Mobilités : le Sénat veut lutter contre les « gares fantômes »
Les sénateurs ont amendé le projet de loi d’orientation des mobilités en permettant aux maires d’intervenir pour faciliter la transformation des gares laissées à l’abandon. Une façon de revitaliser ces bâtiments restés vacants.

Mobilités : le Sénat veut lutter contre les « gares fantômes »

Les sénateurs ont amendé le projet de loi d’orientation des mobilités en permettant aux maires d’intervenir pour faciliter la transformation des gares laissées à l’abandon. Une façon de revitaliser ces bâtiments restés vacants.
Public Sénat

Temps de lecture :

5 min

Publié le

Mis à jour le

Quiconque a déjà voyagé avec un train régional dans le pays aura pu constater que beaucoup de gares ne sont plus que des bâtiments fermés, réduites à des quais d’embarquement. Parfois même sans aucune borne pour acheter un billet. Ce jeudi soir en séance, le Sénat a très largement adopté un amendement au projet de loi d'orientation des mobilités (LOM), visant à favoriser la reconversion d’une gare, en cas de fermeture du bâtiment. L’idée n’est pas forcément de reproduire l’exemple célèbre de la gare d’Orsay reconvertie en musée, mais de conserver de la vie dans les halls le long des voies ferroviaires encore en activité.

Déposé par les sénateurs (LR) Michel Raison (Haute-Saône) et Cédric Perrin (Territoire de Belfort), il était cosigné par plus de 80 sénateurs, issus des Républicains, de l’Union centriste et du groupe Les Indépendants. Lors de l’examen du nouveau pacte ferroviaire en juin 2018, un amendement avec la même visée, n’avait pas pu être adopté. La gauche avait aussi tenté à l’époque d’introduire des amendements pour renforcer le rôle des collectivités locales dans l’avenir des gares.

La SNCF devra répondre obligatoire sous trois mois aux élus locaux

« Il oblige les propriétaires des locaux restés vacants de répondre dans un délai de 3 mois à une proposition de convention de mise à disposition adressée par l’exécutif local, et dans un délai d’un mois à toute demande d’information complémentaire », a expliqué la sénatrice (LR) Laure Darcos, insistant sur le fait que certaines ne disposent même plus de salle d’attente.

Cet outil offert aux maires ou aux présidents d’intercommunalités pourrait, dans l’idée du Sénat, encourager le réaménagement de ces gares et faciliter, accélérer, l’implantation de nouveaux services aux habitants. Les sénateurs à l’origine de l’amendement ont surtout en tête l’exemple de la Suisse, où un commerçant installé dans une ancienne gare peut assurer la vente de billets de train.

En réalité, cette faculté existe déjà, la nouveauté réside dans l’introduction d’un délai à respecter. « Cet amendement traduit l’exaspération d’un certain nombre d’élus sur des projets précis, sur le délai de réponse – quand il existe – excessivement long […] Il n’est pas acceptable, quand des élus sont prêts à intervenir, qu’ils n’obtiennent pas de réponse », a approuvé le rapporteur Didier Mandelli (LR).

Avis défavorable du gouvernement

« Ce n’est pas un sujet juridique, c’est une question d’attention », a réagi la ministre des Transports Élisabeth Borne. « Je partage tout à fait l’objectif, je pense que pour autant mettre en place une procédure avec des délais, entrer dans des procédures de notification, ne me paraît pas la bonne voie ». Selon elle, les contrats conclus entre l’État et le gestionnaire des gares (introduit dans le Pacte ferroviaire de 2018) devraient comporter cet objectif de revitalisation des gares abandonnées. En cas de complexité juridique, les auteurs de l'amendement font confiance à l'ingéniosité des décrets d'application.

Mobilités : Le Sénat veut lutter contre les « gares fantômes »
13:59

Petites gares : les débats ce jeudi 21 mars 2019, au Sénat

L’ancienne directrice de la stratégie de la SNCF, estime que Gares & Connexions (la branche de la SNCF chargée de gérer ces espaces) « ne doit pas uniquement s’occuper des grandes gares ». C’est cette « gestion à deux vitesses » qui a d’ailleurs agacé plus d’un parlementaire dans l’hémicycle. « La SNCF a donné des exemples admirables de reconversion des gares, mais assez curieusement dans les endroits où le foncier est le plus cher », a souligné Gérard Longuet (LR).

