Mélenchon à la recherche des électeurs perdus : « Notre plan, c’est de passer de 50 à 80 % de participation », lance Manuel Bompard

Mélenchon à la recherche des électeurs perdus : « Notre plan, c’est de passer de 50 à 80 % de participation », lance Manuel Bompard

Jean-Luc Mélenchon espère mobiliser un million d’abstentionnistes pour faire la différence lors de l’élection présidentielle. Le candidat vise ceux « qui ont l’impression qu’on les trahit à chaque élection », explique son directeur de campagne, Manuel Bompard.
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La troisième sera-t-elle la bonne ou celle de trop ? Jean-Luc Mélenchon, candidat à la présidentielle une nouvelle fois, après 2012 et 2017, a « décrété la mobilisation générale » ce week-end, comme l’explique son directeur de campagne, Manuel Bompard. 2.000 Insoumis se sont rassemblés à Reims pour la convention de « L’Union populaire ». C’est sous cette nouvelle étiquette que le mouvement fera campagne.

Coup de com’ou nouveau départ ? « Il y a une volonté d’élargissement de La France insoumise (LFI) au cours de la campagne. Car force est de constater qu’il y a des gens qui ont envie de le soutenir mais pas sous l’égide de LFI », explique Eric Coquerel, député LFI de Seine-Saint-Denis. Il précise : « Si pour fédérer plus largement, on doit remettre le couvert, repasser par une autre dénomination, on le fait. Et si tout ça marche, que ça permet d’élargir, ça peut devenir par la suite un mouvement ».

« Les quartiers populaires ont intérêt à voter Mélenchon, pendant que Neuilly a intérêt à voter Macron »

« Ne vous faites pas voler l’élection présidentielle » a lancé devant ses soutiens Jean-Luc Mélenchon, qui entend faire émerger ce « pôle populaire ». Alors que les sondages le créditent de 13 % au mieux, ou 8 % des voix récemment, l’enjeu est d’aller chercher les abstentionnistes pour faire la différence. « Notre plan, c’est de passer de 50 à 80 % de participation », lance le directeur de campagne du leader insoumis. Dans cette optique, la campagne vise plus généralement le peuple que les électeurs de gauche proprement dit. « Quand on est dans une élection, on cherche à s’adresser au peuple, quelles que soient les étiquettes politiques dans lesquelles les gens se positionnent eux-mêmes. Et quand on sonde les Français sur les mesures de notre programme, qui est de gauche, elle rencontre une grande adhésion », soutient Manuel Bompard. « L’abstention pour nous, ce sont les dégoûtés, les gens fâchés, c’est à eux qu’on veut s’adresser en priorité, ceux qui ont l’impression qu’on les trahit à chaque élection », dit le député européen LFI, qui reconnaît que « c’est une tâche difficile, car c’est le résultat de 30 années de reniement et trahison. C’est quelque chose d’ancré ».

« L’abstention est forte avant tout dans les quartiers populaires, qui ont intérêt à voter pour un candidat comme Jean-Luc Mélenchon, pendant que Neuilly ou le XVIe a intérêt à voter Macron, si je schématise. Sauf que ces derniers votent », ajoute Eric Coquerel, dans une lecture de classe. C’est cette abstention différentielle, la capacité à mobilier ses électeurs, qui fait aussi l’élection. Avec un seuil d’accès au second tour abaissé, avec la multiplication des candidatures et l’éparpillement des voix, on comprend pourquoi l’enjeu prend une importance d’autant plus grande. C’est pourquoi Eric Coquerel ajoute :

Si le peuple ne s’abstient pas, on peut passer.

« La question sociale, la capacité à finir les fins de mois, doivent être les grandes questions de la présidentielle »

Un vœu pieu, quand on voit la faiblesse de la gauche dans son ensemble ? « Non, car le clivage gauche/droite remonte et les gens disent que Jean-Luc Mélenchon correspond aux identifiants que sont la justice sociale ou l’égalité des droits », souligne le député de Seine-Saint-Denis. Autrement dit, la gauche, c’est lui.

Reste que dans un début de campagne ou Eric Zemmour et les questions identitaires monopolisent le débat public, difficile de faire vivre d’autres sujets. « On essaie de mettre au cœur du débat public les thématiques centrales : d’abord la question sociale, celle du pouvoir d’achat, du chômage, de la capacité à finir les fins de mois, qui doit être pour nous la grande question de la présidentielle, et évidemment la question écologique », espère le directeur de campagne. Tout en développant les énergies renouvelables, Jean-Luc Mélenchon entend aussi « arrêter l’EPR ».

