Ministère de l’intérieur : « Darmanin, c’est un copié-collé de Sarkozy »
Le 24 juillet, lors d’un entretien donné au Figaro, le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin déclare : « Nous assistons à une crise de l’autorité, il faut stopper l’ensauvagement d’une partie de la société ». Très vite sur les réseaux sociaux, ce dernier se voit accuser de reprendre la sémantique de l’extrême droite et de vouloir imiter un certain Nicolas Sarkozy. Mais au-delà de la polémique, qu’est ce que cela nous dit de la stratégie gouvernementale sur l’insécurité ? La réponse dans l’émission de décryptage de la communication et des réseaux sociaux Hashtag.

Ministère de l’intérieur : « Darmanin, c’est un copié-collé de Sarkozy »

Le 24 juillet, lors d’un entretien donné au Figaro, le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin déclare : « Nous assistons à une crise de l’autorité, il faut stopper l’ensauvagement d’une partie de la société ». Très vite sur les réseaux sociaux, ce dernier se voit accuser de reprendre la sémantique de l’extrême droite et de vouloir imiter un certain Nicolas Sarkozy. Mais au-delà de la polémique, qu’est ce que cela nous dit de la stratégie gouvernementale sur l’insécurité ? La réponse dans l’émission de décryptage de la communication et des réseaux sociaux Hashtag.
Public Sénat

Par Quentin Poirier

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

« J’ai tué le métier », cette phrase prononcée par Nicolas Sarkozy à l’époque où il était ministre de l’Intérieur, rappelle à quel point ce dernier a marqué la fonction. C’est ce que rappelle Éric Schahl, ancien directeur adjoint de la campagne de Nicolas Sarkozy pour les primaires en 2016. Interrogé par Hélène Risser sur le plateau de Hashtag, il souligne que « les ministres de l’Intérieur qui se sont succédé ont rarement échappé à la comparaison avec Nicolas Sarkozy ».

Alors, qu’en est-il pour le ministre Gérald Darmanin qui vient de prendre ses fonctions ?
« Premièrement il veut ressusciter le métier » analyse Éric Schahl. « Il se dit : on vient d’avoir Castaner, on vient d’avoir des ministres de l’Intérieur qui n’ont pas forcément été marquants dans leurs fonctions. Alors, il veut copier/coller le Nicolas Sarkozy de 2002 ». Quand Gérald Darmanin multiplie les déplacements sur le terrain, il est donc dans l’imitation de son mentor.


N’est pas Nicolas Sarkozy qui veut

Mais si par son usage du mot « ensauvagement », Gérald Darmanin a pu être comparé à Nicolas Sarkozy, qui en son temps avait fait polémique pour son utilisation du mot « racaille » ou « Kärcher », pour Éric Schahl la comparaison n’a pas lieu d’être. « Je crois que Gérald Darmanin utilise le mot « ensauvagement » parce qu’il le pense beaucoup plus modéré que d’autres mots. Il a le souvenir des polémiques suscitées par Nicolas Sarkozy. Et je crois qu’à ce moment-là, il fait l’effort de parler d’ensauvagement de la société pour ne pas stigmatiser ». 

Et comme il le rappelle, Gérald Darmanin emploie ce mot, quelques semaines après qu’Emmanuel Macron a utilisé le terme « d’incivilités » pour qualifier les faits divers de cet été.

Le ministre de l’Intérieur a donc employé un mot plus dur, sans viser une population précise pour ne pas se voir accuser de vouloir relancer le débat sur les violences en banlieue. À l’inverse d’un Nicolas Sarkozy, qui comme le souligne Éric Schahl « employait des mots forts parfois brutaux pour provoquer des débats ».
 

Macron à la recherche de l’électorat de droite avec le thème de l’insécurité ?

Le ministre de la Justice, Éric Dupond-Moretti a rejeté ce mot d’ensauvagement, qui pour lui développe le « sentiment d’insécurité ».   
Éric Schahl commente : « Gérald Darmanin avait vraiment l’impression d’utiliser un mot qui ne va pas trop loin et il est le premier à se rendre compte que finalement il appartient à une coalition gouvernementale qui est loin de penser comme lui »
En effet d’autres ministres comme Barbara Pompili, ministre de l’Écologie et Jean-Michel Blanquer, ministre de l’Éducation nationale ont émis des réserves sur le mot « ensauvagement ».

