Mercedes Erra : « C’est difficile d’avoir autant d’amour que j’ai pour la France »

Pour elle, la publicité reste le meilleur moyen de communiquer ses messages. Grand nom de la publicité, Mercedes Erra observe depuis 30 ans les évolutions de notre société. Un regard à rebours du discours ambiant. Sur le féminisme, elle décrit des luttes loin d’être achevées, et note l’appât du gain d’une jeunesse souvent décrite comme ayant soif d’engagement. Cette semaine, Rebecca Fitoussi reçoit Mercedes Erra dans Un monde, un regard.
Mathieu Terzaghi

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Alors qu’il y a 30 ans elle était célébrée, la publicité est désormais critiquée. De la fascination, elle est passée à la diabolisation. Pour Mercedes Erra : « On pose des questions naïves aux gens, on leur demande ‘Est-ce que vous aimez la publicité ?’ Moi si on me la pose, je ne sais pas si je réponds ‘Oui’ », avoue la publicitaire.

Quel intérêt trouve-t-elle à la publicité ? « La publicité, c’est l’un des systèmes les plus propres de communication. Qui est surveillé comme nous sommes surveillés ? », interroge-t-elle. « On a un système de régulation, lorsqu’une entreprise dit quelque chose, on surveille ». Pour autant, « on est dans l’économie libérale, c’est la liberté ». Un système qu’elle oppose à celui de la propagande : « On n’est pas dans un monde de propagande, donc on est dans un monde de publicité. Je ne vois pas en quoi rendre public est un problème. Les discours d’ONG critiquent la publicité mais la demandent, à corps et à cri et si possible gratuitement », estime-t-elle.

« Il n’y a pas toujours une problématique de sens » chez les jeunes générations

A l’en croire, l’évolution de la jeunesse n’est pas si profonde qu’on veut bien la décrire. Les « bifurqueurs » ? Les jeunes à la recherche de sens dans leur métier ? Contrairement à ce que pensent certains, les jeunes ne seraient pas si engagés : « Je sens qu’ils aiment beaucoup l’argent. Ils vont dans les boîtes de conseil où ils sont mieux payés, chez Google, mais il n’y a pas toujours une problématique de sens. Il y a une forme d’activisme nerveux, mais il est précis, il y a un nombre de gens. Il ne faut pas exagérer, la France n’est pas comme ça, le grand public n’est pas comme ça », selon elle.

« C’est difficile d’avoir autant d’amour que j’ai pour la France »

Née en Espagne, la petite fille qui a immigré en France à l’âge de 6 ans pouvait difficilement se douter de la vie qui l’attendait. « Je le vis comme une chance. C’est difficile d’avoir autant d’amour que j’ai pour la France, en étant né en France » affirme-t-elle. « Ma mère disait ‘C’est bizarre, les Français ont l’air fatigués. En Espagne, on n’est pas fatigués’ ». La France manque de joie ? « C’est un pays gâté. Quand je suis arrivée, mon père me disait ‘Est-ce que tu te rends compte que la meilleure école est publique ?’ C’est un des marqueurs de la France sur lequel on doit se battre » d’après la femme d’affaires.

S’imposer en tant que femme dans un monde d’hommes

Mercedes Erra a eu l’occasion de constater, au long de sa carrière, à quel point il peut être difficile d’être une femme dans le milieu des affaires très masculin : « J’ai fait des interviews de femmes incroyables, elles pensaient qu’elles n’étaient pas grand-chose, le mari meurt, elles prennent l’entreprise, et c’est formidable, elles savent faire ». Comment l’expliquer ? « On n’a pas utilisé le mot ‘travail’ pour le travail des femmes, qui n’ont jamais cessé de travailler. Quand elles étaient agricultrices, elles faisaient du boulot à l’extérieur. Ensuite, elles faisaient du boulot à l’intérieur, elles se mettaient derrière les hommes qui mangeaient. Tout ça, ce n’est pas loin, je l’ai vu dans les campagnes françaises. Il faut que les hommes disparaissent pour que les femmes puissent montrer » ce dont elles sont capables. « Il faut des guerres pour que les femmes s’émancipent. La Première Guerre mondiale a permis aux femmes de se rendre compte que c’était une légende, le fait qu’elles ne savaient pas faire. Bien sûr qu’elles savent faire », affirme avec force Mercedes Erra.

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