Depuis 48 heures, le mouvement antifasciste lyonnais, la Jeune Garde, fondé en 2018 par le député LFI Raphaël Arnault voit sa responsabilité pointée du doigt dans la mort du jeune militant identitaire, Quentin. Jeudi soir à Lyon, cet étudiant de 23 ans était selon le collectif identitaire d’extrême droite, Némésis, chargé d’assurer la sécurité de plusieurs de ses militantes, venues manifester contre une conférence de l’eurodéputée LFI, Rima Hassan, à Sciences Po, Lyon. Il a succombé à ses blessures samedi, après une bagarre de rue qui a eu lieu en marge de cette conférence, et dont les circonstances restent à déterminer. Le jeune homme a été jeté au sol et frappé par « au moins six individus » masqués et cagoulés, a indiqué lundi le procureur de Lyon, Thierry Dran, lors d’une conférence de presse. Alors que le gouvernement, la droite et l’extrême droite pointe du doigt « La Jeune Garde », le procureur a refusé d’en dire plus sur le profil des agresseurs. « Quand on aura interpellé les gens, on va vous en dire plus sur leur appartenance », a-t-il ajouté.
Dans un communiqué dimanche, la Jeune Garde a contesté toute responsabilité dans les « tragiques événements » survenus à Lyon, « ayant suspendu toutes ses activités » depuis sa dissolution.
« Une recherche de la violence pour empêcher l’autre de s’exprimer
« Au-delà de leur différence idéologique, les groupes fascistes et antifascistes adoptent une forme de mimétisme dans leurs pratiques qui consistent à s’affronter dans la rue. Chaque groupe est à la recherche de la violence pour empêcher l’autre de s’exprimer », souligne Sylvain Boulouque, historien et enseignant-chercheur à l’Université de Reims. Ce spécialiste des radicalités et des mouvements sociaux rappelle aussi le contexte lyonnais où se sont déroulées les échauffourées. Le site Rue89 Lyon a recensé entre 2010 et 2025, 102 « attaques, agressions et actes haineux de l’extrême droite radicale dans la capitale des Gaules. 70 % de ces actions sont restées sans réponse pénale ou policière.
« L’autodéfense populaire » face aux groupes d’ultra-droite
« Il y a une vieille implantation de l’extrême droite radicale à Lyon. Ces groupes tentent régulièrement d’empêcher la tenue de réunions politiques de gauche. C’est la raison pour laquelle, un groupe antifasciste comme la Jeune Garde prône l’autodéfense populaire. L’affrontement de jeudi a conduit au décès d’un militant identitaire, mais ça aurait pu être la mort d’un militant antifa. Ce type d’altercation peut aussi se passer dans une autre ville ».
Parmi les groupes violents d’extrême droite lyonnais, on peut citer les Remparts, le bar La Traboule, la salle de sport l’Agogée ou encore Bastion social, des groupuscules dissous depuis quelques mois ou quelques années. Le groupuscule royaliste, l’Action française a rendu hommage à Quentin Deranque qui a milité dans ses rangs. Chez les antifas lyonnais, le GALE (Groupe antifasciste Lyon et environs) a également été dissous mais, comme du côté de l’utra droite, ses anciens membres continuent de mener des actions violentes.
La Jeune Garde : « Une structure nationale, mais qui fonctionne de manière décentralisée »
Quant aux liens de la Jeune Garde avec LFI, ils sont assumés de part et d’autre. Le fondateur du groupe antifa, Raphaël Arnault siège sur les bancs de LFI à l’Assemblée nationale. Les cadres Insoumis ont participé à des réunions politiques avec la Jeune Garde. Au moment de la publication du décret de dissolution du mouvement, Jean-Luc Mélenchon avait qualifié la Jeune Garde comme « une organisation alliée et liée au mouvement insoumis ». Une proximité assumée qui vaut de nombreuses critiques à la France Insoumise accusée par l’extrême droite jusqu’à la macronie en passant par la droite, de promouvoir la violence politique. « A Strasbourg, la Jeune Garde est plutôt proche du NPA. Elle a une structure nationale, mais fonctionne de manière décentralisée », tempère Sylvain Boulouque.
La Jeune Garde est, en effet, constituée en réseaux indépendants présents dans plusieurs villes, dont Paris, Strasbourg, Lille ou encore Montpellier. Ils sont présents dans des « pré-cortèges » de manifestations, proposent parfois leur appui aux services d’ordre des syndicats, collent aussi des affiches, tractent. Ils apparaissent aussi sur les réseaux sociaux le visage masqué et les poings serrés, postent des images de leurs entraînements au combat.
Cette stratégie de visibilité lui a apporté une certaine notoriété. « Historiquement la Jeune Garde n’a pas été le collectif antifa le plus porté sur la violence sur Lyon, ils ont toujours préféré les événements respectables et médiatisables, à la confrontation directe avec l’extrême droite », explique à l’AFP un bon connaisseur de terrain de ces groupes.
En juin 2025, Bruno Retailleau, alors ministre de l’Intérieur avait annoncé la dissolution de la Jeune Garde et de celle du groupe d’extrême droite, Lyon Populaire. Le locataire de Beauvau avait reproché à ces « groupements de fait » de provoquer des « agissements violents contre les personnes » et des « provocations bien souvent suivies d’effets ». La Jeune Garde a fait un recours devant le Conseil d’Etat.
Pour conclure, Sylvain Boulouque rappelle que les affrontements de rues entre fascistes et antifascistes ne sont pas nouveaux et remontent aux années 1920 en Europe « et les morts se comptaient par plusieurs dizaines ». « Avec la renaissance du fascisme sous une forme groupusculaire au moment de la guerre d’Algérie, on a vu réapparaître ces violences entre skinheads d’un côté et redskins et mouvance autonome punk, ou des groupes comme les Scalps (Section carrément anti-Le Pen) dans les années 80. A partir des années 2010, la mouvance antifa a regroupé des gens plus ou moins radicaux dans des groupes locaux, comme l’Action antifasciste Paris-Banlieue (AFAPB) ».