Dimanche des millions d’électeurs sont appelés aux urnes pour désigner leurs maires, avec des configurations particulièrement ouvertes dans les grandes métropoles. À Paris et Marseille, les triangulaires entretiennent le suspense, tandis qu’à Lyon, le duel entre l’écologiste sortant Grégory Doucet et l’homme d’affaires Jean-Michel Aulas cristallise l’affrontement. Mais au-delà de ces grandes affiches, c’est dans des dizaines de villes que tout peut encore basculer. Gauche unie ou divisée, droite en recomposition, poussée de l’extrême droite : les équilibres restent fragiles et les reports de voix décisifs. À l’approche du scrutin, tour d’horizon de ces villes où le second tour pourrait se jouer au millimètre.
Paris : la dynamique Dati peut-elle vraiment s’enclencher ?
Après vingt-cinq ans à gauche, l’hypothèse d’un basculement de la capitale n’est plus théorique. Arrivé nettement en tête au premier tour avec 37,98 % des voix, le socialiste Emmanuel Grégoire conserve une longueur d’avance. Mais son refus de s’allier avec La France insoumise ouvre une faille : en maintenant sa candidature, Sophia Chikirou entérine une division à gauche qui pourrait peser au moment décisif. En face, Rachida Dati tente de renverser le rapport de force. Distancée de plus de douze points au premier tour la candidate de droite joue désormais la carte du rassemblement. La fusion avec le candidat du centre, Pierre-Yves Bournazel et le retrait de la candidate Reconquête ! Sarah Knafo ont permis de clarifier son camp. Reste à transformer cette unité en dynamique électorale : tout l’enjeu sera de capter l’ensemble des voix anti-gauche pour espérer l’alternance.
Marseille : une ville au bord du basculement
Dans la cité phocéenne, chaque voix compte. Le premier tour a laissé un écart extrêmement serré entre le socialiste Benoît Payan (36,7 %) et le candidat du Rn, Franck Allisio (35,02 %), plaçant Marseille sur une ligne de crête. Le retrait de l’insoumis Sébastien Delogu relance la donne : la gauche se retrouve, de facto, rassemblée pour contrer l’extrême droite, même sans accord officiel. Mais la situation reste complexe. La présence de Martine Vassal, candidate LR, peut à la fois disperser les voix anti-RN ou limiter la dynamique de Franck Allisio. Dans cette triangulaire, aucune certitude ne prévaut. À Marseille, le second tour pourrait se jouer à quelques milliers de suffrages près.
Lyon : le match bleu contre vert
Dans la troisième ville de France, pas de triangulaire : un face-à-face. Le maire sortant écologistes, Grégory Doucet consolide son socle avec une fusion technique avec LFI. En face, Jean-Michel Aulas, l’ancien patron de l’OL incarne une alternative pro-business, soutenue par la droite et le centre. Deux visions irréconciliables de la ville s’affrontent. Mais le vrai match se joue aussi à la Métropole, où l’absence d’accord à gauche pourrait coûter cher aux écologistes. Lyon pourrait ainsi livrer un résultat paradoxal : une ville écologiste… au cœur d’une métropole qui bascule.
Toulouse : le pari risqué de l’union rouge-rose
C’est l’un des paris les plus audacieux du second tour. À Toulouse, le second tour repose sur un pari risqué pour la gauche. Jean-Luc Moudenc (divers droite), arrivé en tête avec 37,23 %, semblait solide. Mais face à lui, François Piquemal (LFI) et François Briançon (PS) ont choisi l’union, fusionnant leurs listes pour créer un bloc potentiellement capable de renverser la situation. Politiquement, l’équation reste fragile. Cette alliance LFI-PS, dépend entièrement de l’alchimie entre électorats différents et des reports de voix. Si la mobilisation suit et que l’union tient, Toulouse pourrait offrir une victoire majeure à la gauche, inversant la hiérarchie dans la ville rose.
Bordeaux : un duel qui pourrait sourire au camp présidentiel
À Bordeaux, le second tour se résume désormais à un face-à-face tendu entre le maire sortant écologiste Pierre Hurmic (27,68 %) et le député Renaissance Thomas Cazenave (25,58 %), après le retrait décisif de l’universitaire Philippe Dessertine (20,20 %). Ce retrait redessine complètement le paysage local et offre au candidat du centre une opportunité de victoire symbolique pour le camp présidentiel. Pierre Hurmic, édile depuis six ans, se retrouve en position délicate. Il a refusé toute alliance avec La France insoumise (9,36 %), tandis que d’autres listes de gauche éliminées, comme Nordine Raymond (LFI) et Philippe Poutou (NPA), représentent près de 18 % des voix. L’écologiste devra donc compter sur la mobilisation de ses électeurs et sur la possible incapacité de ses adversaires à se rapprocher pour rester compétitif. Thomas Cazenave, de son côté, tente de transformer l’élan du premier tour, favorable au centre-droit, en victoire concrète. Avec l’extrême droite cantonnée à moins de 9 %, le duel s’annonce serré mais offre un potentiel basculement dans ce bastion anciennement acquis aux écologistes.
