Mineurs migrants: Hollande appelle Londres à “prendre ses responsabilités”

Mineurs migrants: Hollande appelle Londres à “prendre ses responsabilités”

Quatre mois après le démantèlement de la "Jungle", François Hollande est à son tour monté au créneau en appelant mardi le Royaume...
Public Sénat

Par Claire GALLEN

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Quatre mois après le démantèlement de la "Jungle", François Hollande est à son tour monté au créneau en appelant mardi le Royaume-Uni à "prendre ses responsabilités" dans l'accueil des jeunes migrants, que les associations voient avec inquiétude revenir à Calais.

"La France prend sa part de l'effort européen. Elle attend aussi que ses partenaires fassent de même, surtout lorsqu'il s'agit de mineurs isolés", a affirmé le président de la République lors d'une conférence à Paris sur le sort des enfants vivant en zones de conflit.

"J'appelle le Royaume-Uni à prendre ses responsabilités s'agissant des adolescents aujourd'hui en France et qui ont de la famille outre-Manche", a-t-il poursuivi, soulignant: "Nous avons des accords avec ce pays ami et voisin, ils doivent être pleinement respectés".

La sortie a été fraîchement accueillie à Londres où un porte-parole de la Première ministre britannique Theresa May a souligné le "travail considérable" fait pour "accepter demandeurs d'asile et enfants vulnérables arrivant de France". "Ce travail se poursuit" et "je n'accepte pas la suggestion que nous ne travaillons pas assez", a-t-il ajouté.

Le contentieux n'est pas nouveau. En cause: quelque 2.000 migrants placés dans des centres pour mineurs (Caomi) en France après le démantèlement fin octobre de la "Jungle", l'immense bidonville où s'entassaient des migrants à Calais. La Grande-Bretagne s'était engagée à accueillir tous les enfants isolés ayant de la famille sur place et à étudier les dossiers des mineurs "vulnérables", en faisant jouer l'amendement Dubs, du nom du parlementaire travailliste l'ayant porté.

- 'Ils se cachent' -

Or, dans le dossier des mineurs "vulnérables", la Grande-Bretagne a récemment fait savoir qu'elle limiterait à 350 son quota. Une restriction qui a soulevé de vives critiques chez les défenseurs des réfugiés.

Fin décembre, environ 500 mineurs avaient pu rejoindre la Grande-Bretagne. En visite à Londres début février, le Premier ministre Bernard Cazeneuve avait demandé un réexamen des dossiers des mineurs contestant leur rejet. Le ministre de l'Intérieur Bruno Le Roux était aussi monté au créneau.

L'affaire n'est pas forcément close, le Home Office s'étant dit cette semaine prêt à rouvrir certains dossiers - en cas de nouvelles informations, et de liens familiaux.

Mais dans le Calaisis, les associations s'inquiètent des répercussions sur les mineurs toujours en attente.

"A partir du moment où la Grande-Bretagne a arrêté d'accueillir légalement les mineurs, les jeunes ont commencé à quitter les Caomi", assure François Guennoc de l'Auberge des migrants, qui chiffre à "une centaine" le nombre de jeunes présents à Calais.

Difficile en effet de détourner de leur rêve britannique ces adolescents arrivés seuls, d'autant que "certains doivent finir de payer leur voyage", explique l'associatif.

A Calais, "ils se cachent, ils marchent, ils essaient de passer" en Grande-Bretagne. Car "ça passe, suffisamment pour entretenir l'espoir", ajoute M. Guennoc.

- '12 ou 13 ans' -

"On a des petits de 12 ou 13 ans, très fragiles", même si la majorité sont plus âgés, estime Gaël Manzi d'Utopia56. Au total "300 jeunes" vivent près des côtes du nord de la France, selon l'associatif, qui constate beaucoup d'arrivées "du Soudan ou d'Erythrée".

Avec une problématique qui évolue. "Il y a eu beaucoup de jeunes revenant de Caomi au début, mais maintenant ce sont surtout des primo-arrivants", c'est-à-dire directement venus de leur pays d'origine, explique Gaël Manzi.

Un constat partagé par France terre d'asile: "On a au moins 70% de primo-arrivants", avec une majorité d'Erythréens, explique son directeur général Pierre Henry.

Dans le nord, l'association a triplé ses places d'accueil pour mineurs pour les porter "à 350" entre décembre et janvier.

Des jeunes qu'il va falloir convaincre d'abandonner le rêve britannique pour demander l'asile en France. "Le problème est toujours le même", soupire M. Henry: "Les Britanniques, en fermant une voie de migration légale, posent un problème énorme à la France."

Dans la même thématique

Operation Wuambushu a Mayotte : Demolition en cours d’un vaste bidonville – Operation Wuambushu in Mayotte: Ongoing demolition of a vast slum
8min

Politique

« Mayotte place nette » : « La première opération était de la communication et la deuxième sera de la communication », dénonce le sénateur Saïd Omar Oili

Le gouvernement a annoncé ce mardi 16 avril le lancement du dispositif « Mayotte place nette », un an après le maigre bilan de l’opération baptisée « Wuambushu ». Saïd Omar Oili, sénateur de Mayotte, regrette le manque de communication du gouvernement avec les élus du département et met en doute l’efficacité de ce « Wuambushu 2 ».

Le

Paris : Question time to the Prime Minister Gabriel Attal
6min

Politique

100 jours à Matignon : « La stratégie Attal n’a pas tenu toutes ses promesses », analyse Benjamin Morel

Le Premier ministre marquera jeudi le passage de ces cent premiers jours au poste de chef du gouvernement. Si Gabriel Attal devait donner un nouveau souffle au deuxième quinquennat d’Emmanuel Macron, sa stratégie n’est néanmoins pas payante car il « veut en faire trop sans s’investir fortement sur un sujet », selon Benjamin Morel, maître de conférences en droit public.

Le

ILLUSTRATION : Carte Electorale
4min

Politique

Elections européennes 2024 : comment se déroule le scrutin ?

Tous les citoyens des pays de l’Union Européenne ne votent pas au même moment. Du 6 au 9 juin, ils se rendront aux urnes pour élire 720 députés au Parlement européen. Public Sénat vous explique tout sur ce scrutin, essentiel pour l’avenir de l’Europe.

Le