De Paris à Marseille en passant par Lyon, la bataille des municipales s’annonce serrée. À un mois du premier tour des élections municipales, prévu le 15 mars, la campagne s’intensifie dans les quelque 35 000 communes appelées à élire leur maire pour les six prochaines années. Si les enjeux varient selon les formations politiques, les partis traditionnels espèrent consolider leurs bastions, tandis que d’autres cherchent à renforcer leur implantation locale. Le Parti socialiste et Les Républicains visent le maintien ou la conquête de grandes villes, quand les écologistes et le camp présidentiel peu implanté tentent de préserver leurs positions acquises en 2020. Pour le Rassemblement national et La France insoumise, l’échéance constitue un test majeur pour asseoir leur ancrage territorial et peser davantage dans les équilibres institutionnels, notamment au Sénat. Tour d’horizon des principales villes où les rapports de force apparaissent les plus incertains.
Paris, une succession ou une alternance
Dans la capitale, le scrutin municipal pourrait accoucher d’un scénario inédit : une configuration à cinq candidats capables de se maintenir au second tour. Après deux mandats de Anne Hidalgo, qui ne se représente pas, son premier adjoint Emmanuel Grégoire part favori. Soutenu par une coalition de gauche rassemblant socialistes, écologistes, et communistes, mais privée de La France insoumise, il recueille environ 31 % des intentions de vote, devançant la candidate de droite Rachida Dati, créditée de 27 %. Derrière ce duel annoncé, la bataille pour le second tour reste ouverte. Pierre-Yves Bournazel (14%), représentant du bloc présidentiel, Sophia Chikirou (10%) pour La France insoumise et Sarah Knafo (14%) pour Reconquête pourraient provoquer une quinquangulaire décisive. Leur stratégie d’entre-deux tours sera déterminante : un report des voix du centre et de l’extrême droite pourrait permettre une alternance, tandis que le maintien de la candidate insoumise fragiliserait les réserves électorales du candidat socialiste.
Marseille, le RN aux portes de la deuxième ville de France ?
Dans la cité phocéenne, le scrutin s’annonce comme l’un des plus observés du pays. La confrontation entre le maire socialiste sortant Benoît Payan et le candidat du Rassemblement national Franck Allisio se profile comme un duel à très haut risque politique. Les deux hommes sont donnés au coude-à-coude, autour de 31 % des intentions de vote. Derrière eux, Martine Vassal, candidate de la droite et du camp présidentiel, pourrait jouer le rôle d’arbitre avec environ 20 %, tandis que le député insoumis Sébastien Delogu recueille près de 14 %. Tout dépendra des recompositions du second tour. Un retrait ou un rapprochement de la France insoumise renforcerait les chances du maire sortant. À l’inverse, une division persistante pourrait ouvrir la voie au RN.
Lyon, l’effet Aulas peut-il tout emporter ?
À Lyon, un homme domine largement la campagne et bouleverse les équilibres politiques locaux : Jean-Michel Aulas. L’ancien président de l’Olympique Lyonnais arrive nettement en tête des intentions de vote avec près de 44 %, loin devant le maire écologiste sortant Grégory Doucet, crédité d’environ 30 %. Soutenu par une large coalition allant du camp présidentiel à la droite, Aulas incarne une candidature de rupture face à l’expérience écologiste menée depuis 2020. Derrière ce duel, les autres candidatures apparaissent marginalisées : l’insoumise Anaïs Belouassa-Cherifi et le candidat soutenu par le RN Alexandre Dupalais plafonnent autour de 8 %.
Lille, l’héritage disputé d’un bastion socialiste
Après plus de sept décennies de domination socialiste, Lille s’apprête à tourner une page majeure avec le départ de Martine Aubry. Une transition politique historique qui ouvre un scrutin particulièrement incertain, marqué par une gauche divisée et une concurrence renforcée. Désigné héritier de la maire sortante, Arnaud Deslandes (PS) arrive en tête des intentions de vote avec 27 %, mais doit composer avec plusieurs candidatures concurrentes à gauche : Stéphane Baly pour les écologistes (19 %) et Lahouaria Addouche pour La France insoumise (16 %). Face à cette fragmentation, la députée Violette Spillebout (Renaissance) espère tirer profit de la dispersion du vote progressiste avec 18 % d’intentions de vote. À droite, Louis Delemer représente Les Républicains (9 %), tandis que l’eurodéputé Matthieu Valet porte les couleurs du Rassemblement national (16 %).
Bordeaux, l’ancrage écologiste sous pression
À Bordeaux, le maire écologiste sortant Pierre Hurmic joue gros. Élu en 2020 après avoir fait basculer la ville à gauche pour la première fois depuis 1947, il brigue un second mandat dans un contexte électoral incertain. Selon les enquêtes d’opinion, l’édile arrive en tête avec 32 % des intentions de vote, mais voit se rapprocher l’ancien ministre Thomas Cazenave, candidat du camp présidentiel soutenu par la droite, crédité de 26 %. Derrière ce duel, plusieurs candidatures pourraient peser sur l’issue du scrutin : Julie Rechagneux pour le Rassemblement national (13 %), Nordine Raymond pour La France insoumise (15 %) et l’économiste Philippe Dessertine, sans étiquette (12 %). La perspective d’une quadrangulaire au second tour rend les alliances décisives.
