Le nom de Jacques-Elie Favrot, l’assistant parlementaire du député LFI et fondateur de la Jeune Garde, Raphaël Arnault, circulait depuis plusieurs jours, soupçonné d’être impliqué dans la bagarre de rue qui a opposé, à Lyon jeudi dernier, antifas et militants d’extrême droite en marge d’une conférence de l’eurodéputée LFI, Rima Hassan, à Sciences Po Lyon. Une échauffourée qui a coûté la vie de Quentin Deranque, militant identitaire et nationaliste, décédé samedi d’un grave traumatisme crânien. Il assuraitla sécurité de militantes du collectif identitaire Némésis venue s’opposer à la conférence de Rima Hassan.
Jacques-Elie Favrot avait perdu lundi ses droits d’accès à l’Assemblée nationale bien qu’il ait démenti, par le biais de son avocat « être responsable du drame ». « Mon collaborateur Jacques-Elie Favrot a cessé toutes ses activités parlementaires. Dès hier avant d’apprendre son interpellation ce soir, nous avons engagé auprès des services de l’Assemblée les procédures pour mettre fin à son contrat. À l’enquête désormais de déterminer les responsabilités », a écrit Raphaël Arnault sur X.
Après avoir auditionné les témoins, exploité des vidéos et de la téléphonie, les enquêteurs étaient parvenus mardi matin à identifier une partie des suspects et ont procédé à cinq interpellations dans l’après-midi et quatre dans la soirée, selon le procureur de Lyon Thierry Dran.
Le magistrat a refusé d’en dire plus sur leur profil, mais une source proche du dossier a précisé à l’AFP qu’un assistant parlementaire de Raphaël Arnault, député LFI et fondateur du mouvement d’ultragauche La Jeune Garde, figurait parmi eux.
Une source a précisé que des interpellés étaient proches de la mouvance d’ultragauche.
« Déshonorés »
Le président du RN Jordan Bardella a immédiatement accusé le leader de LFI Jean-Luc Mélenchon d’avoir « ouvert les portes de l’Assemblée nationale à des meurtriers présumés » et d’avoir une « responsabilité morale et politique […] immense » dans le drame.
Mardi après-midi à l’Assemblée nationale, avant même l’annonce des arrestations, le Premier ministre Sébastien Lecornu avait demandé à la France insoumise de « faire le ménage » dans ses « rangs » lors d’une séance de questions au gouvernement particulièrement tendue.
« Nous n’acceptons pas les leçons que nous donne Monsieur le Premier ministre, qui visiblement a pété un câble », a rétorqué Jean-Luc Mélenchon lors d’une conférence devant des militants à Paris.
Les agresseurs de Quentin Deranque se sont « déshonorés » en frappant le jeune militant « d’une manière qui, de toute évidence, comporte le risque d’infliger la mort », a-t-il toutefois ajouté. « Dans la violence, qu’elle soit défensive ou offensive […], tous les coups ne sont pas permis ».
La cheffe des députés insoumis Mathilde Panot avait, elle, dénoncé dans l’enceinte du palais Bourbon ceux qui « instrumentalisent » la mort du militant nationaliste pour « salir » LFI.
Elle a aussi reproché à l’exécutif un « silence », notamment après la mort de l’ancien international de rugby argentin Federico Martin Aramburu, assassiné à Paris en 2022, alors que le principal accusé est un ancien du mouvement d’ultradroite Groupe Union Défense (GUD).
Applaudi par des députés des rangs macronistes jusqu’au Rassemblement national, Sébastien Lecornu a vertement répliqué : « Ce que vous venez de faire est absolument ignoble et abject ».
Alliée
Un échange électrique qui tranchait avec la minute de silence en hommage à Quentin Deranque, observée par tous les députés.« La Jeune Garde tue, et La France insoumise devrait le condamner », a pour sa part déclaré le ministre de la Justice Gérald Darmanin. La Jeune Garde, mouvement antifasciste fondé en 2018 à Lyon, a assuré ne pouvoir « être tenue pour responsable » de la mort de Quentin Deranque, « ayant suspendu toutes ses activités » car elle est visée par une procédure de dissolution.
Jean-Luc Mélenchon, a, par le passé, fait l’éloge de la Jeune Garde. En avril 2025, il avait salué le travail de cette « organisation alliée ». Le coordinateur national de LFI Manuel Bompard a argué mardi que ce soutien passé ne constituait pas un lien entre LFI et le drame. Si d’anciens membres de ce groupe d’ultragauche sont responsables de l’agression, « ils doivent être punis », a-t-il dit. La France insoumise n’a « aucun lien » avec cette agression, ni « aucune responsabilité politique », a-t-il martelé.
Le ministre de l’Enseignement supérieur, Philippe Baptiste, a annoncé sur BFMTV qu’il n’y aurait pas d’autres « meetings » dans les universités si un risque de trouble à l’ordre public est avéré.
Avec l’AFP