Montpellier: Jean-Luc Melenchon gestures at a rally
Credit : Alain ROBERT/SIPA/2602161437

Mort de Quentin Deranque : sous la menace d’un cordon sanitaire, LFI sommée de « clarifier » sa position vis-à-vis de la violence politique

10 jours après la mort du jeune militant d’extrême droite, Quentin Deranque, tué sous les coups de militants antifa, lors d’une bagarre de rue à Lyon, la pression ne faiblit pas sur les élus LFI. A droite, à l’extrême droite, mais aussi à gauche, les appels à la formation d’un cordon sanitaire autour de la formation de Jean-Luc Mélenchon, se multiplient. LFI est-il hors du champ républicain ? Une question loin d’être tranchée au Sénat.
Simon Barbarit

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Laurent Wauquiez avait déjà la France Insoumise dans son viseur en lançant l’année dernière une commission d’enquête sur les liens entre représentants de mouvements politiques et organisations propageant l’idéologie islamiste. La mise en examen de plusieurs anciens militants de La Jeune Garde, un mouvement antifasciste, dont deux collaborateurs parlementaires du député LFI Raphaël Arnault, dans l’enquête sur la mort du militant nationaliste, Quentin Deranque, ne fait que confirmer, pour le patron des députés LR, la nécessité « d’ostraciser » la formation de Jean-Luc Mélenchon. Dans les colonnes du JDD, Laurent Wauquiez formule de nouveau son appel à un cordon sanitaire autour de LFI qualifié « de toxique » pour la démocratie. « Ce que j’attends, c’est un appel solennel de la gauche à ne plus jamais s’allier avec La France Insoumise », a-t-il appelé.

Voilà un sujet de consensus avec son ancien rival à la présidence du parti. Sur CNews, la semaine dernière, Bruno Retailleau martelait que la formation de Jean-Luc Mélenchon « n’était pas un parti qui rentrait dans l’arc républicain ». Il demandait lui aussi « à la gauche morale » de « clarifier sa position » et de « ne pas s’allier avec LFI » aux municipales. Le président du RN, Jordan Bardella avait usé de la même rhétorique la semaine dernière.

Au PS, la question des alliances au second tour a été tranchée par le secrétaire général du parti Pierre Jouvet. Il a exclu tout accord national pour les municipales mais admis de « rares » rapprochements possibles si les candidats insoumis clarifient « leur position sur le rapport de leur mouvement à la violence politique ».

Le PS doit « couper toutes relations fonctionnelles et politiques avec La France Insoumise »

L’enjeu est de taille pour le Parti à la rose, car dans certaines villes, les listes d’union de la gauche pourraient avoir besoin des voix de l’électorat Insoumis pour l’emporter, comme à Toulouse, Marseille ou Amiens. Le cas de figure où une liste LFI arriverait en tête semble moins évident. « Lorsque les Insoumis arriveront en tête au premier tour, ils proposeront le rassemblement et ils créeront les conditions pour le rassemblement, notamment avec les autres listes de gauche », a néanmoins ouvert la porte, la présidente du groupe Insoumis à l’Assemblée, Mathilde Panot.

Dans de rare cas, comme à Chartres, les écologistes, les Insoumis, les socialistes et communistes se présentent unis dès le premier tour. A l’instar de l’eurodéputé Place Publique, Raphaël Glucksmann, ou de l’ancien Président, François Hollande, le patron des sénateurs PS, Patrick Kanner plaide pour que son parti « coupe toutes relations fonctionnelles et politiques avec La France Insoumise ». « Ces alliances locales représentent le contraire de ce que nous sommes. LFI, c’est le culte de la personnalité, l’absence de démocratie interne, la violence verbale, la légitimation de la violence politique… Et rappelez-vous, l’extrême gauche a toujours eu deux ennemis, les socio-démocrates et l’extrême droite », soutient-il.

Pour autant, le sénateur du Nord rejette l’injonction de la droite qui ferait mieux, selon lui, « de balayer devant sa porte et sortir de l’ambiguïté au sujet de l’union des droites ». Le rapprochement entre la droite et l’extrême droite sur des listes aux municipales se limite, pour le moment, à une portion congrue dès le premier tour.

