Mer, sel, coquillage…et armes chimiques
Des centaines de millions de tonnes d’armes chimiques dormiraient dans les fonds marins… du gaz moutarde, de l’arsenic, contenus dans des obus, seraient prêts à exploser là où nous nous baignons. C’est en tout cas la thèse du film « Menaces en Mers du Nord », réalisé par Jacques Loeuille. Si les faits historiques prouvent que des armes chimiques ont bien été jetées dans les mers du Nord, lors des deux Guerres mondiales, leur quantité, et les dangers qu’elles représentent font débat.

Mer, sel, coquillage…et armes chimiques

Des centaines de millions de tonnes d’armes chimiques dormiraient dans les fonds marins… du gaz moutarde, de l’arsenic, contenus dans des obus, seraient prêts à exploser là où nous nous baignons. C’est en tout cas la thèse du film « Menaces en Mers du Nord », réalisé par Jacques Loeuille. Si les faits historiques prouvent que des armes chimiques ont bien été jetées dans les mers du Nord, lors des deux Guerres mondiales, leur quantité, et les dangers qu’elles représentent font débat.
Public Sénat

Par Mariétou Bâ

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

« Au XXe siècle, les Alliés ont volontairement laissé couler des navires transportant des centaines de millions de tonnes d’armes chimiques », c’est par ce constat inquiétant – peut-être un peu trop ?- que débute le film du réalisateur Jacques Loeuille.

Sorti des archives belges un courrier destiné au ministère de la Guerre détaille pourtant de façon précise que « le moyen le plus efficace – de se séparer de ces stocks encombrants d’armes chimiques — est de noyer ces munitions en mer ». Rien qu’au large de la plage de Knokke, en Belgique ce seraient 35 000 tonnes d’armes chimiques, qui auraient été jetées sur des bancs de sable.

La course aux armes chimiques

Lors de la Première Guerre mondiale les Allemands auraient été les premiers à faire un usage massif des armes chimiques, en 1915. Sur le front, les adversaires s’inquiètent. À la fin de la Grande Guerre, tous les belligérants en sont équipés. Quelques années plus tard, l’Allemagne reprend son avance, et met au point des agents neurotoxiques. Craignant que d’autres nations en fassent usage, les généraux allemands décideront finalement de ne pas utiliser cette arme qui repend la mort de façon aveugle.

En 1945, tout cet arsenal, chimique et conventionnel, revient aux mains des Alliés. Entre 1946 et 1948 par exemple, faute de pouvoir les éliminer, Américains et Britanniques se débarrassent de ce cadeau empoisonné dans les différentes Mers du Nord.

Des armes chimiques immergées, mais combien de tonnes ?

Magnifiquement filmées par drone, on finit par regarder avec appréhension les images de cette mer calme mais qui recèle cet héritage empoisonné de la guerre. Sur fond de musique oppressante le réalisateur nous montre des fonds marins, où les obus sont empilés dans les bateaux naufragés.

Mais à quel point doit-on s’inquiéter ? Les cartes font apparaître des points rouges, comme autant de menaces qui se multiplient. Quelle quantité d’armes, quelle intensité de danger représentent-ils ?

Mais les chiffres présentés dans le film sont loin de faire l’unanimité. Selon Dominique Anelli, ancien chef de la vérification des armes chimiques à l’OIAC (Organisation pour l’interdiction des armes chimiques), ce ne sont pas des centaines de millions de tonnes d’armes chimiques dont on doit parler, mais plutôt centaines de milliers de tonnes d’armes chimiques, et conventionnelles, immergées dans le monde entier.

« Le problème des armes chimiques vient s’ajouter aux effets du réchauffement climatique et à la pêche industrielle », Jacques Loeuille, réalisateur du documentaire « Menaces en Mers du Nord ».

Un danger sanitaire et environnemental

Néanmoins, quel que soit leur nombre, la présence avérée d’armes chimiques, documentée par d’autres pays comme le Royaume-Uni, représente plusieurs dangers certains. Les poissons pêchés en Mer du Nord et en Mer Baltique sont peut-être contaminés. « Acceptons-nous qu’il y ait des traces de munitions faites pour tuer des humains, dans notre alimentation ? », se demande Matthias Brenner, chimiste marin. Pire, « le problème des armes chimiques vient s’ajouter aux effets du réchauffement climatique et à la pêche industrielle », affirme Jacques Loeuille. Mais pour certains, il n’est pas trop tard pour « nettoyer » les océans.