Europe : « Il y a toujours eu une dimension de négociation pour que les règles changent et rompre avec les traités »

Sur l’Europe, le candidat semble arrondir les angles. « La France peut retrouver son autorité parce qu’elle a des propositions raisonnables à faire à ses partenaires dans l’état de l’Europe tel qu’il est », a-t-il soutenu. Pareil en matière d’économique et de dette, « nous sommes des gens raisonnables, nous ne sommes pas pour le chaos, le désordre, l’effondrement de l’économie ».

» Lire aussi : Une candidature commune de Jean-Luc Mélenchon et Fabien Roussel toujours possible ? « Evidemment ! », répond Adrien Quatennens

Explication de texte, sur l’Europe, avec Manuel Bompard : « Notre position était déjà raisonnable en 2017 », répond le directeur de campagne, pour qui « il n’est pas question que les institutions européennes nous empêchent de mettre en place le programme sur lequel on aurait réuni une majorité de Français ». Mais avant cela, « il y a toujours eu une dimension de négociation pour que les règles changent et rompre avec les traités et en écrire de nouveaux. C’est le plan A. Il faut être aussi capable de ne pas appliquer les règles pour appliquer notre programme. C’est le plan B, la désobéissance, l’opt out, c’est-à-dire négocier le fait que certaines règles ne sont pas pour nous ». Autrement dit, la ligne n’aurait pas changé, mais peut-être plutôt la manière de la présenter.

« Les faits renforcent la pertinence des positions portées en 2017 »

Pour l’heure, la campagne ne crée pas l’adhésion espérée. A 8 % dans les sondages, au coude à coude avec l’écologiste Yannick Jadot, celle de 2022 ne serait-elle pas finalement la campagne de trop pour Jean-Luc Mélenchon ? « Ceux qui disent ça, sont ceux qui n’ont jamais supporté qu’on les relègue derrière nous en 2017, je pense au PS notamment », répond Eric Coquerel. Il ajoute : « Sans langue de bois, celui le plus à même de faire la synthèse, dans le camp de la rupture, et de devenir Président, c’est Jean-Luc Mélenchon »

Manuel Bompard « ne croit pas du tout que cette campagne soit de trop. Mais en 2017, on était trop en avance », lance-t-il, « les faits renforcent la pertinence des positions portées à l’époque ». Exemple : « Quand on parlait de rénovation démocratique, la mobilisation des gilets jaunes ne fait que la renforcer. On disait qu’il fallait une relocalisation industrielle pour rétablir notre souveraineté, et la crise du covid a démontré qu’on avait raison. Il y a cinq ans, on disait qu’il fallait revaloriser les métiers des invisibles, qu’on a appelés ensuite les premiers de cordée ».

« Tentatives de délégitimations médiatiques »

La limite ne viendrait-elle pas de la personnalité de Jean-Luc Mélenchon elle-même, de ses excès ? Ses affres médiatiques – « La République, c’est moi », ou plus récemment l’idée qu’il y aura « dans la dernière semaine de la campagne présidentielle un grave incident ou un meurtre » – ont pu jeter le trouble chez une partie de son électorat. « C’est la campagne qui le dira », botte un peu en touche Manuel Bompard, selon qui « il est normal qu’avec 10 secondes d’une vidéo passée en boucle sur l’antenne pendant deux ans, qu’il y ait des gens qui pensent que c’est un peu bizarre. Mais ils sont suffisamment intelligents pour regarder d’abord ce que défend le candidat, sans céder aux tentatives de délégitimation médiatique, qui sont monnaie courante contre Jean-Luc Mélenchon ».

Pour espérer créer la dynamique, comme en 2017, le camp Mélenchon mobilise son « réseau de 260.000 personnes qui suivent le mouvement ». Pour atteindre l’objectif de faire s’inscrire « un million de personnes » sur les listes électorales, les Insoumis visent « un million de portes frappées » dans une opération de porte-à-porte. Il faudra quand même en ouvrir beaucoup pour que Jean-Luc Mélenchon puisse avoir l’espoir de se retrouver aux portes de l’Elysée.

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