Mort de Quentin : « Un jeune perd la vie, quelles que soient ses idées politiques, c’est inacceptable » déclare le sénateur David Ros

La mort de Quentin Deranque, 23 ans, survenue samedi 14 février à Lyon, deux jours après une violente agression en marge d’une conférence de l’eurodéputée Rima Hassan à l’Institut d’études politiques de Lyon, a suscité une vive émotion et des réactions en cascade au sein de la classe politique. L’enquête pour « homicide volontaire », ouverte par le parquet de Lyon, se poursuit sans interpellation à ce stade. La question a notamment été évoquée lors des réunions hebdomadaires des groupes au Sénat.
Emma Bador-Fritche

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Une agression en marge d’une conférence. Selon le parquet, l’étudiant a été frappé jeudi par « au moins six individus ». Cinq d’entre eux ont été identifiés, d’après des sources policières citées par France Télévisions. Connus des services de police, certains seraient fichés S en raison de leur appartenance à la Jeune Garde, un collectif antifasciste dont la dissolution avait été annoncée en 2025 avant un recours devant le Conseil d’État. Le groupe identitaire Nemesis affirme, pour sa part, que le jeune homme, présenté comme militant nationaliste, appartenait au service d’ordre en marge de la conférence de l’eurodéputée insoumise Rima Hassan. La Jeune Garde, cofondée par le député de La France insoumise Raphaël Arnault, a assuré dimanche ne pas être « responsable » du décès. Dans ce contexte de fortes tensions, les députés observent mardi une minute de silence à l’Assemblée nationale, à la demande du président de l’Union des droites républicaines, Éric Ciotti, après consultation des présidents de groupes.

« C’est le temps de l’enquête, le temps du jugement, et ensuite viendra le temps politique »

À gauche, plusieurs responsables politiques ont insisté sur la gravité du drame tout en appelant à la retenue dans l’attente des conclusions de l’enquête. Le sénateur socialiste David Ros, interviewé par Public Sénat a dénoncé une « banalisation de la violence », estimant que « quand on a un jeune qui perd la vie, quelles que soient ses idées politiques, c’est inacceptable, intolérable ». Il a rappelé que « des coups peuvent tuer » et appelé à ce que les responsables soient « arrêtés et jugés en conséquence ». L’élu met également en garde contre toute récupération politique et appelle à laisser la justice suivre son cours. Se référant à une tribune de l’ancien premier ministre Dominique de Villepin, il souligne que « c’est le temps de l’enquête, le temps du jugement, et ensuite viendra le temps politique », invitant les responsables publics à ne pas « remettre de l’huile sur le feu ». S’il reconnaît l’existence de comportements violents dans certains mouvements d’ultragauche, le sénateur appelle à « éviter l’amalgame » et rappelle que la violence politique s’inscrit dans une histoire plus large des radicalités en France.

« Aujourd’hui, La France insoumise est en train de récolter ce qu’elle a semé. »

À droite, les réactions s’accompagnent de critiques plus directes visant certains responsables politiques et le climat dans les universités. Le sénateur Les Républicains Max Brisson évoque d’abord « la compassion » face à la mort d’un jeune homme, tout en se disant « très choqué » par certaines prises de position attribuées à des responsables d’Europe Écologie-Les Verts et de La France insoumise, accusés selon lui d’avoir mis en cause l’action des forces de l’ordre. Il appelle à ce que « la compassion l’emporte sur l’instrumentalisation », tout en estimant que certains responsables politiques « continuent à mettre de l’huile sur le feu ». L’élu a également dénoncé ce qu’il considère comme une dérive idéologique dans l’enseignement supérieur : « Aujourd’hui, La France insoumise est en train de récolter ce qu’elle a semé. Je le répète très fortement. Oui, l’université est un lieu de confrontation des idées. Non, l’université n’est pas le lieu de propagande politique au service d’une seule idéologie et qui plus est d’une idéologie qui ne camoufle même plus sa dimension totalitaire. »

Une enquête toujours en cours

L’enquête judiciaire se poursuit afin de déterminer précisément les circonstances de l’agression et d’identifier l’ensemble des auteurs présumés. Aucune arrestation n’a encore été annoncée. Au-delà du drame, les réactions politiques témoignent de clivages persistants entre appels à l’apaisement et dénonciation d’un climat idéologique jugé préoccupant, dans un contexte de polarisation accrue du débat public.

Le Premier ministre Sébastien Lecornu a lui aussi dénoncé mardi, lors des questions au gouvernement à l’Assemblée nationale, une « rhétorique de la confrontation » après l’agression mortelle. Répondant au président du groupe Les Républicains Laurent Wauquiez, il a appelé les responsables politiques à la responsabilité et insisté sur la nécessité de laisser « la vérité judiciaire s’établir », sans pression sur les enquêteurs ni sur l’autorité judiciaire.

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