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Municipales 2026 : comment expliquer la hausse de l’abstention dans les communes de moins de 1 000 habitants ?

Le scrutin municipal de 2026 est marqué par une abstention en hausse par rapport à 2014, environ 43% cette année contre 36,6% à l’époque. Ce phénomène est amplifié au niveau des communes de moins de 1 000 habitants : l’abstention a atteint 35,8% contre 24,7% en 2014. Décryptage de cette dynamique abstentionniste au niveau local avec Christelle Craplet (IPSOS-BVA) et notamment de l’impact de la réforme du scrutin pour les plus petites communes, désormais soumises à un scrutin paritaire de liste, sans panachage.
Chloé Vaquette

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En 2020, le taux d’abstention inédit (55 %) s’expliquait par un scrutin réalisé en pleine pandémie du Covid-19. Cette année, bien que l’abstention soit en baisse (43 %) par rapport à 2020, elle reste en nette hausse par rapport à la dernière année de référence, 2014 (36,6 %). Historiquement, les élections municipales mobilisent les citoyens des villes de moins de 1 000 habitants, selon la directrice opinion d’IPSOS-BVA Christelle Craplet. La sondeuse souligne un « lien avec le maire qui est plus prononcé […] avec une proximité qui engendre la mobilisation ».

La réforme du scrutin municipal des villes de moins de 1 000 habitants, promulguée en mai 2025, a profondément bouleversé la vie politique des communes rurales. Avec l’obligation de présenter des listes paritaires, dans lesquelles figurent donc autant de femmes que d’hommes, le principe de panachage a disparu. Ce dernier permettait aux électeurs de barrer un ou plusieurs noms d’une liste candidate pour les remplacer par d’autres. Christelle Craplet parle ici de la perte du « poids fort » de l’électeur dans le scrutin, souvent limité par une candidature unique.

Cette modification des modalités du scrutin a conduit à une large diminution du nombre de candidatures et surtout à une plus faible implication des électeurs ruraux, selon l’AMF. Ainsi, 23 750 communes en France, soit plus de deux tiers des communes du pays, ne comptaient qu’une liste candidate. Si l’issue du scrutin reste incertaine pour les grandes villes, les petites communes ont connu des campagnes électorales au suspense bien plus limité.

La réforme du scrutin qui semble avoir scellé le résultat des élections le 26 février dernier, jour limite de dépôt des candidatures en préfectures, a-t-elle démotivé les électeurs ruraux à se rendre aux urnes ?

Une hausse plus prononcée de l’abstention dans les communes rurales : « Il y a quelque chose qui s’est joué avec le mode de scrutin de façon très nette »

Les données statistiques et sondages mettent en cause la réforme dans la hausse de l’abstention à l’échelle nationale. Au micro de France Inter, le directeur général délégué d’Ipsos France Brice Teinturier explique que les grandes villes, dont l’issue du scrutin était incertaine au premier tour, connaissent un taux de participation plus élevé qu’en 2014. La participation en zone rurale est cependant moins forte, notamment dans des communes où le suspense électoral était faible.

Cette dynamique s’observe dans de nombreuses communes partout en France. Exemple avec la commune de Lathus-Saint-Rémy dans la Vienne. Lors des derniers scrutins de 2014 et 2020, la commune a connu des taux d’abstention entre 16 et 22 points en deçà de la moyenne nationale. Lors de ces scrutins, les électeurs lathusiens avaient départagé deux listes. Cette année, l’abstention a bondi à 41,24 %, bien plus proche de la moyenne nationale. Un tel désintérêt du scrutin pourrait ici s’expliquer par la liste unique présentée par le maire sortant, Antoine Selosse, et par l’impossibilité pour les électeurs de panacher. Dans cette commune, la réforme du scrutin aurait donc accentué l’abstention, alors la participation y était auparavant bien plus forte qu’à l’échelle nationale.

Notre partenaire Ipsos-BVA a sondé les motivations des abstentionnistes. A l’échelle nationale, 31 % des abstentionnistes interrogés affirment ne pas se rendre aux urnes notamment en raison de « résultats connus d’avance » dans leur commune et pour lesquels « [leur] vote ne changera rien ». Ce taux monte à 49 % chez les abstentionnistes issus de communes de moins de 1 000 habitants. Pour Christelle Craplet, ce taux démontre que « quelque chose s’est joué sur le mode de scrutin […] de façon très nette ».

Des élections sans suspense dans un contexte national de baisse de la participation

Alors que les chiffres du ministère de l’Intérieur démontrent une nette hausse de l’abstention au sein des communes de moins de 1 000 habitants, cette dynamique reste à nuancer à deux égards.

Au niveau national, l’abstention augmente de 7 points par rapport à 2014, passant de 36,6 % à près de 43 %. Dans les communes de moins de 1 000 habitants, l’abstention augmente de 11 points par rapport à 2014, passant de 24,7 % à 35,8 %. Christelle Craplet incite donc ici à « relativiser » l’impact de la réforme du scrutin, les petites communes votant toujours davantage que les grandes. Selon elle, la hausse inédite de l’abstention au sein des villes de moins de 1 000 habitants dimanche dernier s’inscrit dans une dynamique nationale : « Il y a une certaine érosion du civisme par le vote [qui s’inscrit notamment] dans une conjoncture internationale complexe qui diminue la médiatisation des élections municipales ». Pour l’association des Maires de France (AMF), « on assiste probablement au mélange d’une désaffection pour la politique et les élections […] et d’une évolution du mode de scrutin qui a pu pousser un certain nombre d’électeurs à bouder les urnes ».

L’AMF souligne également que « le taux de participation [des petites] communes ne s’est pas effondré de façon dramatique » et revient sur la hausse drastique des votes nuls et blancs au sein des communes de moins de 1 000 habitants. Certaines communes conservent ainsi des taux de participation élevés. C’est notamment le cas dans l’Ain, avec la commune d’Arandas. Sur les 127 électeurs que compte le village, seuls 29,13 % se sont abstenus, loin derrière les 43 % d’abstention au niveau national. En raison de son unique candidature, le maire sortant Lionel Manos a obtenu 100 % des suffrages exprimés. Dans le détail, seules 54,44 % des enveloppes glissées dans l’urne contenaient son bulletin, 38,89 % contenaient un vote nul et 6,67 % un vote blanc. Le vote dans la commune d’Arandas a donc mené à la réélection du maire sortant, mais a aussi permis l’expression d’un certain mécontentement de la part des électeurs arandassiens.

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