La vague verte de 2020 menace de refluer. Dans les grandes villes pilotées par les écologistes depuis six ans, les maires sortants ont réussi à se maintenir au second tour dimanche, et dans la plupart des cas en tête du scrutin, mais souvent talonnés par leurs challengers. Cette situation devrait pousser à de nombreux rapprochements avec les autres listes de gauche dans les heures qui viennent, notamment La France insoumise, qui réalise une percée historique au premier tour de ces municipales. Au risque toutefois de perdre le soutien des socialistes, qui n’ont cessé de prendre leurs distances avec les mélenchonistes ces derniers mois, au terme de nombreuses tensions.
Invitée de franceinfo ce lundi matin, Marine Tondelier, la secrétaire nationale des Ecologistes, a ainsi déploré le positionnement des socialistes Benoît Payan à Marseille et Emmanuel Grégoire à Paris, qui excluent tous deux de s’allier avec LFI. Si l’ancien adjoint d’Anne Hidalgo dispose d’une avance confortable de plus de 12 points sur la candidate LR Rachida Dati, dans la cité phocéenne le maire sortant est au coude à coude (36,7 %) avec Franck Allisio, tête de liste RN (35,02 %), laissant planer le risque d’un séisme politique dans la deuxième ville de France. « Si tout le monde va au bout de ce qu’il dit […] et que ça ne marche pas, à la fin, ça a un coût pour les habitants de ces villes qui avaient besoin de politiques de gauche et écologistes », a-t-elle déploré.
Inversement, dans les villes écolos, les rapprochements semblent devoir s’opérer plus facilement.
Besançon, Grenoble, Poitiers et Bordeaux sur la sellette
Ainsi à Besançon, la maire écologiste sortante Anne Vignot (33,37 %), très en retard sur le candidat LR Ludovic Fagaut (40,13 %) a rapidement annoncé sur ICI Besançon une fusion de liste avec la candidate insoumise Séverine Véziès (10,9 %). Pour autant, rien n’est gagné dans la mesure où la droite, déjà très en avance, dispose encore d’un réservoir potentiel de voix avec les 8 % de la liste RN et les 5,67 % du Horizons Éric Delabrousse.
À Grenoble, première grande ville tombée dans l’escarcelle des verts en 2014, la situation est tout aussi délicate, et là encore pour partie entre les mains insoumises. Présentée comme la candidate de l’union de la gauche (hors LFI), Laurence Ruffin, la dauphine du maire sortant Éric Piolle, finit juste derrière l’ancien édile Alain Carignon, investi par LR, à 26,33 % contre 27,04 %. Le LFI Allan Brunon a recueilli 14,59 % des voix.
« La liste de Carignon a siphonné la droite, des macronistes à l’extrême droite. La gauche, elle, est répartie dans différentes de listes, mais les Grenoblois ont voté majoritairement pour notre bord politique, nous allons œuvrer dès ce soir à l’union », a promis Laurence Ruffin. Mais elle pourrait aussi avoir besoin de tendre la main à la quatrième liste de gauche qualifiée pour ce second tour, celle de Romain Gentil (10 %), soutenue par Place publique, le parti de Raphaël Glucksmann, qui est beaucoup plus réticente à une alliance avec les insoumis.
À Poitiers, six candidats se sont qualifiés hier soir, une configuration rarissime. La maire sortante Léonore Moncond’huy a indiqué sur ICI Poitou conduire des négociations avec les listes PS et LFI-PCF. Avec 26.41 % des suffrages, l’écologiste ne dispose que d’une très courte avance sur son concurrent divers centre, Anthony Brottier, à 23,90 %. Or, deux autres listes de gauche sont qualifiées pour le second tour : celle de l’insoumis Bertrand Geay (14,05 %) et du socialiste François Blanchard (11,48 %). Juste derrière arrive la liste RN (10,53 %) et une liste divers droite (10,24 %).
Situation délicate également pour le maire écologiste de Bordeaux Pierre Hurmic. Celui qui a ravi la capitale de la Nouvelle-Aquitaine à la droite en 2020 termine ce premier tour à 27,68 % des suffrages. Un score plutôt décevant, malgré le soutien du Parti socialiste (PS), des communistes, de Génération. s, de Nouvelle Donne et de Place publique. Surtout, l’édile ne parvient pas à creuser l’écart avec le député macroniste Thomas Cazenave (25,58 %).
