Six morts, et des bâtiments en bordure de fleuve totalement détruits, dont une école et une cinquantaine de maisons. En octobre 2018, la ville de Trèbes était frappée de plein fouet par les inondations : l’Aude était passée de 35 centimètres de hauteur à plus de 7 mètres 50 en une nuit.
Paul Mahieu, habitant de Trèbes, nous accueille chez lui, à quelques centaines de mètres du fleuve. « L’eau était montée jusque-là », se rappelle-t-il en nous indiquant au niveau de son mur l’endroit jusqu’où l’eau était montée chez lui, à plus d’un mètre soixante. L’homme âgé d’une soixantaine d’années venait d’emménager à Trèbes quand sa maison a été totalement inondée. S’il a pu retourner y vivre après 6 mois de travaux, cet épisode n’en reste pas moins traumatisant. En se replongeant dans ses photos, les souvenirs remontent : « ça a été une grosse épreuve, je ne le souhaite à personne. Des gens que l’on connaissait ont perdu la vie, et ça, il ne faut plus que ça arrive », raconte-t-il, les larmes aux yeux.
Un objectif à Trèbes : limiter la hauteur de l’Aude lors des prochaines crues
Alors pour éviter qu’une telle catastrophe se produise à nouveau, d’importants travaux d’élargissement du fleuve sont en cours depuis plusieurs mois, dirigés par le Syndicat Mixte des Milieux Aquatiques et des Rivières (SMMAR) du département. A terme, ces travaux permettront de réduire largement les vitesses et hauteurs d’eau lors des prochaines crues, réduisant ainsi la vulnérabilité du territoire, comme l’explique le directeur général des services du SMMAR Aude, Jean-Marie Aversenq : « On a redonné un espace à la rivière. Tout cet espace désormais libéré pourra faciliter les écoulements. […] L’idée directrice de ce projet est de vivre avec la rivière. Les années d’après-guerre, ont vu une urbanisation se développer, trop proche [de l’eau], et finalement le changement climatique a accentué et aggravé les événements pluvieux, révélant une trop grande proximité des constructions. »
Nouvelle doctrine, vivre avec la nature et plus contre elle
Une fois le terrassement des berges de l’Aude terminé, ces nouveaux espaces seront aménagés en zone de détente et de loisirs pour les habitants, sans plus aucun bâtiment.
Amélioration du cadre de vie des Trébéens et réduction des risques climatiques, pour Eric Ménassi, maire de la commune, cette nouvelle doctrine, centrée sur la nature, est loin d’être une simple volonté politique. Ces travaux étaient une nécessité : « 2018 a été avant tout une prise de conscience […] très forte par rapport à ce climat qui change et la nécessité que nous avions à aménager notre territoire », explique-t-il. « C’est une hérésie d’opposer l’aménagement du territoire avec l’écologie, le développement économique… Le développement du territoire ne pourra pas se faire sans un développement économique, et celui-ci ne pourra pas se faire sans un développement du territoire harmonieux », conclut le maire socialiste de Trèbes, seul candidat à sa succession pour les élections municipales de 2026.
Des travaux qui portent leurs fruits
Les aménagements, d’un coût total de 2 millions d’euros, financés entre autres par l’Etat, la région et le département, doivent se terminer au printemps prochain, mais ils semblent déjà porter leurs fruits. Mi-janvier, Trèbes a été frappé par un important épisode méditerranéen, mais les réalisations en cours sur la rive droite du fleuve ont permis de contenir ses effets et limiter les dégâts.
Clément Guillonneau