Mercedes Erra : « C’est difficile d’avoir autant d’amour que j’ai pour la France »

Pour elle, la publicité reste le meilleur moyen de communiquer ses messages. Grand nom de la publicité, Mercedes Erra observe depuis 30 ans les évolutions de notre société. Un regard à rebours du discours ambiant. Sur le féminisme, elle décrit des luttes loin d’être achevées, et note l’appât du gain d’une jeunesse souvent décrite comme ayant soif d’engagement. Cette semaine, Rebecca Fitoussi reçoit Mercedes Erra dans Un monde, un regard.
Mathieu Terzaghi

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Alors qu’il y a 30 ans elle était célébrée, la publicité est désormais critiquée. De la fascination, elle est passée à la diabolisation. Pour Mercedes Erra : « On pose des questions naïves aux gens, on leur demande ‘Est-ce que vous aimez la publicité ?’ Moi si on me la pose, je ne sais pas si je réponds ‘Oui’ », avoue la publicitaire.

Quel intérêt trouve-t-elle à la publicité ? « La publicité, c’est l’un des systèmes les plus propres de communication. Qui est surveillé comme nous sommes surveillés ? », interroge-t-elle. « On a un système de régulation, lorsqu’une entreprise dit quelque chose, on surveille ». Pour autant, « on est dans l’économie libérale, c’est la liberté ». Un système qu’elle oppose à celui de la propagande : « On n’est pas dans un monde de propagande, donc on est dans un monde de publicité. Je ne vois pas en quoi rendre public est un problème. Les discours d’ONG critiquent la publicité mais la demandent, à corps et à cri et si possible gratuitement », estime-t-elle.

« Il n’y a pas toujours une problématique de sens » chez les jeunes générations

A l’en croire, l’évolution de la jeunesse n’est pas si profonde qu’on veut bien la décrire. Les « bifurqueurs » ? Les jeunes à la recherche de sens dans leur métier ? Contrairement à ce que pensent certains, les jeunes ne seraient pas si engagés : « Je sens qu’ils aiment beaucoup l’argent. Ils vont dans les boîtes de conseil où ils sont mieux payés, chez Google, mais il n’y a pas toujours une problématique de sens. Il y a une forme d’activisme nerveux, mais il est précis, il y a un nombre de gens. Il ne faut pas exagérer, la France n’est pas comme ça, le grand public n’est pas comme ça », selon elle.

« C’est difficile d’avoir autant d’amour que j’ai pour la France »

Née en Espagne, la petite fille qui a immigré en France à l’âge de 6 ans pouvait difficilement se douter de la vie qui l’attendait. « Je le vis comme une chance. C’est difficile d’avoir autant d’amour que j’ai pour la France, en étant né en France » affirme-t-elle. « Ma mère disait ‘C’est bizarre, les Français ont l’air fatigués. En Espagne, on n’est pas fatigués’ ». La France manque de joie ? « C’est un pays gâté. Quand je suis arrivée, mon père me disait ‘Est-ce que tu te rends compte que la meilleure école est publique ?’ C’est un des marqueurs de la France sur lequel on doit se battre » d’après la femme d’affaires.

S’imposer en tant que femme dans un monde d’hommes

Mercedes Erra a eu l’occasion de constater, au long de sa carrière, à quel point il peut être difficile d’être une femme dans le milieu des affaires très masculin : « J’ai fait des interviews de femmes incroyables, elles pensaient qu’elles n’étaient pas grand-chose, le mari meurt, elles prennent l’entreprise, et c’est formidable, elles savent faire ». Comment l’expliquer ? « On n’a pas utilisé le mot ‘travail’ pour le travail des femmes, qui n’ont jamais cessé de travailler. Quand elles étaient agricultrices, elles faisaient du boulot à l’extérieur. Ensuite, elles faisaient du boulot à l’intérieur, elles se mettaient derrière les hommes qui mangeaient. Tout ça, ce n’est pas loin, je l’ai vu dans les campagnes françaises. Il faut que les hommes disparaissent pour que les femmes puissent montrer » ce dont elles sont capables. « Il faut des guerres pour que les femmes s’émancipent. La Première Guerre mondiale a permis aux femmes de se rendre compte que c’était une légende, le fait qu’elles ne savaient pas faire. Bien sûr qu’elles savent faire », affirme avec force Mercedes Erra.

Partager cet article

Pour aller plus loin

Dans la même thématique

Mercedes Erra : « C’est difficile d’avoir autant d’amour que j’ai pour la France »
6min

Politique

Deuxième tour des municipales à Bordeaux : retrait surprise de Philippe Dessertine, sécurité, mobilité… Que retenir du débat  parfois tendu entre Thomas Cazenave et Pierre Hurmic ?

Au lendemain du désistement de l’outsider Philippe Dessertine, arrivé en troisième position au premier tour des municipales à Bordeaux, Public Sénat, en partenariat avec le quotidien Sud-Ouest et la chaîne TV7, organisait un débat entre le maire sortant écologiste, Pierre Hurmic et Thomas Cazenave, candidat soutenu par le socle commun.

Le

Montpellier : Election campaign posters for the local elections
1min

Politique

Municipales à Montpellier : le grand débat  entre Michaël Delafosse, Nathalie Oziol et Mohed Altrad à suivre à 18h30 sur Public Sénat

A quatre jours du deuxième tour Public Sénat, France Télévisions ICI Occitanie et la radio ICI Hérault s'associent pour proposer le débat d'entre-deux tours avec les principaux candidats à la mairie de Montpellier : Michaël Delafosse (PS), Nathalie Oziol (LFI) et Mohed Altrad (Candidat indépendant). Un débat animé par Tâm Tran Huy (Public Sénat), Yann Gonon (France Télévisions ICI Occitanie) et Claire Moutarde (Radio ICI Hérault).

Le

Mercedes Erra : « C’est difficile d’avoir autant d’amour que j’ai pour la France »
3min

Politique

« Je sais choisir le moindre-mal » : Sarah Knafo se retire à Paris pour faire gagner « la droite la plus bête du monde », qui lui a refusé toute alliance

Quelque heures après l’annonce de son retrait de la course à la mairie de Paris, Sarah Knafo l’a justifié par la nécessité de « chasser les socialistes » de l’hôtel de ville en provoquant un vote utile pour Rachida Dati. Elle n’a pourtant pas épargné cette dernière, qui lui a refusé « l’union des droites ».

Le

« Gérard Larcher n’était pas content » : crispation au Sénat sur le calendrier budgétaire proposé par le gouvernement
2min

Politique

Municipales : Gérard Larcher appelle à « respecter » l’accord entre LR et Horizons à Nice pour soutenir Christian Estrosi

Le président LR du Sénat se démarque du président de son parti, Bruno Retailleau, qui n’a pas voulu appeler à voter pour Christian Estrosi face à Eric Ciotti, allié au RN à Nice. « Les Républicains ont accordé leur soutien à Christian Estrosi et à son équipe. Il y a un accord politique entre les familles de la droite et du centre », a rappelé Gérard Larcher.

Le