Le ballet des trains sur les voies ferrées de la Gare du Nord, les immeubles modernes sortis de terre, Porte de la Chapelle, et une brochette d’élus de la gauche parisienne, rassemblés à « Plantation Paris », le décor est planté.
Assumer l’héritage tout en prenant ses distances avec Anne Hidalgo
C’est dans ce lieu dédié à l’agriculture urbaine, qu’Emmanuel Grégoire, candidat PS-Les Ecologistes-PCF-Place Publique-L’Après, a présenté son projet pour la mairie de Paris. « Un lieu qui symbolise la transfiguration de la Porte de Chapelle », avec ce projet urbain construit « sans que les habitants changent », salue l’ex-journaliste Audrey Pulvar, adjointe à la mairie en charge de l’alimentation durable et de l’agriculture, en guise d’introduction. Depuis quatre mandats de gauche, pas moins de 500 millions d’euros ont été injectés pour modifier la physionomie de ce quartier, dont la réputation pâtit de la présence de toxicomanes – on se souvient de la colline du crack.
« J’ai connu Emmanuel Grégoire en 2019. C’est quelqu’un qui gagne à être connu », lance Audrey Pulvar, rappelant maladroitement la lacune du candidat socialiste : son manque de notoriété. Pour celui qui a été le premier adjoint de la maire de Paris, avant que leur relation ne se dégrade, pas forcément facile de passer après Anne Hidalgo. Emmanuel Grégoire se retrouve à jouer l’équilibriste, en assumant l’héritage dont il est comptable, tout en prenant suffisamment ses distances.
« Est-ce qu’on a tout fait parfaitement ? Non »
« Nous sommes tous des héritiers, moi le premier, d’une histoire. C’est d’abord l’engagement de la gauche », avance celui qui a été « 10 ans adjoint d’Anne Hidalgo, 6 ans son premier adjoint ». Il n’en garde « que des souvenirs merveilleux », assure le député PS, qui salue son action faite de « radicalité » et de « courage ». Mais « est-ce qu’on a tout fait parfaitement ? Non », reconnaît-il. Promettant « de nouvelles têtes », il ajoute :
« J’assume une rupture de méthode avec Anne Hidalgo », soutient-il encore dans un entretien au Monde ce jeudi. Pour ce qui est de l’expression d’un soutien de la maire sortante, plus marqué que celui exprimé timidement dans Les Echos, il faudra attendre. « J’ai une relation personnelle avec elle, qui fait que je la laisse libre de ses expressions, au moment où elle veut le faire », dit-il pudiquement…
Emmanuel Grégoire est plus à l’aise pour dérouler son programme. Un programme qui ne vendra peut-être pas du rêve, mais ce n’est pas certainement pas le but : il s’inscrit en effet dans l’héritage de la gauche, avec un projet mêlant social, écologie et une ambition « pro business » assumée, le tout mâtiné d’une image de sérieux, pour celui que la candidate LFI, Sophia Chikirou, allume à la sulfateuse à longueur de déclarations. « Les Parisiens attendent que nous nous occupions de leur ville, avec rigueur, sérieux et attention », soutient le numéro 1 de la liste d’union de la gauche.
4000 places d’hébergement d’urgence
Il place en tête de ses priorités le logement, « la première des batailles ». Au menu : création de 60.000 logements sociaux pour revenus modestes, réquisition des logements vacants depuis plus de 5 ans, une « brigade de protection du logement », pour faire respecter l’encadrement des loyers. A noter qu’il vise aussi « l’encadrement des loyers commerciaux ».
Pour les sans-abris, « 4000 places d’hébergement d’urgence financées, et nous demanderons le remboursement par l’Etat » et « un plan zéro enfant à la rue, dès l’hiver 2026 ». « Un toit doit être un droit », lance-t-il.
Emmanuel Grégoire dénonce la façon « dont la police nationale est instrumentalisée » au « service d’une ministre de la République »
Des logements sociaux qu’il compte bien développer aussi dans le 7e arrondissement de Rachida Dati, où Emmanuel Grégoire et le sénateur communiste Ian Brossat ont vécu une drôle d’expérience, racontée par Le Canard Enchainé. Faisant du porte-à-porte dans un HLM, ils ont vu les policiers vite rappliquer, leur demandant de partir. « On a échappé à la garde à vue », sourit-il, avant de dénoncer « la façon dont la police nationale est instrumentalisée par le pouvoir politique », « au service d’une ministre de la République », en l’occurrence Rachida Dati, accuse le candidat socialiste.
Côté enfance et éducation, Emmanuel Gregoire promet « le goûter gratuit et de qualité pour les enfants », sans dire le coût d’une telle mesure, « 100% d’alimentation bio local dans les crèches » et cantines, « la contestation des fermetures de classe engagées par le gouvernement, qui sont inacceptables et qui s’annoncent énormes, y compris dans le cynisme de les dissimuler et de les annoncer après les municipales ».
