière sont menées depuis jeudi par les forces de l'ordre à Mayotte -dans le droit fil des engagements de la ministre des Outre-mer Annick Girardin en matière de sécurité- des villageois du nord de l'île ont décidé d'organiser eux-mêmes des actions d'expulsion de personnes qu'ils supposent en situation illégale, a indiqué l'un d'eux.

- "Rondes" contre les "clandestins" -

Ce collectif, créé lundi suite à l'agression d'un villageois par des coupeurs de route, effectue des "rondes" afin "de démanteler les groupes d'étrangers, comoriens et africains", présumés en situation irrégulière, et les emmener à la gendarmerie. "On ne veut pas d'affrontements, pas de tabassages, pas de coups", a-t-il précisé, affirmant qu'il n'y a pas de résistance de la part des clandestins présumés.

Le collectif d'habitants a affirmé que la gendarmerie "collaborait" avec eux, ce qu'a formellement démenti un officier responsable de la communication. "C'est absolument faux, on ne va pas assister les pseudo-milices qui expulsent des personnes en situation irrégulière. On agit dans un Etat de droit", a-t-il dit.

Mayotte connaît depuis plusieurs années une très forte immigration, souvent clandestine, en provenance des Comores voisines, qu'il s'agisse de personnes à la recherche d'un avenir meilleur ou de mères venues accoucher. Les Mahorais dénoncent cette immigration clandestine, source selon eux de l'insécurité grandissante, et plus largement des problèmes sociaux et économiques de l'île.

"Ce genre de pratique, ça n'existe pas dans un département", a réagi la ministre des Outre-mer dans une déclaration à l'AFP. "J'ai pris des engagements en matière de sécurité. Ils sont tenus comme le prouvent les opérations de ces derniers jours. J'invite les habitants à laisser les forces de l'ordre faire leur travail", a-t-elle insisté.

Ces actions rappellent les opérations de "décasage" menées par des villageois en 2016, lorsqu'une partie de la population, réunie en collectifs, a expulsé illégalement de leur logement des étrangers, en situation irrégulière ou non, parfois avec violence et en brûlant les habitations.

Partager cet article

Dans la même thématique

Mayotte: situation toujours délicate, des expulsions menées par des villageois
2min

Politique

Municipales 2026 : « On ne peut pas critiquer la vie politique si on n’y participe pas », estime Albane Gély, primo-votante

Les élections municipales qui auront lieues le 15 et 22 mars prochains seront pour certains la première occasion de voter. Invitée dans l’émission Dialogue Citoyen, Albane, étudiante en droit et philosophie, témoigne de l’importance pour elle de voter, une exception chez les 18-25 ans qui n’étaient que 30% à s’être déplacés lors des dernières élections municipales. Une élection organisée juste avant la période de confinement.

Le

Mayotte: situation toujours délicate, des expulsions menées par des villageois
3min

Politique

Alain Duhamel : « Les Français sont dans un état de défiance que je trouve totalement disproportionné »

Il a connu Pompidou, interviewé Valéry Giscard d’Estaing, mis sur le grill François Mitterrand et, pour ainsi dire, vu naître politiquement tous les autres présidents de la Cinquième République. Voilà cinquante ans qu’Alain Duhamel ausculte la politique française avec une tempérance devenue sa marque de fabrique. La retraite ? Impensable pour l’éditorialiste qui publie Les Politiques, portraits et croquis (éditions de l’Observatoire) dans lequel sont scrutées 63 personnalités politiques avec beaucoup de franchise. Invitée de Rebecca Fitoussi dans l’émission Un monde un regard, il revient sur les souvenirs marquants de sa carrière et analyse le climat politique des dernières années.

Le

6min

Politique

Royaume-Uni : Keir Starmer face à « la défiance » de son propre camp, après de nouvelles révélations entre Jeffrey Epstein et l’ancien ambassadeur britannique à Washington

Le Premier ministre essuie les conséquences de sa décision de nommer Peter Mandelson en tant qu’ambassadeur à Washington en 2024, alors que ses liens avec Jeffrey Epstein étaient déjà connus. Après la publication de nouveaux fichiers sur le financier américain, la pression s’accentue contre Keir Starmer, déjà fragilisé depuis le début de son mandat.

Le

Municipales 2026 : la décision du ministère de l’Intérieur de classer la France insoumise à l’extrême gauche peut-elle être fondée ?
8min

Politique

Municipales 2026 : la décision du ministère de l’Intérieur de classer la France insoumise à l’extrême gauche peut-elle être fondée ?

Le ministère de l’Intérieur a déclenché les foudres des Insoumis en classant ce mouvement pour la première fois à l’extrême gauche, dans une circulaire adressée aux préfets en vue de la catégorisation des candidats et des listes. Ce n’est pas la première fois que la place Beauvau est critiquée pour ses choix.

Le