Mélenchon et les Insoumis face au risque d’isolement
Le refus à gauche de sa motion de censure sur les retraites a rappelé à Jean-Luc Mélenchon qu'après des européennes décevantes et...

Mélenchon et les Insoumis face au risque d’isolement

Le refus à gauche de sa motion de censure sur les retraites a rappelé à Jean-Luc Mélenchon qu'après des européennes décevantes et...
Public Sénat

Par Baptiste BECQUART

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Le refus à gauche de sa motion de censure sur les retraites a rappelé à Jean-Luc Mélenchon qu'après des européennes décevantes et avant des municipales délicates, le chef insoumis n'est plus maître du jeu à gauche. Pire, il est menacé d'isolement.

Le PS et le PCF ont beau avoir indiqué qu'après le début du débat parlementaire sur la réforme des retraites le 17 février, la question d'une motion de censure de gauche contre le gouvernement se poserait, leur refus immédiat mardi de l'idée du leader Insoumis a marqué les esprits.

Le premier concerné n'a pas caché sa blessure d'orgueil et ne décolérait pas jeudi dans une manifestation à Amiens au côté du député François Ruffin. "J'ai été estomaqué, depuis le début je ne crains que ça, un spectacle de divisions qui nuise au mouvement" contre la réforme du gouvernement, a-t-il confié à l'AFP.

"Ce n'est pas à l'Assemblée, simple chambre d'enregistrement, que le problème de la réforme des retraites va être réglé", affirmait jeudi le député LFI François Ruffin, disant "se ficher des bisbilles". Une sortie qui peut être comprise comme une manière de relativiser le camouflet, mais aussi comme une critique de l'initiative.

Les responsables des autres formations de gauche, elles, s'étonnent. LFI n'avait prévenu que 10 minutes avant l'annonce, souligne une source parlementaire socialiste.

"Un jour (Jean-Luc Mélenchon) acceptera qu'on travaille ensemble", a taclé de son côté le numéro un du PCF Fabien Roussel, disant lui avoir demandé "depuis un mois d'intégrer le groupe de travail" mis en place "pour organiser la riposte" face à la réforme.

- Une réponse à Le Pen -

De fait, LFI n'a pas participé à ces réunions regroupant la quasi totalité des forces de gauche. Et si le mouvement avait pris part au meeting de Saint-Denis en décembre, Adrien Quatennens, d'abord programmé, avait finalement préféré aller à une émission télévisée et envoyer le député Eric Coquerel à sa place.

Le travail en commun "aurait vite mal tourné. Certains sont pour la retraite à points", a expliqué M. Mélenchon en référence au parti socialiste et à une partie d'EELV. Les Insoumis ont donc présenté en solitaire en décembre leur projet.

C'est le prolongement d'une stratégie autonomiste de LFI depuis la présidentielle. Alors arrivé sur le seuil du second tour (19,5%), Jean-Luc Mélenchon a depuis plusieurs fois assumé de s'adresser à la société civile et aux mouvements sociaux plutôt qu'oeuvrer à "la soupe aux logos" de l'union à gauche, avec pour objectif déclaré de prendre des électeurs à Marine Le Pen et de refaire voter les abstentionnistes.

Ainsi cet hiver, il multiplie les déplacements sur les piquets de grève. Pas de quoi se rabibocher avec le cégétiste Philippe Martinez : les deux hommes ont organisé séparément leur venue au dépôt RATP de Vitry, lundi. Mais M. Mélenchon peut constater que sa popularité est demeurée forte dans la gauche radicale, enchaînant les selfies et les dédicaces au sein de la foule. "On n'a pas beaucoup de concurrence à gauche dans les AG ou sur les piquets de grève", glisse Eric Coquerel à l'AFP.

L'épisode de la motion de censure rappelle que côté politique, les autres forces de gauche, désormais, peuvent se permettre de refuser les initiatives insoumises. Après des élections européennes ratées (6,3%), LFI n'est pas au centre du jeu dans de nombreuses villes pour les municipales de mars et ses militants doivent souvent renoncer à la tête de liste dans les cas d'union, au profit d'EELV.

Le leader Insoumis voit plus loin. Alors que dans leur meeting commun jeudi soir soir à Amiens, François Ruffin s'émouvait de l'entrée en "pré-campagne" présidentielle de Marine Le Pen, Jean-Luc Mélenchon a semblé lui aussi se mettre en mouvement: "Nous, on doit faire notre devoir et pouvoir dire à tout le pays: +On sait comment faire, nous sommes capables de mettre sur pied un gouvernement pour l'intérêt général, nous en avons la capacité humaine et intellectuelle+".

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