Il faut développer "une fondation internationale " pour s'occuper des armes chimiques immergées, selon Terrance Patrick Long, démineur de l'OTAN
00:21

 

Des approximations à débattre

Un sujet peu documenté en France. Et pour cause, l’accès aux archives sur ce sujet reste interdit : des documents classés « très secret défense ». Un silence révélateur d’une culture française, selon Olivier Lepick, expert en armes chimiques.

"Il y a une véritable culture du secret en France", selon Olivier Lepick, expert en armes chimiques
00:40

 

 

Partager cet article

Dans la même thématique

Mer, sel, coquillage…et armes chimiques
4min

Politique

« On surmonte nos rancœurs » : Agnès Evren (LR) défend un mariage de raison entre Rachida Dati et Pierre-Yves Bournazel pour battre la gauche à Paris

À Paris, la fusion des listes entre Rachida Dati et Pierre-Yves Bournazel relève davantage du réalisme politique face à l’avance de la gauche que d’un rapprochement sincère et naturel. Il a fallu surmonter « une forme d’inimitié » entre les deux candidats, reconnait la vice-présidente de LR et sénatrice de la capitale Agnès Evren, qui compte aussi sur les reports de voix des électeurs de Sarah Knafo.

Le

Mer, sel, coquillage…et armes chimiques
5min

Politique

Municipales à Montpellier : sécurité, gestion des déchets, transports… Que retenir du débat d’entre deux tours ?