Violences sexuelles dans le périscolaire : « Une omerta structurelle »
Après la série de scandales de violences sexuelles qui touche le périscolaire, comme le scolaire, à Paris, sujet qui devient un enjeu fort de campagne, le candidat promet « une refondation du périscolaire », avec « l’exigence de protéger nos enfants, partout, tout le temps ». Ces violences, « elles sont insupportables, elles sont partout », dénonce celui qui a révélé avoir été lui-même victime de violence sexuelle, en CM1, dans le cadre du périscolaire. Il pointe « une omerta structurelle ». Pour plus de précisions, le candidat va multiplier les rendez-vous thématiques jusqu’au premier tour, avec un point sur l’école le 11 février. Globalement, il ambitionne « d’adapter la ville » aux enfants. « La ville aux enfants sera une réalité », lance l’élu.
Toujours sur l’école, on lit dans le programme qu’il compte « ouvrir 50 nouvelles unités d’enseignements adaptée pour les enfants en situation de handicap et ouvrir des structures mixtes, établissement médicaux sociaux/écoles ordinaires ». Une attention au handicap exprimée par des questions posées, avant les journalistes professionnels, par des membres du Papotin, magazine réalisé par des personnes porteures de trouble du spectre de l’autisme.
« Transformation du périphérique en boulevard urbain »
Et l’écologie ? Elle est bien présente. Sous les yeux du chef de file des Ecologistes, David Beilliard, Emmanuel Gregoire défend « la transformation du périphérique en boulevard urbain » – « nous avons baissé considérablement la pollution » rappelle le candidat – et promet la poursuite de l’ouverture de la petite ceinture, 300 hectares de nouveaux parcs, de nouvelles aires de jeux pour enfants et globalement encore plus de végétalisation et de pistes cyclables. Dans le programme, on voit qu’il veut transformer l’avenue Philippe Auguste (11e) en parc public, illustration à l’appui. Sans oublier un nouveau site de baignade dans le port de l’Arsenal, à Bastille, et 25 km de promenade continue et végétalisée sur les berges de Seine.
Côté transport, son annonce forte est « le métro qui devra circuler toute la nuit ». Il propose aussi 15 lignes de bus express, avec leurs propres voies sécurisées. Si le « vélo est une révolution, il faudra le réguler ». Quitte à mettre des « sanctions », en cas d’incivilité, comme « le fait de griller les feux ».
« Les premières victimes de l’insécurité, ce sont les quartiers populaires »
Sur la sécurité, « les premières victimes de l’insécurité, ce sont les quartiers populaires », souligne le socialiste, « je n’ai pas de tabou sur le sujet », y compris sur la vidéosurveillance, « là où c’est utile ». Il entend recruter « 1.000 policiers municipaux supplémentaires ». Pour les femmes victimes de violence, il veut développer les « lieux refuge ».
S’il veut être maire de Paris, il pense aussi au Grand Paris. « Nous avons besoin d’un maire du Grand Paris, élu au suffrage universel » lance-t-il, une « idée » qu’il portera. « Les déchets, l’aménagement urbain doivent être traités à l’échelle métropolitaine », soutient Emmanuel Grégoire.
« La dette, évidemment, a augmenté, mais pour des choses utiles »
Et comment financer toutes ces mesures ? Sur cette question sensible, le candidat a voulu répondre aux attaques de la droite. « En 2025, nous dégageons 780 millions d’euros d’excédents budgétaires », a-t-il voulu recadrer. « La dette, évidemment, a augmenté, mais pour des choses utiles, comme plus de 130.000 logements sociaux » ou « 300 rues aux écoles ». Une dette qui est « passée de 1 à 9 milliards d’euros », assume-t-il. Mais « la durée de désendettement est de douze ans ». « L’investissement sera financé par l’autofinancement à 80% », rassure le député.
« Pour financer » ses promesses, il compte sur « des cessions d’actifs immobiliers non stratégiques », il va aussi « diminuer les frais de fonctionnement de la ville, faire des économies sur le train de vie », qu’il s’appliquera à lui-même, et sur « l’optimisation de la commande publique, avec 100 millions d’euros d’économies ». Précision utile : il n’y aura « pas d’augmentation de la taxe foncière ».
« Sarak Knafo a ringardisé Rachida Dati »
Il réserve bien sûr quelques piques à ses adversaires, pointant « la menace de l’extrême droite, à nos portes. Rachida Dati et Sarah Knafo sont les deux faces d’une même pièce », lance Emmanuel Grégoire, qui défend que « Paris est une ville monde, ouverte, féministe, anti-raciste ».
Après la conférence de presse, il estime même que « Sarak Knafo a ringardisé Rachida Dati », estimant que la candidate Reconquête est « plus claire et moderne dans sa com’. Elle a asséché l’opposition radicale » que voulait porter la candidate soutenue par LR. Il a aussi tout intérêt, d’un point de vue d’arithmétique électoral, à voir la candidate d’extrême droite mordre sur l’électorat de la ministre de la Culture.
David Belliard y va aussi de sa formule, assurant que l’union de la gauche se passe au mieux : « Nous, c’est le clan de l’amour. Eux, c’est le club des haines. Pierre-Yves Bournazel et Rachida Dati, ce sont deux visages du macronisme ». Présente au premier rang, Lucie Castets, qui soutient Emmanuel Grégoire, met cependant en garde. « On ne se repose pas sur nos acquis », assure l’ex-candidate de la gauche à Matignon, car « rien n’est fait » encore.