Perpignan, un bastion RN sous menace judiciaire
À Perpignan, le maire sortant Louis Aliot aborde le scrutin en position de force. Crédité de 43 à 44 % des intentions de vote au premier tour, l’élu RN domine largement une opposition éclatée entre gauche divisée et droite affaiblie. Mais cette avance pourrait être fragilisée par l’incertitude judiciaire : le procès des assistant parlementaires du FN s’est achevé le 12 février et une éventuelle condamnation pourrait le contraindre à quitter ses fonctions quelques mois seulement après l’élection. Face à lui, la gauche peine à s’unir. Agnès Langevine, tête de liste PS–Place publique, espère incarner l’alternative, tandis que Michaël Idrac, soutenu par La France insoumise et les écologistes, est crédité d’environ 17 %. À cela s’ajoutent la candidature dissidente du socialiste Mathias Blanc, soutenu localement par le PCF, et celle de Bruno Nougayrède, appuyé par la droite et les macronistes. Une union tardive pourrait toutefois rebattre les cartes mais, pour l’heure, Perpignan semble promise à la consolidation du pouvoir RN.
Strasbourg, du tournesol à la rose ?
À Strasbourg, la campagne municipale prend la forme d’un affrontement rare entre deux visions concurrentes du camp progressiste. L’ancienne maire socialiste Catherine Trautmann, déjà battue en 2020, revient dans l’arène et arrive en tête des intentions de vote avec 31 %. Elle devance la maire écologiste sortante Jeanne Barseghian, élue en 2020, créditée d’environ 22 % malgré le soutien d’une partie de la gauche. Dans ce contexte, le candidat de droite Jean-Philippe Vetter se positionne en troisième homme avec 19 %.
Toulon, un nouveau bastion du Rassemblement national ?
À Toulon, le Rassemblement national vise une nouvelle percée municipale. La députée Laure Lavalette, candidate sans étiquette mais soutenue par le RN, domine largement le premier tour avec 39 % des intentions de vote. Elle devance nettement la maire sortante Josée Massi, à la tête d’une liste de société civile créditée de 24 %. Le sénateur Michel Bonnus, soutenu par la droite traditionnelle et des figures de la majorité sortante, arrive troisième avec 15 %, tandis que la liste d’union de la gauche menée par Magali Brunel pourrait se maintenir au second tour avec 13 %. Malgré l’avance du RN au premier tour, l’issue finale reste incertaine.
Clermont-Ferrand, le socialiste en tête, mais une montée de l’extrême droite
À Clermont-Ferrand, le maire sortant Olivier Bianchi part avec une avance solide. Selon un sondage Ifop, il recueille 37 % des intentions de vote au premier tour, devant le candidat de droite et du centre Julien Bony, crédité de 27 %. Derrière ce duel, la compétition reste vive : la liste Rassemblement national et UDR conduite par Antoine Darbois obtiendrait 15 %, tandis que la France insoumise sous Marine Maximi atteint 14 %. Le paysage électoral tripolaire confirme que, même en tête, Bianchi devra rester attentif aux stratégies et reports de voix.
Toulouse, la droite en terrain paradoxal
À Toulouse, ville traditionnellement à gauche lors des scrutins nationaux, la majorité municipale reste ancrée à droite depuis 2014. Le maire sortant Jean-Luc Moudenc, ancien LR soutenu par Horizons, Renaissance, Modem, LR et UDI, conserve la tête de la course avec 34 % d’intentions de vote, selon Cluster 17. Derrière lui, François Briançon représente la gauche (hors LFI) et talonne le maire sortant (32%). La France insoumise, emmenée par François Piquemal, récolte 18,9 % et se place en troisième position.
Montpellier, un second mandat en vue
À Montpellier, le maire sortant Michaël Delafosse, socialiste, apparaît largement en tête pour un second mandat. Dans un champ de dix candidats, aucun adversaire ne semble capable de contester sa position. Les sondages le donnent à 38 % d’intentions de vote, loin devant Nathalie Oziol de La France insoumise, créditée de seulement 16 %. Les écologistes et LFI constituent les seuls rivaux significatifs, mais Delafosse bénéficie d’un socle électoral solide et d’une fragmentation de la gauche qui lui assure, pour l’instant, un avantage décisif. En face, le candidat du rassemblement national, Thierry Tsagalos atteint les 9%.
Nice, Pau, Le Havre…
La confrontation très attendue entre Christian Estrosi et Éric Ciotti concentre tous les regards à Nice. Le maire sortant, désormais membre d’Horizons et soutenu par le bloc central, affrontera l’ancien président des Républicains, aujourd’hui allié du Rassemblement national. Deux amis de longue date, liés depuis trente ans, se retrouvent désormais rivaux.
À Pau et au Havre, où les anciens ministres François Bayrou et Édouard Philippe sont candidats, les rapports de force restent difficiles à évaluer en l’absence de sondages récents. Leur notoriété, toutefois, promet de focaliser l’attention au niveau national.
Au Havre, ville qu’il dirige depuis 16 ans, Édouard Philippe se présente pour un nouveau mandat face à cinq listes concurrentes déterminées à le défier. Dans cette ville longtemps dirigée par le PCF, le communiste Jean-Paul Lecoq, 67 ans, conduit une liste de gauche unie, hors La France insoumise. Le Front populaire havrais rassemble au total sept courants politiques : PCF, Génération.s, PS, L’Après, Les Écologistes, Place Publique et L’Engagement. C’est face à Jean-Paul Lecoq qu’Édouard Philippe avait remporté le second tour des municipales de 2020, avec 58,8 % des voix contre 41,1 %.