‘Peston’ TV show, Episode 18, London, UK – 07 Jun 2023
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Michel Barnier à Matignon : plusieurs fois ministre, négociateur du Brexit, retour sur 50 ans de vie politique

Fort de son expérience politique, Michel Barnier a été choisi par Emmanuel Macron afin de « constituer un gouvernement de rassemblement au service du pays » appelée de ses vœux après la dissolution de l’Assemblée nationale. Homme de droite, Michel Barnier aura la lourde tâche de composer des majorités au sein d’une Assemblée fracturée. Une mission pour laquelle sa longue expérience ministérielle pourra être un atout.
Henri Clavier

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50 ans après le début de sa carrière politique, Michel Barnier (LR) a été nommé, à 73 ans, Premier ministre par Emmanuel Macron. Celui qui voulait déjà créer la surprise en s’immisçant dans la primaire LR en 2021 pourrait être le profil idoine pour permettre au chef de l’Etat de clore le feuilleton des consultations. Alors qu’Emmanuel Macron teste, use et cherche un nom qui coche les cases, la plasticité de Michel Barnier pourrait se révéler idéale pour le poste. 

Elu dès 1973 en Savoie 

Âgé de 73 ans, le natif de La Tronche, en Isère, Michel Barnier commence sa carrière politique dès 1973 en devenant conseiller départemental de Savoie. Un département dans lequel il a aussi été élu député et sénateur à plusieurs reprises. Une fidélité à son territoire et à son parti – il n’a jamais quitté LR – dont il a fait une marque de fabrique. Un élément qu’il n’avait pas manqué de mettre en avant lors de la primaire LR en 2021, pour mieux se démarquer de ses concurrents Valérie Pécresse et Xavier Bertrand qui avaient, un temps, quitté LR. Fils d’un père entrepreneur et d’une mère militante dans des associations sociales, Michel Barnier s’engage rapidement en politique, marqué par Charles de Gaulle, inspiré par Jacques Chaban-Delmas. L’ascension est rapide, en 1978 il est le benjamin de l’Assemblée nationale. En 1981, le jeune député vote comme François Fillon ou Jacques Chirac contre la dépénalisation de l’homosexualité pour les mineurs de plus de 15 ans. Par ailleurs, il continue de jouer un rôle actif en Savoie, au Conseil général et participe à l’organisation des Jeux Olympiques d’Albertville en 1992. 

Figure montante du RPR, réputé plutôt centriste, le Savoyard rejoint l’équipe gouvernementale d’Édouard Balladur. Michel Barnier occupe successivement les postes de ministre de l’Environnement puis de ministre délégué aux Affaires européennes avant de faire les frais, en 1997, de la dissolution de l’Assemblée nationale. 

Une carrière relancée à Bruxelles 

Pour rebondir, Michel Barnier atterrit au Sénat où il passe deux ans avant de partir pour Bruxelles où il est nommé commissaire européen à la politique régionale. Une arrivée à Bruxelles qui confirme un tournant dans sa carrière politique. Désormais identifié pour sa maîtrise des sujets sensibles et techniques, Michel Barnier navigue habilement au sein de l’écosystème bruxellois. Au point qu’en 2004, Jacques Chirac le rappelle à Paris pour devenir Ministre des affaires étrangères et préparer le référendum sur le Traité établissant une Constitution pour l’Europe. L’échec du référendum coïncide logiquement avec la fin de ses fonctions au quai d’Orsay. Un échec qui correspond à une nouvelle période de disette pour le Savoyard, écarté par Jacques Chirac. Mais Michel Barnier est un habitué des retours en grâce, en 2007, Nicolas Sarkozy, fraîchement élu Président de la République le nomme ministre de l’agriculture et de la pêche. Il quitte finalement l’exécutif pour mener la campagne des européennes avec Rachida Dati, avant de décrocher le portefeuille de commissaire européen au Marché intérieur, l’un des portefeuilles les plus prestigieux. 

Néanmoins, en politique nationale, s’épanouir à Bruxelles revient à se faire oublier sur le plan interne. Du moins jusqu’à ce qu’il soit nommé négociateur en chef de l’Union européenne pour le Brexit. Un bras de fer qui dure pendant cinq ans et qu’il mène avec habileté lui permettant de se rappeler au bon souvenir de ses concitoyens. Fort de ce succès, le Savoyard veut jouer les troubles fêtes et s’immisce dans la primaire LR pour la présidentielle de 2022. Même si chez LR vouloir être candidat à la présidentielle n’a rien d’original, il réussit à se démarquer grâce à son expérience et sa stature européenne et internationale. Il est notamment le seul à avoir été quatre fois ministres et deux fois commissaire européen. 

« Patriote et européen » ? 

Malgré son CV, qui plaît à droite, une partie des cadres de LR le soupçonne d’être un « macroniste déçu » comme rapportait Le Monde en 2021. En 2017, Michel Barnier avait d’ailleurs été sondé pour prendre la tête du gouvernement. Au moment de la primaire LR, pour se relancer, Michel Barnier n’hésite pas à remiser son image de « gaulliste social » pour reprendre des propositions plébiscitées par l’extrême-droite. Celui qui lançait sa campagne en signant une tribune intitulée « Patriote et européen », estime qu’il est temps de « retrouver notre souveraineté juridique ». Et pour cela la méthode est simple bien que particulièrement surprenante pour un habitué des arcanes européennes. Michel Barnier propose alors un référendum et un moratoire sur l’immigration avant de plaider pour « ne plus être soumis aux arrêts de la CJUE [Cour de Justice de l’UE, ndlr] ou de la CEDH [Cour européenne des droits de l’homme] ». Une proposition sans précédents au sein de sa famille politique et qui pose, sans le dire, la question de la sortie de la France de l’Union européenne. Après le tollé suscité par cette reprise des idées historiques du Front national, Michel Barnier tente de préciser son idée et évoque alors un « bouclier constitutionnel » pour écarter certaines décisions, notamment sur l’immigration.

« Autorité, dialogue, confiance ». Malgré ce slogan qu’il met en avant durant la campagne, l’ancien négociateur du Brexit échoue à la troisième position lors des primaires LR, derrière Éric Ciotti et Valérie Pécresse. Après cet échec, Michel Barnier rentre dans le rang et fait bloc derrière la candidate de LR. « Nous venons de subir un échec, donc on sait très bien que l’on ne va pas gagner la majorité absolue de l’Assemblée nationale, mais on doit être une force d’équilibre qui participe à la respiration démocratique. Je pense qu’il n’est pas bon pour notre pays que l’on ait ce bloc central, et seulement des extrêmes », déclarait Michel Barnier sur Public Sénat en mai 2022 après l’élection présidentielle. « Des gens disent qu’il faut se rétrécir, revenir à ce qu’était le RPR, mais je pense que ce serait une erreur de ne pas faire revenir à cette synthèse, ce rassemblement entre des hommes et des femmes qui ont une vision plus nationale, plus souverainiste parfois et d’autres qui sont européens comme je le suis », ajoutait le Savoyard.

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