D’autant que c’est une triangulaire qui s’annonce à Bordeaux, avec la qualification de l’économiste Philippe Dessertine (20,16 %), à la tête d’une liste divers centre. Si celui-ci a déjà évacué toute fusion de listes avec Thomas Cazenave, reste à savoir auquel de ces trois finalistes profitera la mécanique du vote utile, car ni le candidat LFI Nordine Raymond (9,36 %), ni la liste RN de Julie Rechagneux (7,02 %) ne sont en mesure de se maintenir. Pour sa part, Pierre Hurmic a repoussé un éventuel accord avec les insoumis : « La liste Bordeaux en confiance portera le rassemblement à gauche dimanche 22 mars, sans modification ni fusion », a-t-il fait savoir dans les colonnes du Monde.
Le casse-tête lyonnais
Dans la capitale des Gaules, la liste de Grégory Doucet a annoncé être rejointe par LFI ce lundi en fin d’après-midi. Le maire sortant a déjoué tous les pronostics dimanche soir en prenant la tête du premier tour (37,36 %), quand la plupart des sondages l’annonçaient largement distancé par Jean-Michel Aulas. L’ancien patron de l’OL, qui a rassemblé autour de lui une alliance LR, Horizons, Renaissance, Modem, et UDI, termine second, avec 36,78 % des suffrages. Saluée par sa famille politique, la « remontada » de l’écologiste n’est pas synonyme de victoire pour autant.
Comme dans de nombreuses villes, c’est LFI qui se classe sur la troisième marche du podium, avec les 10,41 % d’Anaïs Belouassa-Cherifi. La candidate avait aussitôt appelé Grégory Doucet à discuter d’un rapprochement, même si les soutiens socialistes et Place publique de l’édile ne voulaient pas d’une alliance avec les mélenchonistes.
D’autant qu’à Lyon les enjeux sont démultipliés, car les électeurs étaient également appelés à voter dimanche pour la Métropole, qui rassemble 58 communes pour 1,4 million d’habitants. Alliée à Jean-Michel Aulas, la LR Véronique Sarselli s’est imposée au premier tour de ce scrutin, en remportant 4 des 14 circonscriptions de la collectivité. L’écologiste sortant Bruno Bernard, à la tête d’une union de gauche (moins LFI) qui était donnée favorite, prend la main dans cinq circonscriptions, mais sans en remporter une seule à ce stade. Là encore, un rapprochement avec LFI pourrait redonner de l’oxygène aux verts.
Strasbourg, le sort des écolos entre les mains des insoumis
« Les choses restent extrêmement ouvertes », a voulu rassurer, sur ICI Alsace, la maire sortante Jeanne Barseghian. L’écologiste est en mauvaise posture à Strasbourg, en ballottage défavorable dans une possible quadrangulaire marquée par les déchirements de la gauche. Elle arrive en troisième position (19,72 %), derrière le LR Jean-Philippe Vetter (24,23 %) et la socialiste Catherine Trautmann qui, 25 ans après avoir quitté l’hôtel de ville, a de bonnes chances de récupérer son siège (25,93 %). L’insoumis Florian Kobryn récolte 12,03 % des voix.
« À Strasbourg, les Ecolos auront besoin de nous », a fait savoir Manuel Bompard, le coordinateur de La France insoumise. Selon Les dernières nouvelles d’Alsace, un point presse prévu en début de matinée au QG de Jeanne Barseghian a finalement été annulé, laissant penser que les tractations sont plus épineuses que prévu. Selon une information de France Inter, le ralliement des insoumis serait conditionné à celui des écologistes à Lille, où la candidature LFI a de bonne chance de ravir le beffroi socialiste.
Lille, les écologistes au barycentre de la guerre PS/LFI
À Lille, si les écologistes ne sont pas arrivés en tête du scrutin, les divisions de la gauche et la percée inattendue des insoumis les consacrent comme faiseurs de roi. Le maire socialiste sortant Arnaud Deslandes (26,26 %), héritier de Martine Aubry, se voit talonné par l’insoumise Lahouaria Addouche (23,36 %). La liste de l’écologiste Stéphane Baly, sur la troisième marche du podium avec un score non négligeable de 17,75 %, se voit donc courtisée de toute part. « Ils avaient deux équipes de négociation, une avec La France insoumise et une avec le Parti socialiste. C’est ce qui s’est passé toute la nuit et c’est ce qui va encore se passer », a fait savoir Marine Tondelier.
Mais à en croire un message posté par le nordiste Aurélien Le Coq sur X, la balance pencherait plutôt du côté de LFI. Le député insoumis annonce un accord « sur l’ensemble des points programmatiques ». « Nous proposons aux écologistes une parité complète des élus à Lille et Hellemmes. 50 % d’élus de la liste insoumise et 50 % d’élus de la liste écologiste », précise-t-il.
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