« Le plus grand danger pour la démocratie, c’est incontestablement, Jean-Luc Mélenchon »

« L’union des droites, c’est un concept fumeux. Il n’y a jamais eu d’accord, contrairement à gauche avec le Nouveau Front Populaire. Ceux, à droite, qui ne voulaient pas d’étanchéité avec le RN sont déjà partis avec Éric Ciotti », rétorque Max Brisson. Le sénateur LR affirme que la droite à toute légitimité pour demander ce cordon sanitaire. « Pendant des décennies, la gauche nous a demandé d’être clairs vis-à-vis du FN. Moi je mets à égale distance l’extrême droite et l’extrême gauche », insiste-t-il.

« Le plus grand danger pour la démocratie, c’est incontestablement, Jean-Luc Mélenchon. Son parti utilise la violence à des fins politiques, pratique une sorte d’intolérance qui aboutit au totalitarisme », estime, pour sa part, le sénateur LR Etienne Blanc. L’élu du Rhône, qui a participé à la marche en hommage à Quentin Deranque était également présent à la cérémonie religieuse. « Le prêtre nous a demandé de prier pour l’âme de Quentin mais aussi pour celle de ses assassins. C’est du fascisme ça ? », insiste-t-il.

La préfecture du Rhône a toutefois annoncé qu’elle comptait saisir la justice au sujet de saluts nazis ainsi que d’insultes racistes et homophobes détectés à Lyon pendant l’hommage.

« A l’Assemblée nationale et au Sénat, on a rendu hommage à un néofasciste »

« Je suis effaré par cette séquence d’irresponsabilité politique que nous vivons. On assiste à une banalisation du fascisme, de propos des plus extrêmes. Les pouvoirs publics ont quand même autorisé l’organisation d’une manifestation dont on savait pertinemment qu’elle serait marquée par des propos racistes et homophobes. Et à l’Assemblée nationale et au Sénat, on a rendu hommage à un néofasciste », tance le président du groupe écologiste du Sénat, Guillaume Gontard.

Sur l’idée de placer La France Insoumise au ban de l’arc républicain, le sénateur de l’Isère rappelle que les élus de ce parti « n’ont pas été condamnés pour antisémitisme ». «  On peut aussi rappeler que le RN a un programme qui prône la préférence nationale et assume donc de ne pas être républicain. On peut ne pas être d’accord avec la manière dont LFI fait de la politique mais la ficelle est un peu grosse ».

Guillaume Gontard appelle la gauche à prendre de la « hauteur ». « La question n’est pas de savoir si on est pour ou contre LFI. La question, c’est celle de cette clarification de nos valeurs républicaines qui va au-delà la gauche et des écologistes. LFI assume son lien avec la Jeune Garde et les écologistes sont anti violents, mais de là à pointer La France Insoumise comme si c’était le mal absolu… Nous, écologistes, avons connu cette accusation et on pourrait la connaître de nouveau », rappelle-t-il en référence au néologisme controversé « d’écoterrorisme », un terme souvent utilisé par Gérald Darmanin lorsqu’il était ministre de l’Intérieur.

« En quoi le programme de LFI n’est-il pas républicain ? »

Le vice-président communiste du Sénat, Pierre Ouzoulias invite lui aussi à distinguer les programmes des comportements politiques. « En quoi le programme de LFI n’est-il pas républicain ? En revanche, le comportement politique de ses élus est au mieux ambigu sur l’antisémitisme. Et LFI assume un compagnonnage avec la Jeune Garde, un groupe antifasciste qui utilise les mêmes techniques que l’extrême droite et, de ce fait, la légitime. C’est une faute politique majeure. Il faut être extrêmement ferme avec les élus LFI qui ne peuvent pas dire qu’ils ne sont responsables de rien. En tant que parlementaire, on est responsable des activités de son collaborateur sur ses heures de travail. Que faisait le collaborateur de Raphaël Arnault à Lyon un jeudi après-midi alors que ce n’est pas sa circonscription ? »

En cas de liste commune à gauche pour les municipales, Pierre Ouzoulias demande lui aussi aux candidats LFI « un engagement de rejeter toute proximité avec des groupes violents ».

Ce lundi, le député insoumis Éric Coquerel a réaffirmé sur TF1 que son parti n’avait « aucun rapport avec la mort de ce jeune identitaire », que « ce qui se passe politiquement vise à affaiblir, voire éliminer […] la principale formation de gauche du pays ». Pour François Hollande, « c’est terminé » pour Jean-Luc Mélenchon qui, selon lui, se complaît dans « une forme de marginalité politique ». Laquelle de ces voix va l’emporter ? Début de réponse dans les urnes le 15 et 22 mars.

 

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