Loin de ses bastions historiques du Sud est ou du bassin minier du nord de la France, le Rassemblement national (RN) réalise une percée historique dans plusieurs villes moyennes de Bretagne. En dépassant le seuil des 10 % dans plusieurs villes, le RN s’assure des sièges dans les conseils municipaux de plusieurs villes. Jusque-là le parti de Jordan Bardella ne pouvait compter que sur une poignée de conseillers municipaux dans la péninsule, le premier d’entre eux ayant été élu en 2014 à Fougères.
Un conseiller municipal RN dans 8 des 10 plus grandes villes de Bretagne
Cette progression s’inscrit dans la continuité des résultats obtenus à l’élection présidentielle de 2022 puis aux élections européennes et législatives de 2024 où le parti de Marine Le Pen avait récolté, respectivement, 19,5 %, 25,96 % et 27,86 % des voix. Après le premier tour des municipales, le RN fera rentrer des conseillers municipaux dans 8 des 10 plus grandes villes de Bretagne. Par ailleurs, la progression est particulièrement visible dans des villes comme Lorient où la tête de liste RN récolte 15,81 % des voix et double son score par rapport à 2020 ou à Fougères où le RN obtient 21,22 % des voix et double également son score par rapport au dernier scrutin. A Saint-Malo, le parti créé par Jean-Marie Le Pen augmente son total de 10 points (14,64 %), plus impressionnant encore le score de la tête de liste RN s’élève à 18,99 % à Lannion ville où aucun candidat RN n’était investi en 2020.
A noter que cette progression s’effectue dans les quatre départements bretons. Dans le Finistère, le RN participera notamment au second tour à Brest et à Quimper. Une évolution majeure puisque le RN réalise historiquement des scores très faibles dans la péninsule. « Historiquement, la Bretagne a toujours été une grande terre de mission pour le FN où l’implantation a été compliquée notamment à cause d’un centre droit très implanté qui faisait barrage au RN ainsi qu’une importante tradition religieuse qui faisait rempart », analyse Gilles Ivaldi, chercheur au CNRS et au Centre de recherches politiques de Science Po et spécialiste des partis d’extrême droite.
« Cette capacité à mordre sur la droite classique est un facteur d’explication de la progression du vote RN »
Pour Romain Pasquier, directeur de recherche au CNRS et professeur à Science Po Rennes, cette progression du Rassemblement national s’explique « essentiellement par des facteurs socio-économiques » et par un rejet de l’immigration. « Il y a une constante, Fougères, Lorient, Lannion, Brest sont des bases d’emploi industriel qui ont connu la désindustrialisation », pointe Romain Pasquier. « Le vote RN est multifactoriel, on sait que les différents facteurs du vote RN résonnent différemment selon les régions et les groupes sociaux. En Bretagne, il y a cette dimension multiple du RN qui a lui-même diversifié son discours et qui parle aux habitants des villes moyennes, aux agriculteurs, aux retraités », estime Gilles Ivaldi. La progression du RN s’interprète également à l’aune du recul de la droite classique. « Il faut mettre en relation ce score avec un recul de la droite. Le RN est en train de grignoter cet électorat. Cette capacité à mordre sur la droite classique est un facteur d’explication de la progression du vote RN ».
Gilles Pennelle, chef de file du Rassemblement national en Bretagne s’est félicité de ces résultats estimant que son parti est désormais une « force incontournable en Bretagne ». « Gilles Pennelle assume une forme d’entrisme territorial en Bretagne et veut progresser dans la perspective des élections sénatoriales », souligne Romain Pasquier. Malgré des bons scores, le RN n’a présenté qu’un faible nombre de listes et ne devrait pas être en mesure d’effectuer une percée dans les départements bretons aux sénatoriales.
En Bretagne, le RN reste en retrait
Est-ce suffisant pour parler d’un début d’implantation en Bretagne ? Pas forcément puisque les scores du RN dans la péninsule restent très inférieurs aux scores réalisés dans d’autres régions. « C’est une progression réelle, mais modérée. On voit qu’ils peuvent se maintenir au second tour beaucoup plus que d’habitude, mais n’ont aucune chance de victoire dans ces villes », note Romain Pasquier. Par ailleurs, tous les résultats ne sont pas positifs, à Rennes par exemple, le candidat du RN n’a pas réussi à dépasser la barre des 10 % et ne recueille que 6,67 % des voix.
Surtout, le faible nombre de listes témoigne d’une implantation encore difficile. « A Lanester, à côté de Lorient, ils n’ont même pas réussi à faire une liste alors qu’ils recueillaient près de 30 % des voix aux européennes de 2024 », commente Romain Pasquier. Malgré seulement une douzaine de listes déposées, on observe l’émergence d’une « génération Bardella ». A l’instar du président du parti à ses débuts, de nombreux candidats sont très jeunes comme Blanche Le Goffic à Lannion (19 ans), Valentin Legros à Vannes (21 ans) ou Théo Thomas à Lorient (28 ans).