Municipales 2026 : Cyril Cibert, maire LGBT en ruralité : « Les gens attendent quelqu’un de disponible, de proche et qui agit »

Portraits de maires. Elu maire du village de Chenevelles (Vienne) en 2020, Cyril Cibert a organisé les premières marches des fiertés rurales en France. Un engagement important pour celui qui jongle entre la fonction de maire et de commercial dans une entreprise.
Stephane Duguet

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Des tracteurs aux couleurs arc-en-ciel, des chasseurs qui se prennent en photo avec des drag-queens ou encore un ancien président de la République invité d’honneur, voilà à quoi ressemblent les fiertés rurales organisées chaque année depuis 2022 à Chenevelles. Cet évènement est l’œuvre du maire Parti Radical de Gauche (PRG) de ce village de la Vienne, Cyril Cibert.

Elu en 2020 après s’être installé dans cette commune de 470 habitants, Cyril Cibert, lui-même homosexuel, a eu l’idée d’organiser une marche des fiertés à la campagne après une discussion avec un ami lors d’un apéritif. Cet évènement qui ambitionne de s’adresser à tous, au-delà de la communauté LGBT, a rassemblé 5000 personnes lors de la dernière édition à l’été 2025.

En regardant sur son téléphone les vidéos des dernières festivités, le maire se réjouit avec émotion de voir les habitants du village y participer avec enthousiasme année après année. « Organiser une Pride dans un village, je n’y avais jamais pensé, même dans mes rêves les plus fous », retrace Cyril Cibert en se remémorant l’organisation de la première édition des fiertés rurales.

Elu dans un village qui vote RN

Cyril Cibert n’a jamais caché son homosexualité dans le village. Lorsqu’il décide de venir habiter ici avec son mari Nicolas, il va se présenter aux habitants en expliquant sa situation. « Si on regarde le papier, je suis centre gauche, marié, homosexuel, avec des enfants et des jeunes migrants à la maison. Donc je cumulais tous les handicaps », énumère l’homme de 53 ans. Pourtant, il précise que personne n’a rayé son nom lors de l’élection municipale de 2020 puisque dans les communes de moins de 1000 habitants le panachage était encore autorisé.

Pour lui, cette élection prouve que « ce que les gens attendent, c’est d’avoir quelqu’un de disponible, de proche et qui agit ». Une manière d’expliquer comment lui, le maire de centre gauche, a pu être élu en 2020, alors que c’est le Rassemblement national qui recueille le plus de suffrages à toutes les élections depuis plus de 10 ans dans la commune.

« Maire d’un village, c’est presque jour et nuit »

Il faut dire qu’au quotidien, Cyril Cibert est omniprésent dans le village. Il n’oublie jamais d’aller saluer les commerçants du village qui compte un salon de coiffure et une épicerie multifonction : bar-tabac, station-service. « Maire dans un village, c’est presque jour et nuit. Il faut être polyvalent, toujours avoir le sourire et même quand on est fatigué, il ne faut pas le montrer », explique-t-il.

Ses journées commencent en effet à 6 heures ou 7 heures du matin et se terminent rarement avant 22 heures. Il doit jongler entre ses fonctions électives de maire et de vice-président de la communauté d’agglomération du Grand Châtellerault : réunions, documents à signer, inaugurations et les aléas de la vie du village comme lorsque sur sa pause méridienne, une habitante l’appelle sur son téléphone personnel pour lui signaler qu’elle a perdu son chien Nougat. Ni une ni deux, Cyril Cibert publie un avis de recherche sur une application utilisée par les habitants de Chenevelles et sur sa page Facebook. Une heure plus tard, le fugitif aura été retrouvé.

« Ma voiture, c’est comme mon bureau »

Cyril Cibert est aussi un maire salarié. Il est commercial pour un grossiste alimentaire à destination des restaurants : « Je vais vendre poissons, viandes, crémerie, glaces, frais et surgelés ». En plus de sillonner le département de la Vienne dans le cadre de ses mandats, il doit aussi aller voir ses clients et répondre à leurs commandes tout au long de la journée qu’il passe la plupart du temps en voiture.

« Ma voiture, c’est comme mon bureau », indique-t-il au volant de sa petite citadine blanche prêtée par son entreprise. Il ne monte jamais dans son automobile sans prendre son ordinateur, une chemise de rechange et son écharpe de maire pour pouvoir enfiler sa casquette d’élu ou de commercial selon ce que la situation impose. « C’est un bureau itinérant qui me permet d’être en contact avec les uns et les autres », explique-t-il.

Ces journées bien remplies lui vont bien. « C’est ma façon de vivre », dit-il. A la maison, il lui arrive parfois de cuisiner le week-end mais « je n’ai pas le temps de faire grand-chose avec mon agenda, donc heureusement que je suis bien aidé par mon mari », expose Cyril Cibert. Autant de contraintes inhérentes à la fonction de maire rural mais qui ne le décourage pas de poursuivre. Il se présentera à nouveau à l’élection municipale à Chenevelles au mois de mars.

 

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