Strasbourg : le laboratoire des alliances impossibles
Le second tour s’annonce comme un véritable casse-tête politique, dans la capitale alsacienne. La maire sortante écologiste, Jeanne Barseghian, est arrivée en troisième position au premier tour avec 19,72 % des voix, derrière l’ancienne maire socialiste Catherine Trautmann (25,93 %) et le républicain Jean-Philippe Vetter (24,23 %). La candidate du parti à la rose a surpris en s’alliant avec le centre et en excluant tout rapprochement avec les Écologistes ou La France insoumise, misant sur le vote modéré et les voix de Pierre Jakubowicz (Renaissance, 5,1 %) pour renforcer sa position. De son côté, l’écologiste a conclu une alliance avec l’insoumis Florian Kobryn (12 %), cherchant à consolider le socle de gauche dans cette triangulaire où les repères traditionnels sont brouillés. Entre ces deux blocs, le LR, Jean-Philippe Vetter tente de tirer profit du contexte éclaté pour capter des électeurs modérés et rééquilibrer les forces. Avec le RN cantonné à 7 %, Strasbourg se retrouve dans une configuration où aucune majorité ne se dégage naturellement. Le second tour pourrait basculer sur des détails et des reports de voix stratégiques, faisant de la capitale alsacienne un véritable laboratoire.
Nîmes : une élection dans les arènes
À Nîmes, le second tour s’annonce aussi serré qu’un combat de gladiateurs. Julien Sanchez (RN) est arrivé en tête avec 30,39 %, talonné de près par le communiste Vincent Bouget (30,05 %). Un écart minime qui laisse la course totalement ouverte. Mais la véritable surprise vient de la droite, initialement divisée, qui a fusionné ses listes : Franck Proust (19,55 %) et Julien Plantier (15,55 %), créant un troisième bloc capable de redistribuer les cartes. Trois forces solides s’affrontent donc, et aucune ne peut encore se dire victorieuse. Dans ces « arènes » politiques, chaque voix sera décisive. Les reports de l’électorat insoumis (4,46 %) pourraient basculer en faveur des communistes… ou maintenir l’équilibre en faveur du RN.
Nantes : la gauche unie, mais à quel prix ?
Le second tour se joue sur un fil, à Nantes. La maire sortante socialiste Johanna Rolland, arrivée en tête avec 35,24 %, voit le centriste et LR Foulques Chombart de Lauwe talonner son score avec 33,77 %. Dans ce bastion socialiste, la droite est plus proche que jamais d’inverser la tendance. Pour contrer cette dynamique, la maire sortante a conclu une alliance avec le candidat LFI William Aucant, arrivé troisième avec 11,2 % des voix. Mais ce rapprochement n’a pas été sans remous : le premier adjoint de la maire, Bassem Asseh, a annoncé son retrait de la liste, signe des tensions internes provoquées par cette union. Foulques Chombart de Lauwe a lui aussi tenté de s’élargir vers le centre, en sollicitant Mounir Belhamiti (8,12 %), sans parvenir à un accord. Leurs marges de manœuvre restent donc limitées, et l’issue du scrutin pourrait dépendre des alliances concrètes et de la mobilisation des électeurs.
Reims : union LR-RN
Dans la Cité des sacres, le premier tour semblait avoir installé le candidat Horizons, Arnaud Robinet en position de force. Avec 43,8 % des voix, le maire sortant apparaissait difficile à inquiéter. Mais entre les deux tours, une alliance inattendue est venue relancer la dynamique. La candidate du Rassemblement national, Anne-Sophie Frigout (21 %), a conclu un accord avec le dissident de droite Stéphane Lang (7,68 %), recomposant ainsi un bloc capable de peser davantage face au maire sortant. Cette union des droites inédite localement, vise à agréger un électorat de droite plus large et à combler une partie du retard. À Reims, une chose est sûre : le scénario du second tour est désormais bien plus ouvert que ne le laissait penser le premier.
Nice : la guerre fratricide Ciotti vs Estrosi
Dans la Cité des anges, le second tour prend des allures de duel fratricide. Éric Ciotti, soutenu par le Rassemblement national, est arrivé largement en tête avec 43,4 % des voix, distançant nettement le maire sortant Horizons, Christian Estrosi, relégué à 30,9 %. Derrière ces chiffres, c’est une fracture profonde de la droite qui s’exprime. La gauche, arrivée troisième avec 11,9 % des voix autour de Juliette Chesnel-Le Roux, a choisi de se maintenir, transformant le scrutin en triangulaire. Une configuration qui pourrait peser indirectement sur l’issue du vote, sans pour autant inverser seule la dynamique. Dans ce contexte tendu, tout dépendra de la capacité de Christian Estrosi à élargir son socle au-delà de son camp pour combler son retard. La ville la plus importante détenue par le parti Horizons est plus que jamais menacée.
Toulon : le RN peut-il se faire doubler sur le fil ?
À Toulon, le Rassemblement national a frappé fort au premier tour. Laure Lavalette est arrivée largement en tête avec 42,1 % des voix, reléguant la maire sortante Josée Massi à près de treize points derrière (29,6 %). Une avance nette, mais loin d’être décisive. Car entre les deux tours, la dynamique s’est inversée. Le sénateur LR Michel Bonnus, troisième avec 15,7 %, s’est retiré en appelant clairement à faire barrage au RN. Un choix qui pourrait entraîner un report de voix significatif en faveur de la maire sortante. Dans cette nouvelle configuration, le scrutin se transforme en duel serré. D’autant que les réserves de voix du RN apparaissent limitées, tandis que la gauche, éliminée, pèse encore plus de 12 % des suffrages. Longtemps considérée comme une prise accessible pour l’extrême droite, Toulon pourrait finalement lui échapper dans la dernière ligne droite.