Saint-Denis : Meeting LFI-PCF avec Bally Bagayoko et Jean-Luc Melenchon
Les candidats LFI Bally Bagayoko (Saint-Denis) et Aly Diouara (La Courneuve). Crédit : Chang Martin/SIPA

Municipales 2026 : derrière les succès de LFI à Roubaix et Saint-Denis, les sortants PS et PCF font la course en tête dans les banlieues populaires

La France insoumise a réussi à convertir ses résultats nationaux en ancrage local dans des proportions inattendues au premier tour, sécurisant déjà la victoire à Saint-Denis et Roubaix. Deux prises spectaculaires qui consacrent sa stratégie de conquête des quartiers populaires. Mais qui masquent des résultats plus contrastés par ailleurs en banlieue face aux sortants PS et PCF, souvent installés confortablement en tête avant le second tour.
Christian Mouly

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« Nous appelons en particulier la jeunesse et les quartiers populaires à se mobiliser encore plus nombreux pour le second tour », a lancé Manuel Bompard dimanche soir, quelques instants seulement après les premières remontées des urnes. Le coordinateur de La France insoumise (LFI) ne s’y est pas trompé : la « progression remarquable » du mouvement au premier tour des municipales, il la doit en bonne partie aux scores réalisés en marge des grandes métropoles, là où Jean-Luc Mélenchon a pris l’habitude de martyriser ses adversaires lors des scrutins nationaux. Dans ces banlieues populaires, LFI veut mettre à l’épreuve son « programme de rupture », de la gratuité des cantines et des transports en commun à l’encadrement strict des loyers.

Saint-Denis devrait en être le nouveau laboratoire. Bally Bagayoko, soutenu par les communistes avec qui il gouvernait la ville avant 2020, s’est emparé dès hier de la commune la plus peuplée du département, avec 50,77 % des voix. Le candidat LFI a renversé le socialiste Mathieu Hanotin au terme d’une campagne très tendue entre les gauches, marquée par la sortie de Jean-Luc Mélenchon qualifiant le maire sortant de « petit bourgeois visqueux ».

Roubaix et La Courneuve à portée de main

Un tour de force pour les insoumis, qui vont pour la première fois gouverner une ville de plus de 100 000 habitants. Cette victoire « montre que le chemin de la rupture dans les villes populaires est le chemin qu’il faut pour l’ensemble des territoires populaires », a réagi le nouveau maire. Le mouvement prend également une belle option à La Courneuve, où le député LFI Aly Diouara (38 %) devance le socialiste Oumarou Doucouré (35 %) et la communiste Nadia Chahboune (21 %).

Autre ville cochée par LFI sur la carte électorale, Roubaix semble déjà insoumise. Son très médiatique député David Guiraud n’a pas voulu crier victoire – au contraire de ses soutiens, venus l’acclamer hier soir devant l’hôtel de ville – mais il dispose d’un matelas confortable avec 46 % des voix. « Notre ville mérite mieux que d’être instrumentalisée par le parti de Jean‐Luc Mélenchon », a dénoncé le maire sortant Alexandre Garcin (divers-droite), loin derrière (20 %). Celui-ci a timidement ouvert la voie à un front anti-LFI au second tour, mais le troisième homme de l’élection, Karim Amrouni (16 %), a décliné. Un boulevard s’offre à LFI dans la cité des mille cheminées – référence à son passé industriel.

LFI loin du compte dans de nombreux bastions de gauche

Saint-Denis et Roubaix, deux symboles qui ancrent déjà dans les esprits l’idée d’une campagne réussie. Et d’une mainmise croissante de LFI sur les grandes villes de banlieue. Mais gare au miroir médiatique grossissant. Car derrière ces réussites indéniables, le Parti socialiste (PS) et le Parti communiste (PCF) font mieux que résister dans leurs bastions roses et rouges, où la confrontation électorale se résume bien souvent à une bataille des gauches.

Rien qu’en Seine-Saint-Denis, LFI s’incline largement à Montreuil face à Patrice Bessac (PCF), réélu dès dimanche et qui perpétue la tradition communiste depuis la Libération. Les insoumis voient même deux listes d’union de la gauche leur passer devant à Aubervilliers, où une union s’annonce au second tour face à la liste divers-centre, ainsi qu’à Pantin et Stains, où les triangulaires de gauche ne leur offrent que peu d’espoirs de victoire face au Parti socialiste.

LFI n’a pas non plus été capable de renverser la suprématie locale de la droite à Aulnay-sous-Bois ni « le système Jean-Christophe Lagarde » à Drancy, qui tient la ville d’une main de fer depuis 2001 malgré ses ennuis judiciaires. L’abstention, toujours supérieure à 50 % dans le département le plus pauvre de l’hexagone, demeure un frein pour le mouvement mélenchoniste.

« Les villes que tiennent les communistes en banlieue sont solidement implantées »

Ailleurs, le PCF tient son rang à Vitry-sur-Seine (Val-de-Marne), 13 points devant les insoumis, et à Gennevilliers (Hauts-de-Seine), en étant réélu au premier tour. Théâtre de la mort du jeune Nahel à la suite d’un tir policier en juin 2023 et point de départ des émeutes qui s’en sont suivies, Nanterre voit aussi le communiste Raphaël Adam (36 %) s’imposer assez nettement devant les listes LR (27 %) et LFI (13 %). A Vénissieux, aux portes de Lyon, la sortante communiste Michèle Picard joue devant (28 %), mais d’une courte tête devant LFI (25 %)

« Les villes que tiennent les communistes en banlieue sont solidement implantées », jugeait avant la campagne Sylvain Bouloque, historien à l’Université de Reims, auprès de Public Sénat. Moins fringants que dans les années 1980, ils bénéficient encore d’un ancrage qui fait défaut à LFI en de nombreux points de la « ceinture rouge ».

Dans ce combat des gauches, les matchs entre LFI et les socialistes farouchement anti-insoumis étaient particulièrement scrutés. Là encore, l’implantation locale a joué en faveur des seconds. Karim Bouamrane, opposé à tout accord avec Jean-Luc Mélenchon, a plié le match hier à Saint-Ouen (Seine-Saint-Denis) avec 46 %, loin devant Manon Monmirel (19 %). Même avance à Créteil (Val-de-Marne) pour le socialiste Laurent Cathala… en route vers un neuvième mandat. Hélène Geoffroy (43 %), quant à elle, reste à portée du député LFI Abdelkader Lahmar (41 %) à Vaulx-en-Velin, mais devrait compter sur des reports de voix importants.

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