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Ministres LR : à cinq mois des municipales, la droite divisée sur le cas de Rachida Dati

Le Bureau politique des Républicains doit se réunir prochainement pour statuer définitivement sur l’exclusion des LR qui ont accepté d’entrer au gouvernement. Si cette décision est confirmée, Rachida Dati, ministre de la Culture, pourrait perdre son investiture pour les élections municipales à Paris, ce qui, paradoxalement, priverait la droite de sa figure de proue dans la capitale.
Romain David

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Ils sont six. Six LR à avoir défié l’autorité de leur président, Bruno Retailleau, en acceptant de se maintenir ou d’entrer dans le nouveau gouvernement de Sébastien Lecornu. Dimanche soir, quelques minutes seulement après l’annonce de leur nomination, les foudres du Vendéen sont tombées via un communiqué de presse : « Le 10 octobre, le Bureau Politique des Républicains a voté contre la participation des LR au gouvernement. En conséquence, les membres LR qui ont accepté d’entrer au gouvernement ne peuvent plus se réclamer de LR ». Et d’ajouter que les ministres concernés « cessent immédiatement leurs fonctions » au sein des instances dirigeantes du parti, qui doivent se réunir « dans les tous prochains jours » pour statuer de manière définitive sur leur cas.

Sont ainsi concernés : le sénateur Philippe Tabarot, maintenu aux Transport, Annie Genevard, qui garde le portefeuille l’Agriculture, le député Vincent Jeanbrun, qui fait son entrée au gouvernement en tant que ministre de la Ville et du Logement, de même que Sébastien Martin, devenu ministre délégué chargé de l’Industrie et Nicolas Forissier au Commerce extérieur. Mais surtout : Rachida Dati conserve son poste à la Culture, qu’elle occupe désormais depuis le gouvernement Attal. Le cas de l’ancienne sarkozyste est d’autant plus embarrassant pour la droite qu’elle a été investie pour les municipales à Paris en 2026, dans un contexte ou le départ d’Anne Hidalgo et les divisions de la gauche ouvrent une fenêtre de tir pour la droite, dans l’opposition depuis près d’un quart de siècle.

« Avec l’exclusion, l’investiture tombe automatiquement »

« C’est tout le problème quand vous choisissez de vous ranger derrière un électron libre », soupire le sénateur LR Olivier Paccaud, qui reproche à Rachida Dati de « jouer un jeu très personnel dans des heures compliquées pour le parti ». « À partir du moment où une personnalité sollicite l’investiture du parti, elle doit respecter les mots d’ordre de ce même parti », estime l’élu. Ce lundi matin, David Lisnard, le maire de Cannes, indiquait au micro d’Europe 1/CNews « attendre des réactions fermes ». Le président de l’association des maires de France n’a pas hésité à verser dans le lexique révolutionnaire, qualifiant ses camarades entrés au gouvernement de « défroqués ».

Les militants doivent se prononcer dans les prochaines heures par un vote électronique sur la ligne arrêtée par les instances du parti, à savoir un soutien texte par texte au nouveau gouvernement. Avant un Bureau politique qui pourrait se tenir la semaine prochaine, et au cours duquel le sort des ministres LR sera probablement scellé, dans la mesure où le président du parti n’a pas le pouvoir de décider seul d’une exclusion. Le sénateur LR Max Brisson ne doute pas que le Bureau politique s’aligne sur le communiqué de Bruno Retailleau. « À cette heure, pour moi, il n’y a pas six ministres LR au sein du gouvernement, il n’y a plus de ministre LR du tout ! », tacle-t-il. Or, les statuts ne permettent pas de donner une investiture à une personne qui ne serait pas membre des Républicains. « De fait, avec l’exclusion, l’investiture tombe automatiquement », souligne Max Brisson. Cela reviendrait donc à rouvrir le dossier parisien, déjà l’objet de nombreuses tensions. D’autant qu’Annie Genevard, la présidente de la Commission nationale d’investiture (CNI), est elle aussi menacée d’exclusion. « Son vice-président, Roger Karoutchi, connaît la carte électorale comme sa poche. Il pourra très bien assurer l’intérim. La CNI peut continuer de tourner, personne ne verra la différence », raille Max Brisson.

