Michel Barnier veut prendre « le temps d’écouter tout le monde et de faire une synthèse »

Celui qui pourrait être le favori de la primaire LR était reçu par le groupe sénatorial de sa famille politique. L’ancien négociateur du Brexit a particulièrement insisté sur l’écoute dont il fera preuve et le respect des différentes sensibilités. Une façon de se projeter directement après le congrès.
Guillaume Jacquot

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Ce n’est pas son expérience la plus connue, mais Michel Barnier a brièvement été sénateur au cours de sa longue carrière politique. Ce 26 septembre, il était de retour dans cette assemblée qu’il a quitté en 1999. C’est le troisième candidat à la primaire des Républicains à s’adresser devant le groupe LR, après Xavier Bertrand et Philippe Juvin. Deux mois après l’annonce de sa candidature sur ses terres savoyardes, l’ex-négociateur du Brexit serait dans une dynamique montante, au point peut-être de créer la surprise début décembre. Selon un proche du candidat, le nombre de ses soutiens au Palais du Luxembourg a dépassé la barre des quarante. Au début du mois d’octobre, l’ancien négociateur du Brexit comptait trente sénateurs derrière lui. Pour rappel, l’effectif total du groupe est de 146, en incluant les parlementaires rattachés et apparentés, mais tous n’ont pas encore fait leur choix et certains préfèrent faire preuve de neutralité. « C’est une petite affaire qui ne marche pas trop mal », nous indiquait il y a quelques jours le sénateur Cédric Vial, l’un de ses conseillers politiques. « On a commencé un peu en retard, mais on sent le vent dans les voiles. » Interrogé par Public Sénat, l’ancien commissaire européen qui rêve de l’Élysée essaye de garder la tête froide. « Rien n’est joué jusqu’au moment de l’élection. Ce ne sont les sondages qui vont décider, ce ne sont pas les rumeurs, c’est un travail », insiste-t-il. Pas de grandes annonces, le candidat est venu exposer sa « vision » et présenter ses « grands axes stratégiques », sur les « questions majeures des Français, sur lesquelles le président de la République doit apporter des réponses ».

« Je n’ai pas la science infuse »

Son discours s’est appuyé sur cinq parties. La sécurité et le contrôle de l’immigration – il en était encore question ce matin dans son interview sur CNews – la construction d’une « stratégie d’influence française » sur le plan international, l’Europe, l’agriculture, ou encore l’environnement. Quelques thématiques bien choisies sur lesquelles il est à l’aise. Et qui reflètent pour beaucoup les dossiers qu’il a eus à gérer en tant que ministre. La totalité du programme est encore loin d’être arrêtée. « Pour le reste, je prendrai le temps d’écouter tout le monde et de faire une synthèse pour la présenter aux Français », annonce Michel Barnier. « Je n’ai pas la science infuse », confie le candidat qui relève des propositions intéressantes aussi bien chez les parlementaires que chez ses concurrents. « Les autres candidats ont de bonnes idées. Et le moment viendra où il faudra faire une synthèse de toutes ces bonnes idées », s’avance-t-il. L’ancien ministre se projette déjà dans la suite de la campagne présidentielle. « Il a affirmé sa volonté de respecter et d’associer tout le monde après le 4 décembre », confirme Stéphane Piednoir, l’un de ses soutiens dans le groupe. À deux semaines du premier débat télévisé entre les six candidats en lice, Michel Barnier entend ménager ses adversaires. « Car, au bout de la route, il y aura une seule équipe, un seul projet. Donc je veux préserver toutes les chances de cette unité. »

« Il faut qu’il mette plus de puissance dans ses propos », espère le sénateur Etienne Blanc

Une prestation réussie devant le groupe ? Le sénateur Etienne Blanc le pense. « J’ai trouvé qu’on a affaire à un candidat qui a la dimension d’un homme d’État, qu’il avait une réflexion à la hauteur d’un candidat à la présidence de la République. » Outre ses positions sur les positions internationales, le sénateur du Rhône a été séduit par sa « position courageuse » sur les sujets régaliens, notamment sur son idée d’une souveraineté juridique en matière migratoire vis-à-vis de l’Union européenne. Pour rappel, Etienne Blanc avait soutenu l’idée d’une candidature d’Éric Zemmour à la primaire LR, pour éviter une déperdition d’une partie de l’électorat LR. Si le sénateur est conquis sur le fond, il n’en est pas de même pour la forme, qui appelle à quelques améliorations selon lui. « Il faut qu’il soit plus offensif désormais, qu’il mette plus de puissance dans ses propos, qu’il ait la niaque », appelle-t-il. « Barnier mania » réelle ou non, plusieurs sénateurs jugent que le résultat du congrès sera pourtant très indécis. « Dans ma fédération, je suis incapable de dire qui va sortir », concède le sénateur des Pyrénées-Atlantiques Max Brisson, pour qui l’élection est « ouverte ». « Je pense qu’on ne sait pas du tout mesurer les choses », estime également Philippe Mouiller, l’un des orateurs désignés pour mener la campagne de Valérie Pécresse. « Une autre primaire [en 2016, ndlr] nous a montré qu’il fallait être prudent sur les sondages. » Verdict dans cinq semaines.

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