Motion de censure :  c’est l’outil de « ceux qui veulent que la France s’affaiblisse », estime Marc Fesneau

Invité dans la matinale de Public Sénat, Marc Fesneau est revenu sur le non-vote de la motion de censure et appelle à la prudence. Cette première étape franchie par François Bayrou n’efface d’après lui pas la menace du « chaos. »
Louis Mollier-Sabet

Temps de lecture :

4 min

Publié le

« Cela ouvre la voie à ceux qui aspirent à un peu de stabilité dans le pays, mais on n’est pas au bout du chemin », avertit Marc Fesneau après le rejet de la motion de censure ce mercredi à l’Assemblée nationale et l’adoption de fait du projet de loi de finances 2025 au Palais Bourbon. D’abord, il reste le budget de la Sécu, mais plus fondamentalement, le président du groupe les Démocrates (MoDem) à l’Assemblée nationale rappelle que « l’on est dans un moment politique très éruptif, presque volcanique, où les choses peuvent tourner mal et retomber du côté du chaos à tout moment. »

« Ni ‘ouf’ de soulagement, ni triomphalisme »

Marc Fesneau met ainsi en cause ceux qui « jouent le chaos et la division » et qui, de fait, « affaiblissent la France » : « Le chaos, qui sert-il ? Ceux qui ont envie que la France s’affaiblisse, dans l’Europe et dans la confrontation mondiale. On peut se le dire tous les soirs en regardant ce qu’il se passe du côté des Etats-Unis. Quand vous n’avez pas de budget, vous êtes affaiblis, c’est un fait. » Dans ce contexte, avec l’adoption du budget, l’ancien ministre des Relations avec le Parlement, ne pousse « ni au ‘ouf’ de soulagement, ni au triomphalisme » : « On a franchi une étape, il faut maintenant franchir les autres. »

L’étape suivante, c’est la motion de censure spontanée déposée par les socialistes sur la question des « valeurs » et des mots de François Bayrou sur la « submersion migratoire. » Une décision que le député MoDem « comprend mal » : « Un certain nombre de gens veulent provoquer le chaos. Je ne crois que ça soit la volonté du PS, qui rassemble des gens qui savent ce que la responsabilité veut dire, mais dans la période qu’on traverse, une motion de censure ce n’est pas anodin, il faut être vigilant. Ce n’est pas comme quand on était en majorité absolue. »

Par ailleurs, sur la question de l’utilisation par le Premier ministre du terme de « submersion migratoire », ce proche de François Bayrou estime qu’il n’y a pas vraiment de sujet : « Le pays est malade de notre incapacité à mettre des mots sur les choses. Je sais quelle est la pensée de François Bayrou : lui faire un grief sur ces sujets-là est une chose assez originale. »

« Pas d’interdiction sans solution » sur les pesticides : « Si on n’a pas de solution sur le chlordécone, on le réintroduit ? »

L’ancien ministre de l’Agriculture est aussi revenu sur l’examen de la loi d’orientation agricole, qui a débuté au Sénat ce mercredi (voir notre article). Les sénateurs ont notamment inscrit le principe « pas d’interdiction sans solution » concernant les pesticides. Une mesure problématique à plusieurs égards, d’après Marc Fesneau. D’abord parce que l’interdiction des molécules se fait au niveau européen, et que c’est donc à ce niveau qu’il faut « se battre. »

Surtout, le principe même pose problème au président du groupe MoDem : « Imaginons que l’on découvre qu’une molécule est extrêmement dangereuse, ça peut arriver. On va dire, pas d’interdiction sans solution ? Si on n’a pas de solution sur le chlordécone, on le réintroduit ? Qu’on se dise qu’il faut d’abord chercher des solutions, bien sûr et de même il ne faut pas faire de surtransposition quand des molécules ne sont pas interdites dans d’autres pays européens qui ont d’aussi bonnes autorités sanitaires que nous. Il faut faire converger les normes au niveau européen. »

Partager cet article

Pour aller plus loin

Dans la même thématique

PARIS, Affaire Lyhanna, Manifestation interdite place Vendome.
6min

Politique

Affaire Lyhanna : que proposent les partis face aux « dysfonctionnements » de la justice ?

Les ratés judiciaires entourant le meurtre de la jeune Lyhanna n’en finissent plus de susciter l’indignation de tout le pays. Dès lors, la classe politique est amenée à se positionner. Alors que Sébastien Lecornu a présenté ses premières mesures, la gauche fustige le manque de moyens de la Justice et la droite épingle le laxisme des magistrats. Tour d’horizons des différentes propositions du gouvernement et des partis politiques.

Le

Des « menaces lourdes » d’ingérences numériques étrangères pèsent sur l’élection présidentielle, alerte Sébastien Lecornu
8min

Politique

Des « menaces lourdes » d’ingérences numériques étrangères pèsent sur l’élection présidentielle, alerte Sébastien Lecornu 

Après avoir rendu compte aux partis politiques des ingérences numériques étrangères durant les élections municipales, le Premier ministre a tiré le bilan des investigations et des moyens d’y répondre au cours d’une conférence de presse. Il commence à consulter les forces politiques en vue d’un projet de loi qui pourrait être débattu à l’automne.

Le

FRA – ASSEMBLEE – QUESTIONS AU GOUVERNEMENT
8min

Politique

Avec le retrait du plaider-coupable en matière criminel, « Gérald Darmanin fait de la politique sur le dos des victimes », regrette la rapporteure du texte au Sénat

Suite au rejet du projet de loi sur la justice criminelle et le respect des victimes en commission des lois de l’Assemblée nationale mercredi, Gérald Darmanin a annoncé le retrait complet du « plaider-coupable » criminel, l’un des dispositifs les plus polémiques de son texte. Une « déception » pour les rapporteurs du texte au Sénat.

Le

Le Sénat rejette le projet de loi de financement de la Sécurité sociale en nouvelle lecture
9min

Politique

Protection de l’enfance examinée au Sénat en octobre : « Le texte aurait mérité d’être inscrit avant », pointe la sénatrice centriste Dominique Vérien

Face à l’émoi suscité par l’affaire Lyhanna, le gouvernement va profiter de l’examen du texte sur la protection de l’enfance pour ajouter de nouvelles mesures. Le Sénat n’examinera pas le texte avant le 8 octobre. Trop tard, pour la centriste Dominique Vérien. La présidente de la commission des lois, Muriel Jourda, interroge surtout le recours à ce projet de loi. « Réagir par un texte sans lien avec l’affaire Lyhanna revient à faire de la loi un outil de communication », pointe la sénatrice LR.

Le