Sciences Po Lyon
France, Lyon, 2024/10/07. Sciences Po Lyon. Education et etudiants.//DOUCELINROMAIN_DSC_6259/Credit:Romain Doucelin/SIPA/2411281616

Mort de Quentin : vers la fin des réunions politiques dans les universités ?

Après la mort du militant nationaliste, Quentin Deranque, le gouvernement a appelé les présidents d’universités à interdire les réunions politiques dans leurs établissements en cas de risque de trouble à l’ordre public. Un rappel du droit existant qui fait craindre une « neutralisation des campus ».
Simon Barbarit

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C’est lors d’une bagarre de rue avec des militants antifas, en marge d’une conférence de l’eurodéputée LFI, Rima Hassan, à Sciences Po Lyon, que Quentin Deranque, militant identitaire et nationaliste a perdu la vie ce week-end.

Un évènement qui est depuis largement commenté par le personnel politique. La France Insoumise qui n’a jamais caché ses liens avec le groupe antifa lyonnais, la Jeune Garde est pointée du doigt et accusée d’encourager la violence politique.

« Il n’y aura pas d’autres meetings de ce type-là dans les établissements », assuré, ce matin, sur BFMTV, le ministre de l’Enseignement supérieur, Philippe Baptiste.

« Ce n’était pas un meeting mais une conférence. Le débat démocratique ne peut pas dépendre du bon vouloir de groupuscules fascistes qui veulent brider la liberté d’expression et empêcher leurs opposants de s’exprimer », lui a répondu sur X, le coordinateur de la France Insoumise, Manuel Bompard.

« Que ce soit un colloque ou un meeting, ce n’est pas ça qui doit conduire à la violence »

Le ministre lui alors répondu sur le même réseau social qu’il ne s’agissait pas de « d’interdire la politique à l’université » mais de « lutter contre la violence politique qui se transforme en une violence physique ».

Pour ce faire, Philippe Baptiste a envoyé une circulaire cosignée par le ministre de l’Intérieur, Laurent Nunez, pour rappeler aux préfets et aux recteurs leur rôle dans l’accompagnement des présidents d’université pour décider ou non d’annuler des événements dans leurs établissements. Leur avis permet d’ « apprécier la gravité de la menace ou du risque de trouble à l’ordre public ».

Le document rappelle les critères, déjà existants, que doivent examiner les présidents d’université pour autoriser la mise à disposition de locaux pour des étudiants qui en font la demande, de concilier « les libertés académiques et les libertés d’expression » et le « maintien de l’ordre dans l’établissement et le bon fonctionnement du service public », en fonction du « contexte » et du « contenu de la réunion ».

« C’est toujours bien de rappeler les principes et de sensibiliser tout le monde. Toute organisation quelle qu’elle soit doit respecter l’ordre public. Ça me parait le minimum », note le sénateur du Rhône et ancien ministre François-Noël Buffet.

« Que ce soit un colloque ou un meeting, ce n’est pas ça qui doit conduire à la violence. La violence vient de ceux qui veulent empêcher la tenue d’un meeting ou le perturber. Cette violence a souvent lieu en périphérie des établissements. C’est pourquoi, les présidents des universités doivent se concerter avec les forces publiques pour que ça se passe bien », note le sénateur socialiste, David Ros qui met en garde. « Interdire par principe les réunions politiques serait une attaque vis-à-vis des universités ».

« Le risque maintenant, c’est que les présidents d’université ne prennent plus aucun risque »

Toutefois, même si le gouvernement ne fait que rappelé les règles en vigueur, au Sénat, on craint que la violence politique amène à restreindre les libertés. « Quand le ministre dit qu’il faut interdire les réunions politiques, ce n’est pas à lui de le dire. Il n’a pas d’autorité supérieure sur les présidents. Ce serait méconnaître le principe des franchises universitaires. Les campus sont des territoires placés sous la responsabilité des présidents des universités », souligne le sénateur communiste, Pierre Ouzoulias. « Le risque maintenant, c’est que les présidents d’université ne prennent plus aucun risque et interdisent tout et qu’on aboutisse à une forme de neutralisation des campus », ajoutent-ils.

Selon le Code de l’éducation dans son article L141-6, « le service public de l’enseignement supérieur est laïque et indépendant de toute emprise politique, économique, religieuse ou idéologique ; il tend à l’objectivité du savoir ; il respecte la diversité des opinions. Il doit garantir à l’enseignement et à la recherche leurs possibilités de libre développement scientifique, créateur et critique ».

« On va réduire une liberté d’expression parce que certains en ont abusé »

« On va réduire une liberté d’expression parce que certains en ont abusé. Mme Rima Hassan est venue faire de la provocation. Il y a eu beaucoup d’autres réunions qui n’étaient pas académiques, qui n’avaient pas pour but de confronter les points de vue mais pour faire de la politique politicienne, partisane, pour déployer un seul point de vue, unique et totalitaire. La confrontation des idées, ça veut dire que d’autres idées que celle de la France Insoumise peuvent être exprimées », dénonce le sénateur LR, Max Brisson.

François-Noël Buffet abonde. « A force on va finir par tout interdire et aller à l’encontre de ce qu’est la liberté. C’est une question de responsabilité collective et individuelle. Est-ce qu’au nom de la liberté, on a le droit de tenir des propos de haine, de pratiquer la violence, sans qu’il y ait de sanction ? »

Aux questions d’actualité à l’Assemblée du gouvernement Sébastien Lecornu a dénoncé ce mardi la « rhétorique de la confrontation ». Visant les élus LFI, il a appelé les responsables politiques à la « responsabilité ». « Ce qu’il se passe parfois dans cet hémicycle peut infuser dans l’ensemble de la société », a-t-il considéré.

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