Mineurs: Belloubet ajoute la réforme de l’ordonnance de 1945 au menu du projet de loi Justice
La ministre de la Justice Nicole Belloubet a créé la surprise mercredi à l'Assemblée en annonçant sa volonté de réformer par...

Mineurs: Belloubet ajoute la réforme de l’ordonnance de 1945 au menu du projet de loi Justice

La ministre de la Justice Nicole Belloubet a créé la surprise mercredi à l'Assemblée en annonçant sa volonté de réformer par...
Public Sénat

Par Pierre ROCHICCIOLI

Temps de lecture :

4 min

Publié le

La ministre de la Justice Nicole Belloubet a créé la surprise mercredi à l'Assemblée en annonçant sa volonté de réformer par ordonnances la justice des mineurs, en passant par le projet de réforme judiciaire en cours d'examen.

"Le gouvernement sollicitera du Parlement, dans le cadre de la loi pour la réforme de la justice, une habilitation à réformer l'ordonnance de 1945 par la création d'un code de justice pénale des mineurs", a annoncé la garde des Sceaux dans l'hémicycle lors des questions au gouvernement, sous les applaudissements des députés LREM et MoDem.

"Ce travail sera mené en toute transparence avec vous au prochain semestre. Le gouvernement s'engage à ce que la loi de ratification (des ordonnances) soit l'occasion d'un débat parlementaire de fond. Cela est essentiel à nos yeux", a-t-elle précisé.

"Nous devons apporter des réponses claires et efficaces à la délinquance des mineurs, dans le respect des principes fondamentaux (...) Nous devons juger plus vite les mineurs, pour qu'ils prennent conscience, lorsqu'il y a lieu, de la gravité de leurs actes. Nous devons apporter une réponse plus prompte aux victimes, cela est essentiel. Nous devons aussi prendre des mesures adaptées à chaque profil de jeune délinquant, sans angélisme ni démagogie", a justifié la garde des Sceaux.

Plusieurs textes ont précisé en France les principes de la justice des mineurs à partir du XXe siècle, l'ordonnance du 2 février 1945 sur "l'enfance délinquante" étant la plus fréquemment citée.

Tous posent comme grands principes l'atténuation de la responsabilité en fonction de l'âge, la recherche de réponses éducatives et le recours à des juridictions spécialisées.

L'ordonnance de 1945, qui traite aussi de l'enfance en danger, a déjà connu une quarantaine de réformes, devenant au fil du temps un millefeuille difficilement lisible, et plusieurs ministres dont Christiane Taubira et Jean-Jacques Urvoas, sous la présidence de François Hollande, s'étaient engagés à la réformer sans y parvenir.

À la rentrée 2015, Christiane Taubira avait annoncé que le projet allait être examiné au Parlement au premier semestre 2016. Mais le texte était ensuite tombé aux oubliettes, le Premier ministre Manuel Valls n'y étant "pas favorable", selon les syndicats de magistrats.

- coup de poker -

Le projet de réforme de la justice, actuellement en débat à l'Assemblée, intègre déjà des mesures en direction des mineurs comme la création de vingt centres éducatifs fermés et l'expérimentation d'une nouvelle mesure d'accueil, mais rien ne concernait l'ordonnance de 1945 qui apparaît comme un totem délicat à réformer. La ministre doit déposer d'ici la fin de la semaine un nouvel amendement qui sera examiné par l'Assemblée.

Un rapport sénatorial a récemment prôné une réécriture de l'ordonnance de 1945 pour "renouer avec son esprit" en réaffirmant "la primauté de l'éducatif sur le répressif". Une mission d'information sur la justice des mineurs est en cours à l'Assemblée.

À la hussarde, la ministre de la Justice a inscrit à l'ordre du jour d'un texte en cours d'examen une réforme qui risquait de ne voir jamais le jour durant le quinquennat, faute de place dans un calendrier parlementaire surchargé.

Dans la soirée, lors du débat du projet de loi justice, le député LR Philippe Gosselin a manifesté son opposition à un "désaisissement complet du Parlement" sur cette question via une ordonnance: "J'avoue que j'ai du mal à comprendre cette logique qui consiste à saluer" de la mission d'information pour finalement "court-circuiter les conclusions à venir et les débats parlementaires sur un sujet qui me paraît important", a-t-il dénoncé.

"L'ordonnance pour laquelle nous demanderons habilitation prendra évidemment appui sur les travaux, déjà faits ou en cours par les parlementaires", a assuré la ministre.

Partager cet article

Dans la même thématique

Paris: Bruno Retailleau annonce candidature elections presidentielles 2027
6min

Politique

Référendum sur l’immigration, primauté du droit national : le projet de Bruno Retailleau est-il faisable ?

En annonçant sa candidature à la présidentielle, le patron des Républicains a promis de « renverser la table » en redonnant la parole aux Français par des référendums sur l’immigration et la justice ou encore en redonnant la primauté du droit national sur les normes internationales. Un programme qui nécessite de réviser la Constitution. Il y a quelques années, le sénateur de Vendée avait déposé une proposition de loi constitutionnelle en ce sens, avant de la retirer faute d'avoir pu réunir une majorité au Sénat.

Le

Présidentielle 2027 : chez LR, la tentation d’une primaire « plutôt ouverte » pour départager les candidats de la droite
7min

Politique

Présidentielle 2027 : chez LR, la tentation d’une primaire « plutôt ouverte » pour départager les candidats de la droite

La déclaration de candidature de Bruno Retailleau est loin de solder le problème complexe de la stratégie à adopter pour l’élection de 2027. Le groupe de travail sur le départage doit remettre ses travaux début mars. Plusieurs membres recommandent de ne pas se limiter à un processus de sélection trop resserré au seul parti LR.

Le

Mineurs: Belloubet ajoute la réforme de l’ordonnance de 1945 au menu du projet de loi Justice
3min

Politique

Bruno Retailleau candidat à l'Elysée : « Il a été le ministre de l’immigration et de l’insécurité, maintenant il fait le beau et il parade », raille Laurent Jacobelli (RN)

Sur un positionnement très conservateur, la candidature de Bruno Retailleau à l’Elysée pourrait ramener dans le giron des LR les électeurs tentés par l’extrême droite. Le RN Laurent Jacobelli, invité de la matinale de Public Sénat, veut rappeler que le Vendéen a fait alliance avec les macronistes. Il épingle également son bilan sécuritaire et migratoire en tant que ministre de l’Intérieur.

Le

France Drugging Trial
3min

Politique

Condamnation de Joël Guerriau : Gérard Larcher a promis à Sandrine Josso de développer les formations à la lutte contre les violences sexuelles auprès des sénateurs

15 jours après la condamnation de l’ex-sénateur Joël Guerriau à quatre ans de prison, dont 18 mois ferme, pour avoir drogué en 2023 la députée Sandrine Josso en vue de la violer, Gérard Larcher a reçu l’élue mercredi soir pendant une heure. Le président du Sénat s’est engagé à développer les formations à la lutte contre les violences sexuelles auprès des sénateurs.

Le