A Montpellier, c’est une triangulaire qui opposera, dimanche prochain, le maire sortant socialiste Michaël Delafosse, en tête avec 33,41 % au premier tour, la candidate LFI, Nathalie Oziol, deuxième avec 15,36 % et le candidat indépendant, Mohed Altrad (11,31 % des voix). Si dans de nombreuses grandes villes de France, comme Lyon, Toulouse, Nantes… LFI et le reste de la gauche se sont unis au deuxième tour des élections municipales, dans l’Hérault, il n’en a pas été question, tant les deux gauches semblent irréconciliables. Pas d’union à gauche Lors du débat organisé Public Sénat, France Télévisions ICI Occitanie et la radio ICI Hérault organisaient, les protagonistes ont rappelé leur position. « Je constate que depuis que j’ai l’honneur d’être maire de Montpellier, LFI pilonne l’ensemble des mesures que nous portons et met plus d’énergie dans la critique de l’action d’un maire de gauche que contre l’extrême droite », a justifié Michaël Delafosse qui précise, néanmoins, n’avoir eu qu’un adversaire lors de cette campagne : c’est l’extrême droite. Nathalie Oziol a estimé que l’absence de l’extrême droite au second tour à Montpellier, c’était grâce à la France Insoumise. Dans cette configuration, l’union de la gauche n’était pas nécessaire car le choix des électeurs, selon elle, résidait entre le « système socialiste en place » et les Insoumis. L’homme d’affaires, milliardaire, propriétaire du club de rugby local, Mohed Altrad qui, contrairement à 2020, n’a pas fait d’alliance pour le second tour avec l’humoriste Rémi Gaillard et une autre candidate de gauche Alenka Doulain, s’est présenté comme un homme qui n’était pas politique mais qu’il s’éloignerait « le plus possible » de son entreprise s’il était élu. Transports Michael Delafausse a défendu la mesure phare de son mandat, la gratuité des transports, financée par le versement mobilité, même si un rapport de la Cour des comptes a jugé la mesure coûteuse et peu efficace pour inciter les Montpelliérains à ne pas prendre leur voiture. Nathalie Oziol soutient la mesure mais la considère mal appliquée. « Des trams et des bus ont diminué en fréquence. Nous n’avons pas vérifié si le maillage territorial était suffisant », a-t-elle reproché. Autre dossier, le COM (le Contournement Ouest de Montpellier), une voie qui doit relier deux autoroutes pour désengorger la circulation en centre-ville, dont les travaux doivent démarrer cette année, est contesté par les adversaires du maire sortant. « Le COM permettra de contourner Montpellier plutôt que d’envoyer tout le trafic vers l’avenue de la Liberté. C’est financé par les péages », a défendu Michaël Delafosse. « Hors de question. C’est notre A69 à nous. C’est une aberration environnementale, les arbres coupés… C’est une 10 voix qui va passer sous les fenêtres des Montpelliérains », a dénoncé la candidate LFI. Mohed Altrad s’y est montré lui favorable mais à condition que le COM ne soit pas payant pour les Montpelliérains. Sécurité En ce qui concerne la police municipale, Nathalie Oziol, a défendu son désarmement. « Il faut que la police municipale devienne une police de proximité qui fasse le lien avec les habitants ». Prenant l’exemple de la ville de Béziers, la mesure phare de Mohed Altrad est celle d’un couvre-feu au moins de 16 ans à partir de 22h, mais aussi doubler les effectifs de la police municipale et renforcer la vidéoprotection. Le maire sortant a défendu l’armement de la police municipale, la création d’une police des transports, le recrutement de 100 agents supplémentaires et le doublement des caméras de surveillance. Traitement des déchets La validation par le conseil de la Métropole de Montpellier d’une unité de valorisation énergétique par combustibles solides de récupération (CSR) est l’autre dossier chaud de l’élection. « C’est de la folie, c’est la pollution, c’est le cancer […] C’est une technologie expérimentale. Comme toute technologie récente, on a besoin de temps pour l’expérimenter », a dénoncé Mohed Altrad. Nathalie Oziol regrette qu’il n’y ait pas d’autres solutions envisagées. « Ce que nous proposons, c’est une convention populaire sur toute la gestion des déchets. L’objectif que nous devons viser, c’est l’objectif zéro déchet ». Michaël Delafosse a rappelé que le CSR était une solution préconisée par l’Ademe (Agence de l’Environnement et de la Maîtrise de l’Énergie). « Il nous faut continuer à mieux collecter les biodéchets comme le verre », a-t-il ajouté. Pour conclure sur les défis de la nouvelle mandature, comme l’augmentation de la population dans la ville, en moyenne 8 000 habitants par an, Nathalie Oziol a estimé que rien n’a été fait pour accueillir les gens ». Mohed Altrad a aussi jugé que la ville n’était pas à la hauteur des autres villes de taille similaire. Il propose de mieux gérer l’argent public en économisant 25 % de ce qu’il considère comme du « gaspillage ». Mickaël Delafosse s’engage à construire 1 000 nouveaux logements étudiants dans le secteur d’Agropolis et des logements pour seniors mais aussi le développement des BRS (bail réel et solidaire) qui ne permette à personne en logement sociaux d’accéder à la propriété ou encore poursuivre l’encadrement des loyers et la lutte contre Airbnb.  

Le

FRA – LR RETAILLEAU – ELECTION MUNICIPALES 2026
8min

Politique

Municipales : en lâchant Christian Estrosi à Nice, Bruno Retailleau enflamme toute la droite, avec 2027 en ligne de mire

À quelques jours du second tour des municipales à Nice, Bruno Retailleau, le patron des LR, a déclenché une crise ouverte au sein de sa propre famille politique et du bloc central, en refusant de soutenir le maire sortant Christian Estrosi face à Éric Ciotti, allié du RN. Plus largement, le psychodrame azuréen fragilise l'accord national passé avec Horizons, mais révèle aussi les fractures d’une droite à la recherche de sa boussole stratégique pour 2027.

Le

Paris : Sarah Knafo – Meeting au Dome de Paris
6min

Politique

Municipales : le retrait calculé de Sarah Knafo recompose le jeu à Paris

Qualifiée de justesse pour le second tour des municipales parisiennes avec 10,4 % des voix, la candidate Reconquête, Sarah Knafo, a finalement choisi de se retirer « pour Paris », sans toutefois donner de consigne de vote, mais « pour battre la gauche ». Une décision présentée comme un « choix de responsabilité », mais qui soulève autant de questions stratégiques que politiques.

Le