« Elle horripile plus qu’elle ne plaît »

Au cœur de l’été, la question de l’investiture parisienne pour les municipales a bien failli tourner au psychodrame, Rachida Dati s’étant lancée dans un bras de fer avec Michel Barnier, afin de faire plier sa famille politique, avec laquelle les relations restent difficiles depuis son entrée au gouvernement il y a bientôt deux ans. Après avoir fait part à la dernière minute de son intérêt pour la législative partielle dans la 2e circonscription de Paris, pour laquelle l’ex-Premier ministre s’était porté candidat, la ministre de la Culture a accepté de soutenir le Savoyard contre l’investiture du parti pour les municipales dans la capitale, finalement obtenue à l’unanimité.

Un deal qui a valu quelques sueurs froides à Bruno Retailleau. À l’époque, la manœuvre avait largement décontenancé le Vendéen, fraîchement élu à la tête des Républicains et peu habitué à pratiquer l’ancienne garde des Sceaux. « Je lui ai dit : ‘Ne t’inquiète pas. Un jour elle veut ça, demain ce sera autre chose’ », nous avait raconté une figure du parti. « Rachida a peut-être quelques aficionados à Paris, c’est vrai, mais ailleurs elle horripile plus qu’elle ne plaît », résume Olivier Paccaud.

Il n’empêche, la volonté de Rachida Dati de se maintenir rue de Valois, alors que les municipales approchent à grands pas, interroge en interne. « Elle avait là une belle occasion de sortir par le haut et de se concerter sur la campagne », juge Max Brisson. Pour Olivier Pacaud, Rachida Dati espère profiter à plein de l’exposition que lui offre la rue de Valois, un poste très parisien, « mais une campagne électorale dans la capitale nécessite un investissement à 100 %, d’autant plus que nous sommes dans l’opposition. Renoncer à un poste ministériel pour faire campagne aurait été un beau signal envoyé aux électeurs ».

« Rachida Dati est la seule, aujourd’hui à droite, qui peut nous faire gagner »

La sénatrice LR de Paris Catherine Dumas, membre du groupe d’opposition « Union Capitale » au Conseil de Paris, entend bien plaider auprès de Bruno Retailleau la cause de la ministre avec qui elle a longtemps travaillé. « Bien évidemment qu’il ne faut pas remettre en cause cette investiture. Après 25 ans d’opposition, notre électorat parisien n’accepterait pas que l’on se divise », alerte-t-elle. « L’investiture a été donnée à Rachida Dati avec la condition qu’elle conduise une liste d’alternance, certes majoritairement composée de LR, mais qui soit aussi la plus large possible. Elle est la seule, aujourd’hui à droite, qui peut nous faire gagner. Je ne souhaite ni son exclusion, ni qu’on lui retire l’investiture. »

Il serait difficilement compréhensible de voir l’ensemble des LR devenus ministres sanctionnés, à l’exclusion de Rachida Dati. Mais selon une information du Parisien, le parti pourrait contourner cette difficulté en décorrélant purement et simplement l’exclusion et la campagne des municipales. « Cette mesure disciplinaire n’a rien à voir avec les investitures aux municipales », indique l’entourage de Bruno Retailleau au quotidien francilien.

Cette option, évoquée ce lundi par plusieurs responsables LR interrogés par Public Sénat, consisterait à accorder un soutien sans investiture officielle, comme c’est déjà le cas pour l’ex-patron de l’OL Jean-Michel Aulas, à Lyon. Mais la nuance semble difficilement lisible, sans compter le coup de canif à l’autorité de Bruno Retailleau. « Il ne faut pas oublier que ce gouvernement aura certainement la durée de vie d’un papillon, et d’ici les municipales beaucoup de choses peuvent encore se passer. Mais enfin, tout ne peut pas s’effacer comme ça, et les cicatrices qui s’accumulent, ça commence à faire beaucoup », soupire Max Brisson.

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