Son voisin lorrain, Olivier Jacquin (PS) s’est lui, ému de l’exemple de la gare de Pagy-sur-Moselle, 4e gare de Meurthe-et-Moselle en termes de trafic (300.000 voyageurs annuels) « De manière assez brutale, la SNCF, qui a officiellement concerté, en lien avec la région, ferme le guichet, ferme le hall de gare dans des délais de prévenance des élus tout à fait insatisfaisants ! »

S’inspirer de la Poste ?

La ministre n’a pas donné tort aux sénateurs. « Je pense que la SNCF a de gros progrès à faire dans ses relations avec les collectivités », a admis Élisabeth Borne.

Olivier Jacquin est convaincu que dans ce type de lieu, on pourrait s’inspirer des solutions apportées aux fermetures de bureaux de Poste. « On peut imaginer des reconversions qui assurent toujours les services ferroviaires associés à d’autres services, ce qui a été fait dans le domaine postal est relativement intéressant sur le type de partenariat qu’on pourrait monter ».

La question du devenir des gares avait d’ailleurs fait l’objet d’un colloque organisé au Sénat le 11 février dernier, autour de parlementaires, d’élus locaux et de responsables de la SNCF. Fin 2017, SNCF Gares et connexions expliquait qu’elle allait investir 1,2 milliard d’euros pour rénover les gares. Une somme qui est loin d’être mince. Mais doit être partagée entre 3.000 gares, au sein desquelles les plus importantes concentrent évidemment les plus lourds investissements.

Partager cet article

Dans la même thématique

France Vivendi Bollore
5min

Politique

Tribune anti-Bolloré :  Maxime Saada, patron de Canal + nie toute « liste noire »

Même si le président du directoire de Canal+ réfute toute « liste noir », il affirme que le groupe tiendra désormais compte de « la considération portée à Canal+ » dans ses choix de financement. Des propos qui ravivent les tensions avec une partie du monde du cinéma, mobilisée contre l’influence de Vincent Bolloré.

Le

Cour d appel et d ‘assises de Lyon
6min

Politique

Le procès « French Bukkake » aux assises : « Le but est de reconnaître toute la dimension criminelle de l’industrie pornographique », se félicite Laurence Rossignol

Le premier grand procès de l’industrie pornographique se tiendra finalement devant les assises et non devant une cour criminelle départementale. Une victoire pour la cinquantaine de victimes de la plateforme French Bukkake. La chambre d’instruction de la cour d’appel de Paris a retenu le caractère sexiste et raciste des viols, tout comme l’avait relevé le rapport de la mission d’information du Sénat sur les dérives de l’industrie pornographique remis en 2022.

Le

Ecole maternelle Volontaires, Violences dans le periscolaire, Paris
4min

Politique

Périscolaire : une liste noire de personnels ayant eu des « comportements inappropriés » est-elle faisable ?

Le projet de loi sur la protection de l’enfance présenté mercredi en Conseil des ministres vise notamment à apporter une réponse aux récentes affaires d’agressions sexuelles dans le périscolaire parisien. Le ministre de l’Éducation a annoncé la création d’une « liste noire » pour les personnels ayant des comportements problématiques sur des enfants, même s’ils n’ont pas été encore condamnés. Mais quelle forme légale peut prendre cette liste ?

Le

ILLUSTRATION CHALEUR
10min

Politique

« Disparue des radars », l’écologie fera-t-elle son retour pour la présidentielle de 2027 ?

Alors que la France subit une nouvelle canicule, les enjeux climatiques sont pourtant globalement moins prégnants dans l’opinion, les médias et chez les politiques. Entre les écologistes ou les socialistes qui entendent faire remonter le sujet en haut de la pile, ou certains LR qui veulent définir « une écologie de droite », l’environnement fera-t-il son grand retour en 2027 ? A voir.

Le