Le Premier ministre, Jean Castex dans une déclaration a été obligée de trancher : « La question, ce ne sont pas les mots que l’on emploie pour qualifier le phénomène, mais les actions […] donc fermez le ban, il n’y a aucune polémique ». Le chef du gouvernement enchaîne : « Le ministre de l’Intérieur et l’ensemble du gouvernement constatent effectivement qu’il y a une montée du « sentiment d’insécurité » et je peux vous dire la totale mobilisation du gouvernement pour y faire face ». Jean Castex termine donc sa déclaration en reprenant les mots d’Éric Dupond-Moretti et non ceux de Gérald Darmanin.

Pour Éric Schahl, cela est révélateur de la stratégie d’Emmanuel Macron sur les questions de sécurité : « Gérald Darmanin ne réutilisera plus de son propre fait ce mot-là. Il y a une forme de sanction de la part du gouvernement. Cela est allé trop loin, c’est quelque chose qui n’était pas audible pour l’aile gauche. Emmanuel Macron est toujours dans ce en même temps. Il a donc besoin de ne pas se couper de son aile gauche ».

Retrouvez l'intégralité de l'émission dimanche à 0h30 sur Public Sénat et en replay sur
https://www.publicsenat.fr/emission/hashtag-l-emission/ensauvagement-le-buzz-d-un-mot-clivant-184320

Partager cet article

Dans la même thématique

Dette publique : la piste d’une annulation partielle, défendue par Jean-Luc Mélenchon, se heurte à de nombreuses difficultés
7min

Politique

Dette publique : la piste d’une annulation partielle, défendue par Jean-Luc Mélenchon, se heurte à de nombreuses difficultés

Le candidat de la France insoumise à l’élection présidentielle remet dans le débat sa proposition d’effacement des 20 % de la dette publique logée dans la Banque de France. Une solution en apparence miracle, qui en réalité rencontrerait plusieurs difficultés. Risques inflationnistes, mise au ban de l’Europe, perte de confiance : des obstacles comme des dangers barrent la route.

Le

SIPA_01234434_000029
6min

Politique

Présidentielle 2027 : Philippe et Attal font de l’école un nouveau terrain de bataille, au risque d’éreinter le bilan Macron

À quelques jours de la rentrée scolaire, Édouard Philippe et Gabriel Attal font de l’éducation l’un des premiers terrains de la présidentielle de 2027. Les deux anciens Premiers ministres d’Emmanuel Macron partagent un constat : niveau scolaire insuffisant, recrutement difficile, rémunération trop faible des enseignants, problèmes d’autorité, mais divergent sur les réponses à apporter. Une bataille programmatique qui les oblige aussi à se confronter à leur propre bilan au sein de la majorité depuis la présidentielle de 2017.

Le

Montreuil: Les rencontres de Montreuil pour rassembler la gauche
4min

Politique

Primaire PS/Place publique : comment va-t-elle se passer ?

Le bloc social-démocrate s’organise pour trouver son candidat à la présidentielle. Le Parti socialiste et Place publique organisent une primaire destinée à leurs adhérents et sympathisants. Ses modalités ont été longuement débattues : la question du prix de la participation ainsi que l’engagement à ne pas s’allier avec LFI aux législatives ont agité les négociateurs. L’accord trouvé doit être validé par les organes décisionnels des deux partis ce mardi soir.

Le

Capture d’écran du documentaire « Montand est à nous » d’Yves Jeuland
5min

Politique

Les « docus de l’été » : Du communisme à l’Aveu de Costa-Gavras, la vie d’Yves Montand racontée par Yves Jeuland

Fasciné depuis son enfance par la vie d’Yves Montand, dans son film Montand est à nous, Yves Jeuland nous propose un voyage dans la vie de la star française. Une forme d’inventaire affectif du réalisateur pour celui qui fut tour à tour un chanteur et un comédien engagé aux côtés du parti communiste avant d’en dénoncer les errements, dans l’un de ses rôles les plus célèbres, dans le film de Costa Gavras l’Aveu. "Montand est à nous", un documentaire d’Yves Jeuland à voir cet été sur Public Sénat.

Le