"Choc d'investissement", "révolution fiscale", relance budgétaire: Jean-Luc Mélenchon a présenté et chiffré dimanche son plan économique pour 2017-2022 qui repose sur un ensemble "vertueux" de croissance, d'emploi et même de baisse de la dette.
"On nous demande toujours +combien ça coûte?+, nous allons le dire", a déclaré le candidat à la présidentielle en ouvrant une émission de plus de cinq heures retransmise sur Youtube pour chiffrer la totalité de son programme "l'Avenir en commun" mais aussi déflorer le cadrage macro-économique de son quinquennat.
Plan de relance keynésien en lieu et place de l'austérité libérale est la philosophie de ce programme économique qui passe par un plan d'investissement de 100 milliards d'euros, financé par l'emprunt le plus rapidement possible au début du quinquennat.
La répartition de ces milliards sera ciblée sur "l'urgence sociale" (45 mds dont 18 pour le logement), "l'urgence écologique" (50 mds dont 25 pour le développement des énergies renouvelables, très pourvoyeuses d'emplois) et 7 mds pour les services publics.
Il s'agit "d'injecter une masse suffisante qui remette en route l'activité", a expliqué M. Mélenchon, c'est-à-dire de choisir des projets pourvoyeurs d'activité afin d'obtenir l'effet multiplicateur de l'investissement escompté, qu'il estime à 2 à 3.
Le candidat a néanmoins reconnu que ce choc d'investissement ne se ferait pas sans obstacle: "on ne dépense pas 100 milliards en un claquement de doigt", a-t-il expliqué, rappelant que tout investissement devait nourrir un projet établi et solide. "Pour nous le plus difficile sera de gérer le délai", a-t-il précisé.
Jean-Luc Mélenchon (D) lors d'une émission sur YouTube présente et chiffre son plan économique pour 2017-2022, le 19 février 2017
AFP
Parallèlement, le programme prévoit une augmentation de la dépense publique (+173 mds sur le quinquennat) pour financer en particulier l'augmentation des salaires et la réduction du chômage, par le biais par exemple de la sécurité sociale intégrale en vertu de laquelle un chômeur en fin de droits pourra se retourner vers l'Etat pour que ce dernier lui fournisse un emploi.
- Choix politiques -
"Ce plan de relance répond à des choix politiques affirmés, il ne s'agit pas de financer des produits importés qui ont fait trois fois le tour du monde, ce n'est pas une relance à la papa", précise son équipe, évoquant notamment l'objectif de restreindre l'empreinte écologique du pays plutôt que d'augmenter sa consommation.
Une "révolution fiscale" prévoit par ailleurs une baisse de l'impôt sur les sociétés à 25%, la progressivité de la CSG et un taux marginal de 90% sur la dernière tranche de l'impôt sur le revenu au-delà de 400.000 euros par an.
Grâce à la relance qui permettra, selon les calculs des experts de La France insoumise, 190 mds de recettes supplémentaires, M. Mélenchon annonce des taux de croissance très flatteurs pour son quinquennat (autour de 2% dès 2018), un taux de chômage réduit à 6% contre 10% aujourd'hui (plus de 3 millions d'emplois créés dont 2 millions dans le secteur marchand), et une envolée de l'inflation, au-delà de 4% à la fin du quinquennat - qui mécaniquement augmente les recettes de l'Etat.
Jean-Luc Mélenchon lors d'une émission entièrement consacrée au chiffrage de son projet, retransmise sur Youtube et Facebook, le 19 février 2017 à Paris
AFP
Au-delà et, concède-t-il, "ce n'est pas son objectif essentiel", cette politique économique aura un effet vertueux sur les déficits. Ainsi le déficit public (Etat, protection sociale et collectivités territoriales) serait réduit à 2,5% du PIB à la fin du quinquennat, après une incartade à 4,8% du PIB en 2018, qui pourrait faire pâlir Bruxelles. Et la dette publique passerait à 87% en 2022.
Ces prévisions ne correspondent à aucune de celles publiées par les organismes internationaux, français ou celles du gouvernement actuel. Mais, justifie l'équipe de M. Mélenchon, elles seront possibles grâce à l'"efficacité" du programme.
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